L'Etat doit-il défendre des secteurs stratégiques ?

Pour préserver " l'identité nationale ", le Gouvernement a mis en garde le suisse Novartis dans la contre OPA sur Aventis.

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OUI : BERNARD CARAYON, Député UMP du Tarn, auteur du rapport sur l'intelligence économique
" Définir des activités, source de puissance et d'influence "
L'avertissement de Jean-Pierre Raffarin à Novartis s'inscrit dans la nouvelle politique publique d'intelligence économique de la France, et je m'en réjouis vivement. Une première étape consiste à définir un " périmètre stratégique " d'activités et de métiers créateurs de richesses et source de puissance et d'influence. Et la seconde est d'abandonner le penchant naïf des politiques publiques françaises, interventionnistes dans l'économie interne, et libérales dans l'économie internationale. Il est impératif de mener une politique de convergence d'intérêts entre le public et le privé autour d'objectifs stratégiques comme le font les Etats-Unis depuis plus de 10 ans. Il est temps de s'inspirer des méthodes qui marchent et de soustraire l'action de l'idéologie. Or, la pharmacie est un secteur déterminant. Pour les vaccins, d'abord, ce qui est loin d'être anecdotique en ces temps de menaces terroristes. Ensuite, parce qu'il n'y a pas d'industrie pharmaceutique sans recherche, clé de la puissance de demain. En outre, la politique du médicament conditionne le niveau d'équilibre de nos comptes sociaux, et donc notre cohésion sociale. Enfin, pourquoi notre industrie pharmaceutique ne serait-elle pas stratégique quand celle de nos concurrents l'est ? Autant, je considère la déclaration du Premier ministre historique, autant, je suis surpris par la réaction archaïque et dogmatique du président du Medef. Elle reflète l'esprit dans lequel fonctionne une partie des élites françaises, frappées de cécité sur les méthodes de nos grands concurrents, et de naïveté sur leurs stratégies de puissance. Il est temps pour elles de faire leur aggiornamento.

NON : FABRICE RÉMON, Associé du cabinet Deminor
" Qu'on publie une liste de sociétés intouchables "
Le gouvernement français nous annonce que certaines sociétés françaises ne seraient pas " opéables " par un investisseur étranger, même de manière amicale. Or il existe des règles pour que les marchés fonctionnent librement. Et on ne change pas les règles du jeu en cours de partie !
Nous ne pouvons qu'être inquiets de l'immixtion du Gouvernement dans le dossier Sanofi-Aventis. Alors que l'on essaie d'attirer des capitaux étrangers dans l'industrie française, on se heurte encore à un capitalisme à la française dont on ne sort pas. Changer ainsi les règles du jeu en pleine partie ne peut que surprendre et choquer une nouvelle fois la communauté financière internationale sur la manière " franco-française " de gérer des affaires pourtant strictement privées. Au final, c'est bien l'actionnaire d'Aventis, qui pensait avoir investi dans une société librement valorisable, qui est lésé par une telle attitude. Le Gouvernement cherche clairement à décourager toute contre-offre. Ce serait pourtant la seule manière de mettre tout le monde d'accord. Si Novartis est prêt à surenchérir, c'est que le prix proposé par Sanofi n'est pas le bon. Les actionnaires d'Aventis ont droit au meilleur prix. C'est l'expression d'un contre pouvoir. Enfin, par souci de transparence, pourquoi le Gouvernement ne publierait-il pas alors la liste des sociétés qu'il estime intouchables par des groupes étrangers ? En effet, on pourrait tout aussi bien imaginer alors qu'un groupe agroalimentaire français bien connu fasse partie d'une telle liste au nom du risque potentiel de pollution de ses eaux minérales !
Propos recueillis par Jean-Michel Meyer

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