L 'essaimage pour relancer l 'innovation

Les grandes entreprises à l 'origine de projets informatiques qu 'elles n 'ont pas vocation à développer

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Régis Saleur
Associé de SEEFT Ventures
(fonds de capital-risque spécialisé
dans les secteurs des logiciels et
des technologies de l 'information)

Comme elle est loin l 'effervescence de la bulle internet ! Cette période où tout était possible, où l 'on célébrait la révolution en marche. Les marchés n 'ont pas été au rendez-vous, un grand nombre de start-up ont mis la clé sous la porte et les investisseurs ont paniqué. Tous les efforts n 'ont pas été vains et personne ne conteste les progrès ap- portés par internet et l 'évolution des télécommunications et des réseaux. Si les investisseurs ont commis tant d 'erreurs, c 'est parce qu 'ils ont misé sur des technologies qui ne répondaient pas à des besoins identifiés, mais dont ils espéraient qu 'elles les créeraient. Aujourd 'hui, l 'heure n 'est plus aux investissements spéculatifs visant une entrée en Bourse ou une cession à court terme, mais à la construction d 'entreprises rentables et durables grâce à un couple produit/marché. Pour y parvenir, aller chercher des innovations dans les laboratoires n 'est pas la seule voie possible. Il existe ailleurs des solutions négligées :dans les entreprises elles-mêmes,en particulier dans les grandes. Récemment encore, beaucoup cherchaient à mettre au point leurs propres outils informatiques. Malgré des budgets colossaux, les briques logicielles développées en interne ont rarement connu le destin espéré. Les grands groupes n 'ont pas pour vocation de devenir éditeurs de logiciels ni même de se doter des moyens indispensables au support et à la maintenance de tels développements. Pourtant, nombre de projets internes donnent naissance à des logiciels réellement innovants. Avec la réduction drastique des bud- gets informatiques, ils risquent de ne pas avoir d 'applications concrètes. Le gâchis serait considérable. Une solution existe, l 'essaimage industriel. Avec l 'aide d 'un fonds de capital-risque, les grandes entreprises qui ont,parfois presque accidentellement,donné corps à une innovation, peuvent donner une véritable chance à celle-ci et à l 'équipe qui en est l 'auteur. D 'où la nécessité d 'un changement d 'état d 'esprit de la part des grands comptes qui oscillent entre investir dans la poursuite de projets internes, mais qui n 'ont que peu à voir avec leur activité, et la renonciation pure et simple. Notre conviction est que le contexte actuel va amener les investisseurs à encourager des initiatives d 'essaimage. A cause de la chute du nombre de projets de start-up «classiques », mais surtout du fait de la nécessité de financer des projets nés chez les clients eux-mêmes, au point que ces derniers ont, dans un premier temps, financé seuls l 'innovation. De tels projets commencent à être présentés aux investisseurs. Leur nombre est encore modeste et, issus de l 'informatique industrielle, ils sont souvent extrêmement techniques. Mais le mouvement devrait s 'affirmer et s 'étendre progressivement à tous les types de développement logiciel, y compris dans le domaine des applicatifs, où l 'on n 'entreprend de travailler à une solution que pour répondre à un besoin.

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