L'Usine Nouvelle

"L’Europe a besoin d’un e-commerce transfrontière"

,

Publié le

Michel Barnier, Commissaire européen au Marché intérieur et aux Services, a rencontré mardi 7 février, à Paris, une délégation de l’ACSEL (Association de l’économie numérique). Sujet de la rencontre : développer l’e-commerce en Europe en favorisant l’émergence d’e-commerçants de dimension européenne.  Retour sur les enjeux et les difficultés du commerce électronique "transfrontière" avec Jean-Rémi Gratadour, vice-président de l’ACSEL et directeur e-commerce de GeoPost.

L’Europe a besoin d’un e-commerce transfrontière

L’Usine Nouvelle - Quelle est aujourd’hui la situation de l’e-commerce européen ?
Jean-Rémi Gratadour - En 2011, le volume d’affaire du commerce électronique en Europe a atteint près de 200 milliards d’euros, soit plus du tiers de l’e-commerce mondial.  Il dépasse celui des États-Unis en volume mais aussi en croissance, avec 20 % de progression générale attendue en 2012. Mais les achats transfrontières stagnent. Si environ 40 % des consommateurs européens achètent en ligne, seulement 8,8% le font dans un autre pays de l’Union.

L’e-commerce européen demeure cantonné dans ses forteresses nationales. Trop peu d’acteurs tentent aujourd’hui l’aventure au-delà de leur marché domestique. Il faut donc favoriser l’émergence d’acteurs de dimension européenne. Ce sera un levier majeur du développement de l’e-commerce en Europe. C’est en tout cas le point de vue de l’ACSEL et celui de la Commission européenne, qui fait preuve d’une véritable volonté politique en ce sens.

Quels sont les obstacles au développement d’acteurs paneuropéens ?
Une étude réalisée en 2010 a révélé que 60% des tentatives d’achat sur un site internet étranger échouaient au sein de l’Union.  Soit l’e-commerçant ne proposait pas de moyen de paiement répondant aux souhaits du client. Soit la livraison était impossible dans son pays. Cette étude illustre deux premiers freins au développement d’acteurs transfrontières : l’hétérogénéité des moyens de paiements et les coûts plus élevés de logistique et de transport à l’échelle internationale.  Si en France, nous sommes habitués à payer nos produits lors de l’achat en ligne avec notre carte de crédit, d’autres pays ont retenu d’autres systèmes. En Allemagne, par exemple, la majorité des achats en ligne sont payés par accord de prélèvement bancaire et souvent après la livraison. Cette diversité des systèmes de paiement est problématique et témoigne de la fragmentation des comportements d’achat.

Côté transport, les frais de livraison varient fortement en fonction de la distance des pays destinataires. Les grands acteurs qui ont de gros volumes peuvent diminuer ce coût grâce aux solutions dites "d’injection directe" où ils affrètent un véhicule qui transporte leurs  colis vers le pays destinataire où il sera distribué localement.

Mais pour les commerçants de plus petite taille, très nombreux et qui ne doivent pas être écartés des perspectives du marché de l’e-commerce européen, le coût du transport peut paraître dissuasif. Ce coût est en tout cas difficile à intégrer dans leur marge ou dans le prix final facturé au client, et ce malgré les accords de colis internationaux des transporteurs. Il y a enfin la question des retours (achat finalement annulé, SAV) qui représentent là encore un coût pour les commerçants et qui est essentiel pour développer la confiance à l’échelle européenne.

Autre obstacle : la complexité du système TVA. Par exemple, afin de bénéficier d’une fiscalité avantageuse, de gros acteurs installent leur siège social dans certains pays à faible TVA, comme le Luxembourg. Pour les sociétés domiciliées dans des pays à plus hauts niveaux de taxes, ce phénomène est perçu comme une distorsion de concurrence et comme un véritable frein au développement d’un marché européen transfrontière équitable.

Quelles mesures peuvent être prises pour lever ces obstacles ?
La première chose que nous proposons à l’ACSEL est de réunir les acteurs du secteur pour favoriser la concertation de ces « pionniers » de l’e-commerce transfrontière. Citons par exemple : Pixmania, qui est sans conteste la société européenne leader de l’e-commerce "crossborder" depuis sa création. Elle réalise aujourd’hui 65 % de son chiffre d’affaires hors de France. En créant une communauté d’acteurs, nous espérons mutualiser les bonnes pratiques, les faire connaître à ceux envisagent de se développer en Europe et ainsi lever certaines barrières psychologiques.

Par ailleurs, la Commission européenne a annoncé le 11 janvier dernier* une série d’actions, dont l’objectif ambitieux est de doubler à l’horizon 2015 la part de l’économie numérique dans le PIB européen qui est aujourd’hui moins de 3 %.

Pour y parvenir,  la Commission prévoit notamment la rédaction de deux Livres Verts, l’un concernant la livraison de colis et l’autre traitant des systèmes de paiements, sur internet ou sur mobile. Les conclusions et recommandations de ces deux ouvrages seront présentées d'ici la fin de l'année 2012. Nous pensons jouer pleinement notre rôle, en tant que force de propositions, dans l’élaboration de ces deux livres verts.

Lire : “L’e-commerce transfrontière, l’Europe au coeur des échanges numériques”, rédigé par l’ACSEL, 183 pages ()

* Communication de la Commission du 11 Janvier 2012 : "Un cadre cohérent pour renforcer la confiance dans le marché unique numérique du commerce électronique et des services en ligne" [COM(2011) 942]

Réagir à cet article

1 commentaire

Nom profil

09/02/2012 - 14h11 -

Je suis un petit e-commerçant qui essaie de vendre dans le monde entier. Le principal frein reste les coûts de transport. Nous sommes basés à Lyon et pour expédier un colis de 500g en Suisse, cela coûte 19€!! Peu importe que la frontière soit à 5km ou à 500km, c’est le même prix. Il est évident que si au lieu d’adresser uniquement la France, je pouvais adresser au moins la CEE (dans un premier temps) avec le même coût logistique que pour la France, mon développement et mes perspectives ne seraient pas les mêmes… A quand une Europe unifiée pour le coût des transports ? Si Michel Barnier cherche des professionnels confrontés à ces problématiques pour travailler sur le sujet, j’en suis !
Répondre au commentaire

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte