L'Espagne reste perçue comme un maillon faible de la zone euro

par Sonya Hepinstall

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L'Espagne reste perçue comme un maillon faible de la zone euro

MADRID (Reuters) - La forte hausse des rendements des emprunts d'Etat espagnols ce mois-ci montre qu'après quelques semaines d'accalmie, les marchés financiers recommencent à percevoir l'Espagne comme un maillon faible de la zone euro.

À la mi-mai, les rendements obligataires espagnols avaient nettement reflué après l'annonce le 10 mai d'un plan de stabilisation financière de la zone euro et d'un programme de rachat d'emprunts d'Etat par la Banque centrale européenne, suivis deux jours plus tard par la présentation de nouvelles mesures d'austérité en Espagne.

Mais le plan de rigueur, adopté d'une voix seulement au Parlement, et la grogne sociale qu'il suscite affaiblissent le gouvernement. Cette situation politique conjuguée à des perspectives économiques peu encourageantes incitent les investisseurs à revenir à la méfiance.

Lundi, le rendement de l'emprunt espagnol à 10 ans a grimpé de 10 points de base à 4,66%, bien au-dessus des 4,50% atteints avant les annonces du début mai. La crainte principale des investisseurs est que l'Espagne ne soit contrainte à long terme de se refinancer à des taux presque inabordables, voire qu'elle perde son accès au marché.

"A mon avis, l'un des problèmes de l'Espagne et qu'elle est restée à la traîne d'autres pays de la zone euro dans son programme de financement", commente Jose Garcia Zarate, économiste de 4Cast. "La stratégie du Trésor a été timide et il est désormais sous pression. Il doit lever du cash."

À L'ABRI CETTE ANNÉE

Cette hausse des rendements se produit au plus mauvais moment pour Madrid, qui va devoir trouver des fonds pour refinancer 16,2 milliards d'euros de dette qui arrivent à échéance le 30 juillet.

Le Trésor espagnol a annoncé lundi son intention de lever entre 3 et 4 milliards d'euros jeudi en émettant un nouvel emprunt benchmark, à trois ans.

Selon Jose Garcia Zarate, l'émission ne devrait pas échouer, en partie parce que les banques espagnoles achèteront ces titres si nécessaire.

"Les principales banques espagnoles, Santander et BBVA, ne peuvent se permettre de voir cette émission échouer car elles risqueraient de perdre un accès aux marchés internationaux", dit-il.

Avec d'autres analystes, il prédit également que l'Espagne parviendra à rembourser ses échéances du 30 juillet. S'il surmonte cet obstacle, Madrid n'aura plus aucune grosse échéance obligataire d'ici la fin de l'année.

Marco Annunziata, chef économiste chez UniCredit, estime que, si nécessaire, l'Espagne pourrait emprunter aux niveaux actuels sans que cela n'affecte ses finances pendant encore au moins un an.

DOUTES SUR LE LONG TERME

Mais le doute porte surtout sur le long terme. Depuis la mi-mai, les rendements des emprunts espagnols ont sous-performé ceux du Portugal, pourtant présenté généralement comme le prochain "domino" potentiel de la crise de la dette souveraine en zone euro.

Cette sous-performance s'explique par le fait que l'Espagne suscite des doutes quant à sa capacité à atteindre les objectifs qu'elle s'est elle-même fixés dans le cadre de son plan d'austérité.

Fin mai, le gouvernement a abaissé ses prévisions de croissance à 1,3% pour 2011, 2,5% en 2012 et 2,7% en 2013, contre respectivement 1,8%, 2,9% et 3,1% précédemment.

Ces projections permettent d'estimer qu'au lieu de commencer à diminuer en 2013, le ratio dette publique/PIB restera stable à 72,7% cette année-là.

De nombreux économistes prédisent que le gouvernement devra sans doute abaisser encore ses prévisions de croissance lorsque les mesures d'austérité commenceront à produire leurs effets.

"Une chute de la consommation pourrait faire retomber l'Espagne dans la récession d'ici la fin de l'année", prévient Raj Badiani, économiste chez IHS Global Insight.

La menace d'une agitation sociale et politique inquiète aussi les investisseurs.

Un appel à la grève dans la fonction publique contre l'austérité était suivi mardi par les trois quarts des agents de l'Etat, selon les syndicats.

Dans les sondages, le Parti socialiste ouvrier (PSOE) du président du gouvernement espagnol Jose Luis Rodriguez Zapatero, est devancé de 10 points par l'opposition conservatrice du Partido Popular.

Au Portugal, en revanche, majorité et opposition se sont accordé sur le programme d'austérité présenté le 13 mai par le gouvernement, donnant de Lisbonne l'image d'une stabilité politique qui manque à Madrid, relèvent des analystes.

Nicolas Delame pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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