Transports

L'Etat s'installe au board d'Alstom

Manuel Moragues

Publié le

L'Etat dispose désormais de 20% des droits de vote d'Alstom ainsi que d'un – et bientôt deux – administrateur. L'application des accords passés en juin 2014 entre Arnaud Montebourg et Bouygues pour le rachat de la branche énergie d'Alstom par General Electric.

Un héritage du ministère du Redressement productif alors dirigé par Arnaud Montebourg. L'Etat s'installe au board d'Alstom. Michel Sapin, ministre des Finances, et Emmanuel Macron, ministre de l'Economie, ont annoncé mardi 9 février dans un communiqué "l’entrée en vigueur des accords avec Bouygues SA, qui permettent à l’Etat d’exercer des droits de vote à hauteur de 20% du capital d’Alstom".

Selon cet accord, "l’exercice des droits de vote s’opère à travers un prêt de titres d’une durée d’environ 20 mois qui donne à l’Etat une position d’actionnaire de référence", précise le communiqué. Qui ajoute : "L'État disposera de droits de gouvernance et d'une représentation au conseil d'administration d'Alstom."

Lors de l'assemblée générale du groupe le 18 décembre 2015, et conformément aux accords entre Bouygues et l'Etat, Bouygues, actionnaire à environ 29% d'Alstom, avait proposé et obtenu la nomination d'Olivier Bourges, désigné par l'Etat, en qualité d'administrateur d'Alstom. "Cette représentation […] sera portée à deux administrateurs dans les prochains mois", avance le communiqué des ministres. "La mise en œuvre de l’accord conclu avec Bouygues permettra à l’Etat d’accompagner Alstom dans la conduite de son projet stratégique, à présent recentré sur l’activité de transport ferroviaire, tout en disposant de la souplesse nécessaire pour optimiser ses intérêts patrimoniaux."

Le contrôle de l'Etat pour éviter le "dévorage" d'Alstom par GE

"L'entrée de l'Etat dans le capital d'Alstom à hauteur de 20% est une condition préalable à l'offre de General Electric. Si elle n'est pas réalisée, l'offre sera bloquée", avait déclaré, martial, Arnaud Montebourg, le 20 juin 2014. Le ministre du Redressement productif avait bataillé ferme pendant près de deux mois avec General Electric pour trouver des solutions alternatives au "dévorage" (sic) d'Alstom par l'américain, comme il qualifiait l'offre initiale de GE.

L'entrée au capital de l'Etat dans Alstom devait lui permettre un contrôle non seulement sur le nouvel Alstom recentré dans le ferroviaire mais aussi sur les trois co-entreprises d'Alstom avec GE, dans les réseaux, le nucléaire et les énergies renouvelables. Las ! Les 20% de l'Etat devaient venir du rachat d'actions de Bouygues. Mais les négociations avaient achoppé sur la valorisation d'Alstom. L'Etat voulait acheter au prix du marché, soit environ 28 euros l'action.

Bouygues estimait que c'était bradé et voulait 35 euros par action. Pour sortir de l'impasse, tous deux s'étaient accordés sur ce curieux montage par lequel l'Etat prend aujourd'hui 20% des droits de vote sans acheter les actions et dispose d'options d'achats qui lui permettent, d'ici à 20 mois environ, d'acquérir les actions de Bouygues au prix du marché, "sous réserve que ce prix soit supérieur ou égal à l'équivalent d'un prix théorique de 35 euros ajusté", comme l'avait précisé à l'époque un communiqué de Bouygues.

35 euros, c'est aussi le prix de chacune des 28,46 millions d'actions qu'Alstom a racheté à Bouygues fin janvier 2016 – pour près de 1 milliard d'euros - dans le cadre de l'offre publique de rachat d'actions qui a permis de redistribuer aux actionnaires environ 3,2 milliards d'euros issus du rachat par GE. La tenacité du groupe de BTP paye.

Manuel Moragues

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte