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L’Etat refuse de lâcher ses barrages hydroélectriques

Ludovic Dupin , , , ,

Publié le

Malgré la pression de l’Union européenne et de la Cour des comptes, la France devrait ouvrir a minima les concessions de ses barrages hydrauliques à des acteurs étrangers.

L’Etat refuse de lâcher ses barrages hydroélectriques © D.R.

Après plus de quatre ans d’atermoiements, le très complexe dossier de remise en concurrence des barrages hydroélectriques français pourrait enfin trouver une issue. Durant la deuxième moitié de février, le gouvernement devrait arrêter une position sur le sujet. D’après des rumeurs relayées par la presse, l’Etat prendrait le contrôle de 51 % des barrages mis en concurrence, laissant les 49 % restants à des sociétés privées françaises ou étrangères. Au final, les barrages seraient toujours contrôlés par des sociétés publiques.

C’est une position assez médiane qui permet de ménager les deux parties : l’Europe et les intérêts industriels français. Dans le cadre de la libéralisation du marché de l’électricité en Europe, la Commission exige que la France ouvre à des concurrents étrangers 20 % de son parc hydraulique soit 5 300 MW, aujourd’hui détenu à 80 % pour EDF et 17 % par GDF Suez.

Côté français, de nombreux élus - de toutes sensibilités politiques - et industriels s’inquiètent de voir les barrages, particulièrement rentables, remboursés depuis longtemps et produisant une électricité très bon marché, partir dans les mains d’intérêts étrangers. D’autant plus que de nombreux industriels européens se sont montrés très enthousiastes: Alpiq, Statkraft, Enel, Vattenfall, E.On… Même si certains se sont découragés en chemin.

Un gouvernement opposé à la libéralisation

En 2009, Jean-Louis Borloo, ministre de l’Environnement sous la présidence de Nicolas Sarkozy, a lancé la procédure de libéralisation. Mais elle a peu avancé jusqu’à fin 2012. Il a fallu attendre que Delphine Batho, ex-ministre de l’Ecologie, du développement durable et de l’Energie et François Brottes, président de la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale - et l’un des meilleurs spécialistes de l’énergie au PS - verbalisent leur refus de cette libéralisation par la majorité. "Le parlement et le gouvernement doivent trouver une solution pour ne pas brader le patrimoine hydroélectrique", lançait ce dernier, en septembre 2013.

La Commission des affaires économiques a donc mandaté les députés Marie-Noëlle Battistel (PS, Isère) et Eric Strauman (UMP, Haut Rhin) pour trouver des solutions alternatives. Leur rapport, rendu en septembre 2013, se refusait à toute "fatalité juridique" de voir les barrages confiés à des énergéticiens étrangers. Les deux élus montraient que de nombreux pays, notamment dans le nord de l’Europe, ont protégé leurs barrages d’une réelle ouverture. Ils ont proposé trois solutions alternatives qui, dans tous les cas, laissent l’Etat à la manœuvre. 

La première énergie renouvelable de France

Reste à savoir si la solution choisie par le gouvernement satisfera la Commission européenne qui ne cesse de dénoncer le manque d’ouverture du marché français de l’énergie. Une chose est sûre :  la Cour des comptes qui, en juin dernier, avait haussé le ton en affirmant que la France se prive d’au moins 340 millions d’euros de recettes fiscales,  ne peut se satisfaire d’une telle option. Quant aux deux énergéticiens français, ils risquent de voir disparaître une partie de leurs actifs. Pourtant, EDF et GDF Suez ont toujours fait montre d’une grande assurance en affirmant vouloir conserver leur édifice et en acquérir de nouveaux à l’occasion de la remise en concurrence.

En 2013, l’hydroélectricité a été un outil majeur pour répondre à la consommation électrique française et assurer la stabilité du réseau. Grâce à une année très pluvieuse, les édifices hydrauliques ont accru leur production de 18,7 % par rapport à 2012 pour atteindre 75,7 TWh, sur les 550,9 TWh produits en 2013 (dont 403,7 TWh nucléaires). L’hydroélectricité compte pour 13,8 % du mix électrique français (73,3% pour le nucléaire), et représente trois quarts de la production d’électricité d’origine renouvelable du pays.

Ludovic Dupin

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