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Quotidien des Usines

L'état d'alerte

Hassan Meddah , ,

Publié le

Sous-investissement dans les nouvelles technologies, faible présence des PME sur le web... Le retard français en matière de TIC est criant. Un sursaut permettrait de stimuler la croissance et de créer 200 000 emplois.

Les entreprises citées

Les prochaines Assises du numérique seront-elles l'occasion d'une véritable prise de conscience de l'importance des technologies de l'information et de la communication (TIC) pour l'économie du pays ? Il faut l'espérer. Cette manifestation, placée sous le parrainage du Premier ministre, François Fillon, qui débute à Paris le 29 mai prochain et dont « L'Usine Nouvelle » est partenaire, intervient alors que le risque de décrochage par rapport aux pays les plus dynamiques s'accentue. Les TIC représentent 6 % du PIB français, contre 12 % aux Etats-Unis et 18 % en Finlande ou en Corée ! Les conséquences sont telles qu'elles se font désormais ressentir sur le plan économique. Ce retard coûterait au pays au moins un demi-point de croissance du PIB et nous priverait de 200 000 emplois !

Force est de constater qu'entre la France et les Etats-Unis, pays champion dans le domaine des TIC, il y a peut-être plus qu'un océan qui nous sépare. Et cela va au-delà de notre incapacité à développer une industrie nationale de pointe comme celle qui s'est mise en place aux Etats-Unis, avec des acteurs comme Google, Microsoft, Cisco... « L'essentiel de la croissance de l'économie promise par les TIC provient d'abord de leur appropriation par les entreprises et des gains de productivité associés », explique-t-on à Bercy. Et là, incontestablement, le bât blesse. Car le retard, alimenté par le sous-investissement des entreprises françaises dans le domaine, se traduit en termes d'usage et d'équipement. Le syndicat des entreprises du secteur informatique (Syntec) déplorait déjà l'an dernier que seulement 50 % des PME françaises disposaient d'un site web, contre 77 % au Royaume-Uni et en Italie, et 82 % aux Etats-Unis. La situation en téléphonie mobile n'est guère plus réjouissante : seul un salarié français de PME sur quatre est équipé d'un portable ! Un sous-investissement tel qu'aujourd'hui le particulier est souvent mieux équipé chez lui qu'au bureau : tous les membres de la famille ou presque ont leur portable, bénéficient d'un accès internet haut débit et de la téléphonie sur IP... « Peu de PME ont leur site web, alors que les salariés sont de plus en plus nombreux à ouvrir leur blog ! », indique Olivier Baujard, le PDG d'Alcatel-Lucent France.

un fossé entre les grandes entreprises et les TPe

Alors, comment expliquer ce manque d'engouement ? « Les entreprises françaises investissent trop peu dans les nouvelles technologies, assimilant souvent ce type de dépenses à une charge et non à un investissement productif », regrette la ministre de l'Economie, Christine Lagarde. L'approche culturelle semble compter pour beaucoup dans cette attitude. Le téléphone portable et le web, accessibles au bureau comme en dehors, ont pour conséquence d'effacer les frontières entre vie professionnelle et vie privée. D'où une méfiance vis-à-vis de ces technologies vécues comme intrusives. L'anecdote suivante est ainsi révélatrice de la différence de perception de la technologie entre Américains et Français. A l'occasion d'un séminaire technologique qui se tenait mi-mai à Orlando, en Floride, un cadre d'un opérateur mobile français assiste à la démonstration d'une application de suivi des performances des commerciaux. Grâce à leurs téléphones mobiles GPS et au couplage avec le service de cartographie de Google Maps, le logiciel peut à chaque instant les positionner sur une carte et produire une batterie de statistiques : nombre de clients rencontrés par jour, durées moyennes des visites, distances parcourues... Le démonstrateur s'enthousiasme, croyant bluffer son interlocuteur. « En France, on ne pourra jamais vendre ce service ! », lui rétorque ce dernier. Quand l'Américain ne voit que productivité et efficacité, le Français voit flicage et fil à la patte...

Un fossé sépare les grandes entreprises des TPE et PME. D'abord, parce que ces dernières manquent de ressources dédiées pour mener à bien un projet informatique. En outre, elles sont effrayées par la complexité des technologies. « Pour une TPE, faire appel à une société spécialisée pour créer son site, se faire référencer, acheter une campagne publicitaire sur internet, c'est plonger dans l'inconnu. C'est comme faire appel à un avocat. On pense que ce sera cher sans être sûr du résultat », résume Nicolas Petit, le responsable de l'activité téléphonie mobile pour Microsoft France. En revanche, l'argument du prix rédhibitoire des TIC doit être relativisé. « L'abonnement à un téléphone mobile est compris entre 500 et 1 000 euros par an et par salarié. Un coût bien inférieur aux dépenses d'impression en papier et en toner ! », indique Thierry Duguet, le directeur marketing de Bouygues Telecom Entreprises.

