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L'Usine de l'Energie

L’EPR sera-t-il un Rafale ou un TGV ?

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Analyse La dérive financière de l’EPR de Flamanville ne grève pas l’avenir de ce réacteur. Mais désormais, la signature d’un contrat au Royaume-Uni est une condition sine qua non pour continuer l’aventure.

L’EPR sera-t-il un Rafale ou un TGV ? © D.R.

Rafale, char Leclerc, Concorde, A400M, … les prouesses des ingénieurs français n’ont pas toujours été récompensées  par de grandes réussites commerciales. Est-ce que l’EPR avec ses systèmes de sûreté "hyper  avancés" et ses 1 600 MW de puissance va connaître le même destin ? Les nouvelles péripéties survenues sur les chantiers de l’EPR en construction à Flamanville (Manche) pourraient le laisser penser. Le coût du projet vient de grimper de 2 milliards d’euros pour atteindre 8,5 milliards d’euros. De plus, EDF a perdu son partenaire italien, l’électricien Enel, engagé à hauteur de 12,5 % du financement dans la construction de cette tête de série.

Ce loupé hexagonal fait écho à d’autres mésaventures. Les retards et surcoûts de l’EPR en Finlande, le rejet de l’offre d’Areva en République Tchèque pour deux EPR en octobre dernier, la perte du contrat à Abu Dhabi (Emirats arabes unis) pour 4 unités en 2009… EDF et Areva ne peuvent opposer à ces ratés que la construction de deux EPR à Taishan en Chine où les délais et les budgets sont respectés.

Est-ce que la complexité du chantier de Flamanville grève l’avenir de l’EPR ? Pour David Dornbusch, le président de l’ONG Cleantuesday et ancien chercheur du CEA et d’Areva, la réponse est claire : "Il faut arrêter tout de suite d’en construire et d’en vendre.  Quel pays prendrait une installation à 8,5 milliards sur son territoire ? A ce prix-là, c’est invendable". Pour Matthieu Courtecuisse, PDG du cabinet de conseil Sia-Partners, "Flamanville ne met pas fin à l’histoire de l’EPR. La décision britannique est beaucoup plus importante".

La Grande Bretagne, avec son parc nucléaire vieillissant, veut construire une dizaine de réacteurs nucléaires. Le pays vient d’accorder une licence à EDF pour construire deux EPR à Hinkley Point. Il ne s’agit pas encore d’un feu vert. Une décision finale d’investissement est attendue pour les premières semaines de janvier 2013. Cette signature est la plus importante pour l’avenir de l’industrie nucléaire française. Elle marquerait le grand succès tant attendu.

Ces constructions pourraient, de plus, se passer, aussi bien qu’en Chine. La réussite des projets chinois tient dans la masse critique de chantiers qui totalisent la construction simultanée de 26 réacteurs. Ce nombre permet d’optimiser les temps et coûts de construction. Au Royaume-Uni, la réalisation d’une dizaine de constructions à la même période produirait le même effet de synergie.

Si les réacteurs français et finlandais présentent de telles dérives temporelles et financières, c’est essentiellement lié à un effet de tête de série et au fait qu’ils sont en montage dans des pays où aucun réacteur n’a été construit depuis 10 à 15 ans. La France a lancé l’EPR de Flamanville comme une vitrine de son savoir-faire, mais ce demi-choix n’est pas optimal.

Au-delà des réacteurs britanniques, l’année 2013 sera vitale pour l’avenir de l’EPR. On attend au cours de l’année la signature pour deux réacteurs supplémentaires en Chine (Taishan 1 et 2) et deux en Inde (Jaipatur 1 et 2). Par ailleurs, la Pologne et l’Arabie Saoudite pourraient lancer leur appel d’offre. Areva garde confiance et ne revient pas sur la promesse de son président Luc Oursel de vendre 10 EPR d’ici à 2016. "L’EPR est demandé sur tous les appels d’offres", s’exclame une porte-parole du groupe.

En revanche, si la Grande Bretagne ne donnait pas le feu vert final à EDF, l’avenir de l’EPR pourrait se compliquer sérieusement. Ce serait surtout un coup terrible porté à la filière. Si l’enjeu est d’importance pour EDF, il est fondamental pour Areva, car c’est une grosse partie de son carnet de commandes qui serait remis en question. "C’est un énorme échec pour EDF et Areva. Il n’y a pas d’autre mot", juge déjà David Dornbusch. Pas encore… mais l’année 2013 sera à coup sûr décisive !

Ludovic Dupin avec Astrid Gouzik

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