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"L’éolien est l'une des activités les plus fructueuses de Siemens"

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Entretien Basé au Danemark, Siemens Wind Power est avec environ 10% du marché l’un des 10 premiers constructeurs mondiaux d’éoliennes à coté des leaders Vestas ou Gamesa. Avec un carnet de commande record de 8 milliards d’euros, Siemens devrait entrer dans le top 3 d’ici 3 ans, grâce notamment à d’importants succès dans l’offshore. L’Usine Nouvelle a interviewé Jens-Peter Saul, le PDG de l’entreprise dans son usine danoise de Brande pour faire le point sur ses projets en matière de technologie et de développement industriel.

L’éolien est l'une des activités les plus fructueuses de Siemens © Siemens

L'Usine Nouvelle: Votre groupe est leader en termes de commandes sur le marché de l’offshore, avec un carnet d’ordre de 6 GW, comment l’expliquez-vous ?

Jens-Peter Saul: Le point clé est la qualité, la fiabilité et aussi la maitrise des coûts, ce qui passe par la technologie. C'est surtout très important pour l'offshore. L’entrée de Siemens dans l’éolien a débuté en 2004 avec le rachat de l’entreprise danoise Bonus, ici à Brande. Et bien que ce soit du temps de Bonus ou maintenant de Siemens, nous n’avons pas payé de pénalités à nos clients depuis 1999.

J’ajoute aussi que nos produits phares de 2,3MW et 3,6 MW correspondent bien au besoin des exploitants de parcs. Nous avons donc gagné de nombreux contrats comme celui de Greater Gabbard pour Scottish and Southern Energy en mer du Nord britannique (500MW) que nous sommes en train de livrer, la commande record de Dong qui porte sur 500 machines ou d’autres pour l’énorme programme offshore de la Grande-Bretagne (100 milliards d’euros prévus NDLR).

Quels sont vos axes de développement technologique?

Nous en avons plusieurs. Il y a l’expérience menée avec Statoil Hydro sur une machine flottante, le projet Hywind, destinée aux zones maritimes de grande profondeur dont nous attendons de bons résultats. Nous misons par ailleurs beaucoup sur les machines à entrainement direct (sans réducteurs NDLR) dotés d’un générateur à aimant permanent. Ces produits ont de nombreux avantages ; ils sont plus légers, donc plus faciles à installer et nécessitent moins de maintenance, un point clé pour l’exploitation des parcs. Nous avons présenté un prototype de 3MW avec cette technologie en avril avec un nombre de composants réduit de 50%. Nous démarrerons sa production à grande échelle l’an prochain. Nous préparons aussi une machine de 6MW. Il y a aussi les recherches sur le design des pales, un domaine proche de l’aéronautique, où les progrès constants permettent l’allégement progressif.

Enfin, je peux citer nos projets de machines à design simplifié pour les pays émergents. Ce ne sont pas des produits de qualité médiocre, mais on simplifie donc leur conception ou le nombre de composants pour faciliter installation et maintenance. Nous travaillons dans cette direction pour l’Inde notamment. J’ajoute aussi que la recherche d’efficacité industrielle dans nos usines, notamment ici à Brande est essentielle. 


Une croissance exponentielle

Siemens Wind Power a été constitué sur la base de Bonus Energy, une entreprise danoise acquise en 2004, celle là même qu’Areva n’avait pas été autorisé à acheter par le gouvernent français. Si Bonus réalisait alors 266 millions d’euros de chiffre d’affaires, elle a depuis bien changé. Ses ventes sur l’exercice 2009-2010 s’élèvent à 2,9 milliards d’euros pour 2.5 GW livrés. Son carnet de commande atteint 8 milliards d’euros. Sur le site historique de Brande au centre du Danemark sont situés l’usine de nacelle, le siège et le principal centre de R&D (2500 personnes au total dont 800 en production). Siemens Wind Power emploie au total 6000 salariés dans le monde.


Et en matière de réseaux électrique?