Or, utilisées à bon escient, les TIC sont susceptibles d'améliorer sensiblement la compétitivité de l'entreprise. Selon une étude de IPSOS Mori réalisée en mars dernier auprès de 150 PME européennes, deux décideurs sur trois déclarent avoir déjà gagné un contrat grâce à leur capacité à rester en contact avec ses clients ; un sur deux juge que la réactivité aux sollicitations des clients est un facteur clé de réussite. Autant de possibilités apportées par le courrier électronique, l'accès à ses données sur le terrain ou face au client... Dans bien des cas, les TIC permettent d'augmenter l'efficacité de l'entreprise.

la téléphonie mobile pour améliorer la réactivité

La téléphonie mobile, par exemple, améliore la réactivité des salariés sur le terrain. Ainsi, le cabinet d'affaires international CMS Bureau Francis Lefebvre a équipé ses 400 avocats en France de Blackberry pour leur permettre de recevoir rapidement leurs courriers électroniques où qu'ils se trouvent. « La réactivité est essentielle dans notre métier. Le client a besoin de savoir qu'on s'occupe de son affaire », explique Philippe Agazzi, le directeur informatique. L'informatique permet aussi un pilotage plus efficace des sociétés. Pour avoir une visibilité nette sur les principaux paramètres de son activité, le négociant en vin spécialisé dans les grands crus classés, la maison Hébrard, a décidé d'investir. Située à Fronsac (Haute Garonne), cette PME de 20 personnes a opté en 2006 pour un logiciel tout intégré. « La comptabilité est maintenant reliée aux modules de gestion commerciale et à l'état des stocks. A chaque instant, nous savons exactement où nous en sommes », explique Etienne Jeanneau, son directeur opérationnel. Cette réactivité est nécessaire tant le métier de négociant est de plus en plus proche de celui du trader en Bourse. Il doit acheter ses bouteilles comme on achète des actions : sur des places boursières en plaçant des ordres par internet ! L'investissement total (matériel, licence, formation des salariés) s'est élevé à environ 150 000 euros, soit... près de 360 bouteilles de Château Latour !

Mais pour être efficientes, les TIC doivent aller au-delà de la simple numérisation des process existants de l'entreprise. « Elles doivent être au service d'une transformation stratégique et en profondeur de l'entreprise. Leur adoption est une occasion de repenser ses fondamentaux : l'organisation du travail, ses process, ses relations avec les fournisseurs, et jusqu'à son modèle économique... », affirme Jean-Claude Mailhan, ingénieur général au Conseil général des TIC du ministère de l'Economie.

Une démarche adoptée par le fabricant de chaudières e.l.m. leblanc (environ 700 salariés). Grâce à un usage innovant des TIC, la société propose depuis 2006 un nouveau service à ses clients : le télédiagnostic des chaudières. En les équipant d'un boîtier GSM capable de collecter les informations essentielles sur leur état de fonctionnement et de les transmettre à son centre de supervision. Ce qui permet d'anticiper les pannes. « Cela change complètement la relation avec le client. On n'a plus un client mécontent au bout du fil, réclamant un dépannage en urgence. Aujourd'hui, il nous remercie de lui éviter une douche froide », explique Eric Payan, le directeur informatique d'e.l.m leblanc.

Alors, qu'espérer de ces premières Assises du numérique ? Les demandes et les attentes sont très diverses. Les industriels du secteur demandent un éclaircissement des règles du jeu. « On ne veut pas un énième plan qui se chiffrerait en milliards d'euros mais des règles du jeu claires. Notamment dans la réglementation des futurs réseaux à fibre optique pour l'internet très haut débit », indique Guy Roussel, le vice-président d'Alliance TICS, un groupement de constructeurs informatiques et télécoms. D'autres réclament une accélération des grands projets d'infrastructures. « Au Japon et en Corée, l'infrastructure très haut débit est une réalité. Dans ces pays, on s'est interrogé, mais il y a dix ans maintenant. En France, la réglementation ne doit pas être un frein mais un moteur », appuie Olivier Baujard, d'Alcatel-Lucent. Les entreprises réclament plus de continuité dans l'action gouvernementale et une relance du projet TIC et PME 2010, qui soutient le développement d'outils sur toute une filière. Les directeurs informatique demandent des efforts d'évangélisation de la part des pouvoirs publics. « Cela doit être l'occasion de faire la promotion des TIC dans l'entreprise, avec à l'appui des exemples concrets de déploiements réussis », explique Eric Payan, d'e.l.m. leblanc. A bon entendeur... .

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