Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine de l'Energie

L'Europe en mal de quotas d'émissions

Ludovic Dupin , ,

Publié le

Le système mis en place en 2005 est aujourd’hui cassé. L’Union européenne mise désormais sur la réserve de stabilité du marché pour réduire les émissions de CO2.

L'Europe en mal de quotas d'émissions
Des centrales au charbon, bien plus polluantes, ont pris le relais des centrales à gaz, notamment en Allemagne.

Parfois, l’Europe marche sur la tête. En 2012 et 2013, en raison de l’atonie économique, la production d’électricité du Vieux Continent baisse… mais les émissions de CO2 du secteur énergétique augmentent. Un comble, alors que l’Union européenne s’est montrée pionnière en matière de lutte contre le réchauffement climatique en imposant aux États membres des objectifs ambitieux : réduction de 20 % des émissions de dioxyde de carbone en 2020 par rapport à 1990, de 40 % en 2030. Un paradoxe rendu possible par une déstabilisation complète du marché de l’électricité. Selon le groupe Magritte, qui rassemble dix grands énergéticiens européens menés par Engie (ex-GDF Suez) souhaitant réformer le système énergétique européen, près de 70 gigawatts de centrales à gaz ont été fermés ces dernières années en Europe. Elles sont devenues trop peu rentables en raison des faibles prix de l’électricité et de la priorité d’accès des énergies renouvelables sur le réseau. Mais comme le système électrique a besoin de centrales thermiques pour équilibrer la production et la consommation, elles ont été remplacées par des centrales alimentées par du charbon bon marché en provenance des États-Unis où il est remplacé par le gaz de schiste… Le charbon est pourtant deux fois plus émetteur que le gaz. La douceur du climat depuis la fin 2013 a eu pour effet de faire baisser les émissions de CO2 du secteur… mais le mal est toujours là.

Trop de quotas sur le marché

L’Europe était censée avoir découragé les activités les plus émettrices de CO2. En 2005, elle s’est dotée d’outils, dont le système de quota d’émissions, dit ETS pour « emissions trading system ». L’Union fixe chaque année un volume maximum d’émissions de gaz à effet de serre (CO2, N2O et PFC). Pour y parvenir, elle délivre des quotas. Les industriels concernés doivent détenir assez de quotas pour couvrir leurs émissions. Quand ils en manquent, ils peuvent en acheter à un autre détenteur. S’ils en ont trop, ils peuvent les conserver pour l’année suivante ou les vendre. Chaque année, le plafond d’émissions est réduit et moins de quotas sont émis. Le but : forcer les entreprises à diminuer leurs rejets. Dans les 28 États membres, ce système concerne 12 000 installations produisant de l’énergie, de l’acier, du ciment, du verre, du papier... Soit environ 40 à 45 % des émissions européennes.

La taxe, l’autre outil

En plus des marchés de quotas de CO2, de nombreux pays instaurent des taxes sur le carbone, des sommes fixes à payer sur les émissions de dioxyde de carbone. La taxe est indépendante des marchés et évolue selon l’inflation ou des trajectoires prédéfinies. C’est le cas en Finlande, au Danemark, au Mexique, en Colombie britannique (Canada), en Norvège, en Irlande, au Royaume-Uni, au Japon… Le montant est variable selon les pays, allant de quelques euros à plusieurs dizaines d’euros par tonne. Le Royaume-Uni a adopté un tel système dès 2011. Il a été mis en place en 2013 à hauteur de 16 livres (près de 22 euros) par tonne. La taxe doit atteindre 30 livres en 2020. La France, après une tentative en 2009, a fixé sa taxe à 7 euros la tonne en 2014. Elle atteindra 22 euros en 2016… Certaines PME, notamment du secteur de la chimie, en sont dispensées. L’Europe envisage la mise en place d’une taxe, mais se heurte au refus de plusieurs États membres.