Cette activité n’est pas directement de notre ressort mais de la division de Siemens en charge du transport et de la distribution d’électricité. Celle-ci s’intéresse énormément à ce marché et développe des produits et des concepts dédiés. Un des axes le plus prometteurs est le transport en courant continu qui offre beaucoup d’avantages pour les parcs offshore éloignés du rivage.

Qu’en est-il en matière de coûts de production de l’électricité éolienne ?

Notre meilleure performance se situe sur un parc onshore que nous avons équipé en Nouvelle Zélande. Celui-ci bénéficie de très bonnes conditions de vent. Le coût final estimé de production y est de 4 centimes d'euros par Kwh. En moyenne, c'est plutôt de 6 à 8 centimes pour les projets onshore et de  10 à 13 centimes pour les installations offshore. Depuis 10 ans, nous sommes parvenus à réduire les coûts de 40%. Nous pensons pouvoir encore faire descendre. C'est pour cela que nous avons triplé nos dépenses de R&D en deux ans en pleine crise financière. Si vous prenez un de nos derniers produits, le générateur à entrainement direct, celui-ci permet d’abaisser les coûts de  production de 14%. Mais la réduction du prix des projets est liée à de nombreux facteurs comme, je vous l’ai dit, la fiabilité (97% pour nos produits), la maintenance, le concept des machines... En fait, ce qui compte au-delà du prix initial de la machine, c'est le rapport à l’heure de fonctionnement. Nos machines sont optimisées pour cela. 

Votre croissance a été rapide depuis 5 ans avec un  décuplement du chiffre d’affaires, pensez vous maintenir ce rythme?

Le marché mondial de l’éolien atteignait 30 milliards d’euros en 2008, nos prévisions sont de 86 milliards en 2020 et 216 à l’horizon 2030. Nous pensons non seulement suivre ce développement, mais gagner des places. En termes de prise de commandes avec un total de 6GW nous sommes déjà troisième mondial.

Bref, l’éolien est un des activités les plus fructueuses de Siemens. Et, notre division énergie renouvelable dégage 13% de marge d’ebit. 

Quels sont vos projets d’investissements ?

Dans l'année à venir, nous allons accroitre notre personnel de 4 à 500 personnes rien qu’au Danemark, notamment dans notre usine de pales d’Aalborg. Nous avons réalisé 60 à 70 millions d'euros d'investissement dans ce pays pour accompagner notre développement très soutenu et accroitre nos capacités de test et de  R&D.

Et au plan mondial ?

Nous avons devant nous ces prochaines années, un programme d'investissement de plusieurs centaines de millions d'euros. Nous allons passer d'une situation où nous avons 5 usines dans 2 pays (Danemark et Etats-Unis) à demain 11 usines dans 6 pays. Cela comprend notamment notre futur site en Grande Bretagne pour servir les très gros projets du pays, mais aussi des sites en Chine, Inde, Canada ou en Russie. Sans compter, les Etats-Unis qui représentent 25% à 30% de notre activité, mais où le marché offshore n’est que naissant.

Voyez-vous venir des compétiteurs chinois ?

Le marché chinois représente plus de 10GW par an. Nous n'y avons rien vendu, nous espérons pouvoir y parvenir après l’ouverture de nos installations industrielles (pales et nacelles). Nous sommes très attentifs au sujet des industriels chinois qui se développent très vite du fait de la taille de leur marché, et commencent à répondre à des appels d’offres dans la région Pacifique.

Pensez-vous procéder à des acquisitions ?

Ce n’est pas notre préoccupation principale au vu de notre fort développement interne, mais on regarde toujours ce qui se présente. 

Siemens va-t-il se positionner sur le futur appel d'offre en France en matière d'éolien offshore?

Notre présence est importante en Europe du nord, nous voulons l'accroître dans le Sud du continent. La France est clairement un marché où l'on peut faire des progrès. On regardera tous les projets qui s'y présenteront et bien sûr dans l'offshore qui est notre point fort. 



Propos recueillis à Brande (Danemark) par Pierre-Olivier Rouaud


Pour aller plus loin: 

Un reportage dans la plus grosse usine d’éoliennes de Siemens Wind Power, à Brande au Danemark

Le diaporama de la visite de l'usine

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