L’étau se resserre pour Airbus Helicopters

L’annulation définitive du contrat avec la Pologne pour plus de 3 milliards d’euros assombrit encore l’avenir de l’hélicoptériste. La réduction des effectifs en France semble inéluctable.

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L’étau se resserre pour Airbus Helicopters

La nouvelle est venue plomber l’atmosphère déjà lourde à Marignane (Bouches-du-Rhône). Mardi 4 octobre au soir, le gouvernement polonais a annoncé qu’il rompait les négociations concernant l’achat de 50 hélicoptères de type Caracal d’Airbus Helicopters. Un coup dur pour l’équipe de Jean-Yves Le Drian, qui aurait pu se féliciter d’un nouveau succès à l’export après la vente de 36 Rafale en Inde. Et un véritable couperet pour la filiale du groupe Airbus qui y croyait encore dur comme fer : l’annulation de ce contrat évalué à 3,14 milliards d’euros, qui prévoyait la création d'une usine en Pologne et l'embauche de 300 personnes, fragilise un peu plus le site de Marignane où sont assemblés les hélicoptères civils et militaires.

Le 19 septembre dernier, lors de son discours de rentrée avec les salariés, Guillaume Faury, le pdg d’Airbus Helicopters, avait affirmé que les quatre derniers mois de l’année seraient cruciaux, en citant en particulier la concrétisation du contrat avec la Pologne. Cruelle concomitance : un comité central européen, prévu depuis plusieurs semaines, se tient mercredi 5 octobre après-midi. L’annonce du gouvernement polonais ne pouvait pas plus mal tomber pour les 8500 salariés présents sur le site de Marignane. De source syndicale, le contrat polonais aurait fourni de l’activité en France, notamment pour les activités de services après-ventes, l’un des points forts de la filiale d’Airbus.

Le civil et le militaire en berne

Ce contrat envolé, en raison du revirement opéré par le nouveau gouvernement polonais mis en place fin 2015, ne reste plus qu’une importante campagne en Asie. "La concrétisation des contrats n’empêchera pas un trou dans la production en 2017-2018", avait prévenu le 19 septembre la CFDT dans un communiqué. Rappelant au passage que le contrat récemment signé avec le Koweït pour 30 Caracal offre de la visibilité mais que les livraisons ne sont prévues qu’en 2019. Airbus Helicopters affronte une chute historique de la demande du côté civil, avec un secteur pétrolier et gazier qui ne se remet toujours pas de la chute du cours du pétrole, et voit se réduire les contrats militaires comme peau de chagrin.

Quand un Dassault Aviation parvient depuis un an à contrebalancer les méventes de ses Falcon au profit de ses Rafale, Airbus Helicopters assiste impuissant au dégonflement de ses deux débouchés. La production devrait encore baisser cette année selon un délégué syndical, après une année 2015 en berne (395 appareils, contre 497 en 2014). Pour ne rien arranger, des appareils de la famille Super Puma ont été impliqués dans plusieurs accidents, parfois mortels, ces dernières années. De quoi, là encore, porter un coup à l’activité, dans la mesure où l’immobilisation au sol décrétée par l’agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) a réduit les activités de services et de maintenance. Sans parler de l’image écornée de ces appareils.

Des effectifs qui devraient se réduire

Alors que Guillaume Faury avait prévenu durant son discours de rentrée que de possibles mesures complémentaires devraient être prises, il semble inéluctable de voir les effectifs de Marignane se réduire suivant la même tendance que le carnet de commandes. Depuis plusieurs mois déjà, la mobilité des salariés est à l’œuvre, notamment avec le site de Donauwörth, en Allemagne, et ceux d’Airbus à Toulouse et Saint-Nazaire.

"L’accord CARE, signé par la CFDT, sur la réorganisation du temps de travail finalisé en 2016, ainsi que le plan de transformation, initié il y a trois ans, la réduction des dépenses et le ciblage des investissements contribuent, entre autres, à gérer la crise actuelle", précise le syndicat. Les syndicats misent sur les départs volontaires, ce qui pourrait être facilité par une pyramide des âges favorables, étant donné la forte proportion de salariés embauchés au début des années 80. Le site de Marignane se prépare à serrer les rangs. Avant, peut-être, des jours meilleurs.

Olivier James

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