 

Parfait en théorie, le système est aujourd’hui "cassé". Les quotas émis sur le marché se sont révélés trop nombreux, en particulier après la crise de 2008. Avec le recul de l’activité, le prix de la tonne de CO2 s’est effondré entre 5 et 7 euros, loin des 36 euros enregistrés en 2008. "L’investissement bas carbone peine aujourd’hui à se déployer, car nos marchés ont été déstabilisés depuis le début de la crise", explique Jean-Bernard Lévy, le PDG d’EDF. L’Union a essayé de réagir en gelant, en 2013, 900 millions de tonnes de quotas. L’effet a été négligeable. Les prix très bas du carbone ont eu, eux, un effet immédiat. L’ETS devait écarter les énergies les plus émettrices du marché et favoriser le développement du gaz et des renouvelables. À ce jour, l’effet est inverse. La restauration d’un marché carbone efficace devient urgente. Un prix de la tonne à 20 euros minimum est soutenu par un grand nombre d’industriels européens. Ils voient dans la situation actuelle un manque de visibilité à long terme, particulièrement néfaste aux investissements.

Les appels des industriels

Les industriels ont "des points d’accord fondamentaux comme la nécessité d’un prix du carbone stable, prévisible et fiable", explique Jean-Pascal Tricoire, le PDG de Schneider Electric. Gérard Mestrallet, le PDG d’Engie et fondateur du groupement d’énergéticiens Magritte, confirme : "Nous souhaitons un accord [sur le prix du carbone]. L’absence d’accord, c’est l’incertitude ! Mieux vaut un accord trop ambitieux, que pas d’accord du tout." D’autres patrons appellent même à refondre l’ETS : "Il est nécessaire d’avoir un coût du carbone robuste et prévisible. Je pense qu’il serait préférable de mettre en place une taxe plutôt qu’un marché", propose Antoine Frérot, le PDG de Veolia.

Les industriels considèrent qu’un véritable prix du carbone finira par être mis en place. Preuve en est, la majorité d’entre eux anticipent dans leurs projets un coût de 15 à 70 euros par tonne de CO2, avec un prix médian de quelque 40 euros. Total simule depuis une dizaine d’années tous ses investissements avec un prix du carbone entre 20 et 25 euros... Le salut pourrait venir de la "market stability reserve", la réserve de stabilité du marché. Il s’agit d’une évolution du marché du carbone corrigé par une banque centrale. Celle-ci pourra modifier le nombre de certificats délivrés selon la croissance économique réelle. Mais son déploiement n’est pas prévu avant 2021... Beaucoup trop tard ! Des énergéticiens (Engie, Iberdrola, GasTerra...) et des États (Allemagne, France, Grande-Bretagne) appellent à l’avancer à 2017.

En mars, la commission de l’environnement du Parlement européen a approuvé une anticipation de la market stability reserve à 2019 et le blocage définitif des 900 millions de certificats gelés. Avant son adoption, le Parlement européen devra convaincre des pays de l’Est très dépendants du charbon. Si le système des ETS est le plus ancien et le plus vaste au monde, il n’est pas le seul. Au total, 17 marchés du carbone, couvrent près de 40 % de l’économie mondiale. On en trouve en Suisse, en Corée du Sud, dans des villes du Japon et des États américains... La Chine, le premier pays émetteur de CO2, a déployé six marchés carbone et prévoit d’en créer un national.

Lors de la COP21 de décembre à Paris, des grands patrons appelleront à créer un "global carbon pricing". Ils souhaitent que les États arrêtent une méthodologie internationale pour la fixation du prix du carbone. L’avantage : globaliser la baisse des émissions sans distordre la concurrence d’un pays à l’autre. Une utopie ? Plutôt une nécessité impérieuse...

Ludovic Dupin

Le marché carbone à la peine depuis la crise


Les crises économiques de 2008 et surtout de 2011 ont entraîné une forte baisse de l’activité industrielle en Europe. Conséquence, le prix des quotas de CO2, émis en excès, ont fortement chuté jusqu’à atteindre un point bas inférieur à 5 euros la tonne en mai 2013. Depuis, une très lente remontée a été constatée pour atteindre aujourd’hui un peu plus de 7 euros… loin des 20 euros minimum pour être efficace.

 

Réagir à cet article

Les entreprises qui font l'actu

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus