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"L’Etat ne doit pas se comporter comme un simple rentier avec Areva", selon Jean-Pierre Bachmann

Ludovic Dupin , , ,

Publié le

Entretien Dans un rapport non-définitif, la Cour des comptes pointe du doigt des dysfonctionnements graves chez Areva sur la période 2006-2012. Jean-Pierre Bachmann, coordinateur CFDT chez Areva, ne nie pas les conclusions des Sages mais refuse de rendre Anne Lauvergeon responsable de tous les maux.

L’Etat ne doit pas se comporter comme un simple rentier avec Areva, selon Jean-Pierre Bachmann © D.R.

L'Usine Nouvelle - Comment accueillez-vous le rapport très critique de la Cour des comptes ?

Jean-Pierre Bachmann - Les éléments présentés dans le rapport sont en bonne partie déjà connus. Un audit commandé à la Cour des comptes en octobre 2011 était déjà parvenu aux mêmes conclusions. Il posait alors deux problématiques : l’EPR et Uramin. Le principal problème est de voir que la situation perdure. La société perd de l’argent et ce sont les salariés qui le paient très cher en subissant un plan d’économie d’1 milliard d’euros. 

La Cour des comptes fait peser une lourde responsabilité sur Anne Lauvergeon. Vous partagez ce sentiment ?

Anne Lauvergeon est critiquable sur sa gouvernance, mais nous ne renions pas notre soutien dans certains domaines. Elle a eu de bonnes initiatives en matière sociale et en matière de transparence.

Des paris ont été faits… Et dans tout pari, il y a une prise de risque. La construction du premier EPR en Finlande était, comme toute nouvelle technologie, un projet complexe. Certains éléments ont peut-être été mal gérés et  il y a eu une méconnaissance du fonctionnement finlandais. En ce qui concerne Uramim - acheté 1,8 milliard d’euros-, je ne peux pas croire que l’Etat n’était pas au courant. Il y a eu une prise de risque mais dans un contexte différent ; les cours de l’uranium était alors très élevés. Il y a des torts partagés.

Jugez-vous que le rapport de la Cour des comptes est utile ou regrettez-vous qu’il écorne encore l’image d’Areva ?

La Cour des comptes a une vision de transparence économique au service de l’Etat. Je trouve cela très sain ! Leur rapport ne fait pas plaisir, bien sûr, mais c’est sain ! Ces dysfonctionnements, nous les connaissons, et nous faisons tout pour les corriger.

Mais l’Etat n’est pas exempt de reproches. Parfois, il a délaissé Areva ou lui a imposé des changements de stratégies. Dernièrement, l’Etat envisage de rattacher l’activité éolien offshore d’Alstom à Areva… alors même qu’Areva est en train de se rapprocher de Gamesa (NDlR : fabricant espagnol d’éoliennes). On ne peut pas se permettre de louvoyer ainsi.

Bien sûr, Areva a des comptes à rendre à l’Etat. L’entreprise a eu des pertes. Mais rappelons que globalement l’Etat a touché trois milliards de dividendes depuis la création de l’entreprise (en 2001). En retour, il a dépensé 300 millions d’euros en 2009 lors de l’augmentation de capital. L’Etat veut tirer des revenus de l’entreprise publique, mais il ne doit pas se comporter comme un simple rentier.

Propos recueillis par Ludovic Dupin

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