L'enquête sur la santé des habitants de Fos-sur-Mer et Saint-Louis-du-Rhône jette le trouble en Provence

Menée sous l'égide d'une universitaire et sociologue américaine, l'étude Fos Epseal s'est penchée sur la santé des habitants des villes de Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône (Bouches-du-Rhône), riveraines de la zone industrialo-portuaire. Ses résultats interrogent sur les impacts environnementaux et sanitaires des activités industrielles.

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L'enquête sur la santé des habitants de Fos-sur-Mer et Saint-Louis-du-Rhône jette le trouble en Provence
Une étude alerte sur les problèmes de santé aux abords des zones industrielles de Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône (Bouches-du-Rhône).

Bien avant l'implantation en 2009 de l'unité d'incinération et de méthanisation de déchets "Everé" à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), le maire de Fos, René Raimondi, avait pointé les risques pour la santé des habitants d'une accumulation d'émissions polluantes sur le territoire de la zone industrialo-portuaire. Les manifestations et recours en justice n'ont pu empêcher l'ouverture du site, ni l'approbation récente de l'extension de sa capacité d'incinération. La demande d'études épidémiologiques, formulée par les élus, les associations environnementales et les riverains n'avait alors pas été entendue. Pourtant, certains médecins du territoire disaient constater un taux inhabituel de maladies respiratoires. Le rapport de l'étude Fos Epseal qui vient d'être rendu public démontre qu'une analyse approfondie pourrait se justifier.

Prévalence supérieure

Cette "recherche participative en santé environnement ancrée localement" a été effectuée auprès d'un échantillon de 816 habitants et foyers, soit 2 000 personnes étudiées au total. Elle s'inscrit dans le cadre d'un projet de recherche du Centre Norbert Elias, à Marseille, avec l'appui financier de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES). L'approche visait à impliquer la population de Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône (Bouches-du-Rhône) pour tenter d'évaluer comment son état de santé pourrait être concerné par le voisinage historique d'un site industriel et logistique.

Fos Epseal révèle que "la prévalence chez les adultes de l'asthme cumulé, des cancers notamment chez les femmes et des diabètes (dont des cas de type 1) est plus élevée à Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône qu'en moyenne en France. Les affections respiratoires (hors rhume des foins) concernent près d'un adulte sur deux et un enfant sur quatre". 15,8 % des personnes objets de l'enquête souffriraient ainsi d'asthme contre 10,2 % pour la population française. Pour les cancers, 10,5 % subissent ou auraient développé la maladie contre 6 % en France, et pour le diabète, 11,6 % contre 5,2 %. Enfin, 63 % des habitants rapportent une maladie chronique.

Interprétation complexe

Barbara Allen, directrice scientifique de l'étude, sociologue et professeur à Virginia Tech University (Washington DC), a supervisé les travaux étalés sur 2015 et 2016 avec deux anthropologues du Centre Norbert Elias, et collaboré avec plusieurs médecins généralistes et spécialisés. Sa synthèse précise que "l'étude n'entend pas établir un lien causal entre pollution industrielle et santé : personne ne serait en mesure de le faire étant donnés la complexité des polluants et le nombre de pathologies considérés. Cependant, l'équipe s'est employée à mettre en perspective l'image sanitaire globale et chaque compartiment de pathologies en excès dans l'étude, avec la littérature récente qui, elle, a déjà établi des liens entre pathologies et polluants ou ensemble de polluants".

D'autres études complèteront prochainement les données recueillies par cette méthodologie inédite. L'Agence régionale de Santé Provence-Alpes-Côte d’Azur dévoilera avant la fin de l'année les conclusions du programme "Observatoire Revela 13", lancé en 2012 pour mesurer les taux de cancers du rein, de la vessie et de leucémies aigües chez l'adulte. Cette étude-pilote ambitionne "de répondre plus précisément sur le nombre élevé de cancers perçus par la population résidant à proximité de points noirs environnementaux" dans les Bouches-du-Rhône. Créé en 2010 sur l'ouest de l'étang de Berre, l'Institut Ecocitoyen pour la Connaissance des Pollutions rendra publics au troisième trimestre les résultats de son étude INDEX d'imprégnation humaine qui, par un dosage dans le sang et les urines, vise à "connaître la nature et la quantité de polluants présents dans l’organisme des habitants et riverains de la Zone Industrielle de Fos-sur-Mer, et de comparer leurs résultats à une population témoin éloignée des sources industrielles".

Rigueur et pédagogie

Du côté des industriels, on refuse de juger la validité scientifique des démarches engagées. On souligne en revanche que la protection de l'environnement reste une préoccupation permanente. En visite à Marseille le 9 mars, Francis Duseux, le président de l'Union française des industries pétrolières, a insisté sur les investissements massifs et constants pour réduire les émissions des usines. A travers son actuel grand arrêt, la raffinerie de Fos-sur-Mer a fait de "la limitation au maximum des nuisances pour les communautés environnantes" un objectif prioritaire de sa modernisation.

Chargé de la mesure de la qualité de l'air, Air PACA atteste dans son bilan de 2015 des retombées de tous ces efforts. "Depuis ces 10 dernières années, les quantités de polluants primaires émises sont à la baisse" sur l'ouest des Bouches-du-Rhône (Etang de Berre, Alpilles, Camargue). Il souligne que "les rejets des sources industrielles comme ceux du transport routier ont, pour certains composés, diminué entre 2007 et 2013 de 20 à 30 %".

Au nom du Groupement Maritime et Industriel de Fos/Etang de Berre (GMIF), Marc Bayard rappelle que les règlementations nationales et européennes sont respectées. Il souhaite que n'importe quelle étude soit abordée avec la même rigueur et exigence que celle imposée à chaque usine pour analyser ses risques environnementaux et sanitaires et vérifier qu'elle s'y plie correctement. "Sur un sujet aussi anxiogène, mieux vaut l'aborder avec pédagogie, note-t-il. On peut toujours progresser en étudiant les différentes substances afin de pouvoir agir de façon ciblée. Nous voulons être constructifs. Air Paca procède ainsi à des mesures spots en limite de certains sites pour améliorer encore les connaissances. L'acceptabilité de nos activités est d'autant plus sensible qu'elle est une condition sine qua non de la pérennité de l'industrie sur le territoire."

Jean-Christophe Barla

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