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L'Usine Santé

L’épineuse enquête sur la contamination des poches alimentaires pour nourrissons

Gaëlle Fleitour , , , ,

Publié le

L’enquête se poursuit sur la mort de trois nourrissons, tués à l’hôpital de Chambéry par une bactérie présente dans leurs poches alimentaires. Avec une question cruciale : d’où provient la contamination ?

L’épineuse enquête sur la contamination des poches alimentaires pour nourrissons © LisaW123 - Flickr - c.c.

C’est l’affaire qui secoue depuis plusieurs jours le monde de la santé. Comment une bactérie a-t-elle pu s’introduire dans des poches de nutrition parentérale, c’est-à-dire par intraveineuse, tuant trois bébés prématurés à l’hôpital de Chambéry en décembre ? Les premiers résultats des analyses réalisées par l’Institut Pasteur sur le lot suspect de poches sont tombés. Six d’entre elles ont été contaminées "par un seul et même germe, rarement retrouvé dans des cas d’infections en milieu hospitalier, évoquant une origine environnementale (eau, sol…), précise le ministère de la Santé. Il s’agit d’une nouvelle espèce d’entérobactérie encore sans nom, proche d’Ewingella et de Rahnella." Elle était jusqu’alors inconnue, car elle n’avait jamais généré d’infection.

L’ensemble de la chaîne scrutée, de la production à la délivrance

La famille des entérobactéries recouvre une cinquantaine de genres et une centaine d’espèces vivant dans le tube digestif de l’homme et des animaux (d’où le nom de cette famille) mais aussi dans l’environnement. Certaines sont toujours pathogènes comme l’agent de la peste ou celui de la fièvre typhoïde, d’autres non mais peuvent le devenir dans certaines conditions en particulier chez des personnes fragilisées. "Ces bactéries prolifèrent à une certaine température : une fois présente dans la poche qui contient de nombreux nutriments, la bactérie incriminée a pu se multiplier en grande quantité en quelques heures, et être perfusée dans le sang du nourrisson dont les défenses immunitaires étaient trop faibles pour le protéger", explique le Dr François-Xavier Weill, responsable de l'Unité des Bactéries pathogènes entériques à l’Institut Pasteur.

Reste encore à déterminer l’origine de cette contamination. C’est pourquoi "l’ensemble de la chaîne continue à faire l’objet d’investigations approfondies, de la production à la délivrance", poursuit le ministère. "Si cette même bactérie était retrouvée dans des poches conservées dans la pharmacie de l’hôpital ainsi que chez le fabricant, sans qu'elles n'aient jamais été ouvertes ou installées, cela voudrait dire que la contamination a eu lieu lors de l’étape de fabrication des poches ou de leurs matières premières, indique François-Xavier Weill. Malgré les salles blanches, les charlottes, les flux laminaires utilisés en production, des accidents ou des erreurs de manipulation peuvent survenir: une poussière qui tombe, un problème de stérilisation, un défaut de scellement et de conservation…"

La fabrication du laboratoire Marette provisoirement suspendue 

Après avoir appelé à la prudence durant plusieurs jours, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a finalement suspendu mardi 7 janvier la production du laboratoire Marette, le fabricant des poches alimentaires incriminées situé à Courseulles-sur-Mer (Calvados). "Les précédentes affaires impliquant l’industrie pharmaceutique ont eu une influence sur la ministre, qui a appris que ce n’est pas nécessairement du laboratoire que provient l’erreur, estime Patrick Biecheler, associé du cabinet de conseil Roland Berger. En outre, la production des laboratoires pharmaceutiques est souvent extrêmement automatisée. Mais dans le cas des nourrissons de Chambéry, il y a un côté beaucoup plus artisanal dans la manipulation des poches."

Un processus apparenté à la production pharmaceutique

La fabrication de poches parentérales, considérées comme des dispositifs médicaux, s’apparente à un processus de production pharmaceutique. Il faut en effet compter plusieurs étapes de stérilisation pour s’assurer que la solution et que la poche soient bien stériles. L'essentiel de la production de la nutrition médicale - les poches "standard" - est assuré par des groupes industriels. Un quart environ des poches sont "personnalisées" et réalisées par de petits façonniers, comme Marette et sa dizaine de salariés, ou par les pharmacies à usage interne des grands hôpitaux. "Quand l’hôpital fait travailler une société de petite taille, un grand nombre d’étapes ne sont pas réalisées par l’entreprise elle-même", rappelle Patrick Biecheler.

D’où le temps pris par l’enquête pour retracer toute la chaîne : Marette sous-traitait par exemple la fabrication de l’enveloppe des poches. Une façon de procéder différente de celle des grands industriels qui préfèrent tout réaliser en interne. Baxter a ainsi développé sa propre poche parentérale, avec un système d’injection et de remplissage stérile très spécifique. Le segment du parentéral est quelque peu délaissé par les grands acteurs de la nutrition clinique. Les petits volumes (la nutrition parentérale ne représente que 16% du marché de la nutrition clinique, estimé à 23 milliards de dollars en 2012 par Business Insights) et les exigences élevées du secteur rebutent certains industriels.

Gaëlle Fleitour

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