« L’Etat doit définir une stratégie pour l’industrie française »

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Entretien Alors que l’institut Rexecode publie un rapport sur la compétitivité française, le cabinet Xerfi, des économistes et six grands patrons d'entreprises du CAC 40 publient un ouvrage collectif intitulé "La France et ses multinationales". Le président du cabinet d’analyses, Laurent Faibis. Il revient pour L’Usine Nouvelle sur les grandes lignes de cet ouvrage.

« L’Etat doit définir une stratégie pour l’industrie française » © Xerfi

Pourquoi vous êtes-vous interessés spécifiquement aux multinationales francaises ?

Nous avons été surpris du débat économique en France abstrait et sans stratégie. On ne parle jamais des entreprises, alors que c’est sur elles que nous devons nous appuyer pour acquérir des parts de marché en Allemagne ou en Chine.

Le discours ambiant promeut davantage le modèle allemand qu’il faudrait copier en France. Mais le Mittelstand français n’existe pas. L’objectif de cet ouvrage collectif est donc de parler vrai et de savoir à partir de quoi la France peut rebondir.

Justement, quelles sont les forces économiques du pays selon vous ?

Les multinationales ! Dans les 500 premières entreprises mondiales, on trouve 40 sociétés françaises. C’est plus qu’en Allemagne par exemple.

Mais parler des multinationales en France, savoir comment les aider à conquérir de nouveaux marchés, est devenu un véritable tabou. Tout simplement car elles évoquent les délocalisations, les licenciements, les stocks options.

Mais ces situations existent bien pour certaines entreprises…

Oui, c’est vrai. Mais de nombreux patrons, des grandes personnalités du CAC 40, confient en off qu’ils sont contraints d’agir de cette manière, par manque d’alliance avec l’Etat français. Et parce que parler d’intérêt national en France est interdit. Ils sont coincés entre leur rôle de patron de très grandes entreprises et celui de citoyen.

Besoin d'une stratégie de l'Etat

Votre ouvrage est-il une sorte d’appel aux pouvoirs publics ?

Il n’y a que lui qui peut faire bouger les choses. Pour l’instant, il n’y a aucune stratégie apparente de l’Etat d’un point de vue industriel. Contrairement à nos voisins allemands ou à la Chine. Contrairement aussi aux entreprises qui ont des stratégies compréhensibles. Mais l’Etat n’en a pas car il ne prend pas le temps d’analyser les forces et les faiblesses de notre système industriel.

Quelles sont vos propositions pour améliorer la compétitivité des entreprises françaises ?

Sur le long terme, il y a évidemment besoin d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) comme en Allemagne. Mais pour atteindre le niveau de ce pays, il faut proposer une dynamique sur les 20 prochaines années, en la déployant dès le système éducatif.

Arrêtons de dire dans les écoles qu’il faut travailler dans la finance et dans les grandes entreprises du CAC 40. Il faut expliquer à la future élite que travailler dans les PME et PMI, c’est aussi important et constructif pour l’industrie française.

Mais la stratégie doit aussi passer par l’établissement de liens entre multinationales et petites entreprises. Par exemple, en supprimant du vocabulaire le mot « sous-traitant » et en modifiant le rapport de force de vassalisation.

Garder l'avance technologique

La plupart des entreprises misent beaucoup sur les pays émergents, la Chine en tête. Mais comment renforcer aussi la base industrielle en France, tout en se développant dans ces zones ?

Là encore, l’Etat doit épauler les multinationales à conquérir d’autres marchés. Mais c’est du donnant-donnant. Pour éviter les délocalisations, il faut investir fortement dans les nouvelles technologies pour pouvoir conserver les emplois à forte valeur ajoutée en France.

Ce qui fera la différence entre les entreprises, ce n’est plus tant d’aller sur les marchés émergents, c’est de pouvoir garder l’avance technologique de la génération suivante. Ce sont des questions que se posent Airbus par exemple.

L’institut Rexecode vient de rendre un rapport comparatif sur la compétitivité en France et en Allemagne. Comment la France peut-elle rester dans la course d’après vous ?

L’Allemagne est notre plus gros problème, loin devant la Chine. Pour résister, la France ne peut pas copier ce modèle, car nous n’avons pas les mêmes bases.

Faire de la déflation salariale n’est pas possible en France, nous n’avons pas les mêmes atouts avec les pays d’Europe de l’Est. Non, pour résister, il faut chasser en meute et jouer collectif en s’appuyant sur les multinationales, comme dirait Pierre Gattaz.
 

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