"L’énorme problème des énergies renouvelables ce sont les arnaques", observe Delphine Batho

A l’occasion des Trophées de la transition énergétiques 2018 remis le 15 mai à Paris, la députée des Deux-Sèvres et ancienne ministre de l’environnement Delphine Batho a répondu aux questions de L'Usine Nouvelle.

Partager
Delphine Batho, député de Deux-Sèvres, a quitté le PS et prendra la tête de Génération écologie.

L'Usine Nouvelle - Vos successeurs sont-ils mieux lotis que ce que vous ne l’avez été ?

Delphine Batho - Nicolas Hulot a sûrement plus de marge de manœuvre que je ne pouvais en avoir moi-même du fait de son poids politique. Mais la situation à laquelle sont confrontés dans les gouvernements les ministres de l’écologie et de l’énergie est comparable en termes de résistances. Il faut faire connaitre davantage ce que vous faites au grand public et à un certain nombre de hauts fonctionnaires qui ne voient pas à quel point le monde change vite et qui restent prisonniers de visions qui sont celles de modèles dominants.

Vous avez dénoncé le poids des lobbys qui freine la transition énergétique. Est-ce en train de changer ? Assiste-t-on à une remise en cause du modèle énergétique français ?

La difficulté vis-à-vis des lobbys, c’est que le monde de l’entreprise est considéré comme un tout homogène. Je l’ai vécu lors du débat national sur la transition énergétique. On souffre de l’absence d’une sorte de Medef des entreprises qui ont intérêt à la transition énergétique, celles qui veulent aller chercher une compétitivité par la transformation liée aux enjeux écologiques. Ces entreprises-là ne se font pas suffisamment entendre face à celles qui ont un poids certain et qui freinent des quatre fers. On a auditionné EDF à la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. Je ne vais pas dire que rien ne bouge. Mais sur certains sujets, j’avais l’impression d’entendre les mêmes discours qu’il y a six ans voire dix ans.

Quel bilan tirez-vous de l’action du gouvernement actuel ou du moins des attentions affichées ?

Le grand rendez-vous de la transition énergétique, c’est la programmation pluriannuelle de l’énergie. Mais je regrette que l’on ait un débat public sur la PPE sans avoir le projet du gouvernement. Ensuite, il faudrait aller au bout de la compréhension de ce qui n’a pas fonctionné avec le Grenelle de l’environnement et avec la Loi de transition énergétique. Chaque fois que l’on se contente de mettre des législations qui fixent à la France comme objectif d’atteindre x % d’énergies renouvelables ou x % d’économies d‘énergie à des horizons 2020 ou 2025, on est sur des dispositions qui n’ont rien de normatives et sans mises en œuvre concrètes. Ma crainte aujourd’hui, c’est que le gouvernement actuel soit dans une trop grande continuité par rapport à ce qui a été fait dans le passé. Et que l’on se contente d’énoncer des objectifs sans s’attaquer à ce que l’on fait entre maintenant et 2022.

Nicolas Hulot annonce que la PPE actera la fermeture des centrales à charbons en 2022...

Définir comme objectif numéro un la sortie des énergies fossiles me parait une clarification utile. Si l’objectif numéro deux est la diversification, il faut baisser la part du nucléaire. Et la seule question qui vaille, c’est le nombre de fermetures de réacteurs entre maintenant et 2022, mais aussi les transitions sociales. Tant que l’on ne traite pas la question de la faisabilité économique et sociale de choix qui consistent à détruire volontairement de la valeur d’un côté pour en créer volontairement d’un autre, on se retrouve face à des blocages que l’on n’est pas en situation de résoudre et qui expliquent un certain statu quo.

Faut-il renationaliser EDF ?

Oui, mais pas à l’ancienne. Je suis favorable depuis longtemps à un changement de statut de l’entreprise EDF. J’étais inquiète des idées de séparer l’activité nucléaire du reste. Je suis inquiète des débats au niveau européen, qui s’acheminent vers la suppression complète de toutes formes de tarifs réglementés, alors que le bilan des processus de libéralisation n’a toujours pas été tiré. Il y a une question de souveraineté énergétique pour la nation. Pour EDF, il faudrait que les capitaux des acteurs privés soient détenus par les salariés et les consommateurs.

Y-a-t-il des modèles étrangers inspirants pour la France ?

L’enjeu est d’inventer un modèle français. La France et l'Europe doivent lier les enjeux de transformation des modèles énergétiques avec le développement de nouvelles industries. Il parait capital que l’on développe une industrie de la batterie en Europe et en France. C’est stratégique. La France compte des constructeurs mondiaux et des équipementiers à la pointe des technologies. Nous avons donc tout l’écosystème pour prendre une place de leader dans le véhicule zéro émission.

Dans votre département rural, la priorité des citoyens reste-t-elle le coût de l’énergie ?

Il y a un élan de la population vers les énergies renouvelables et l’autoconsommation. Mais l’énorme problème ce sont les arnaques aux énergies renouvelables, dont on parle très peu. Des banques entretiennent ce système d’installateurs peu recommandables, qui entrainent des litiges sans solution. C’est un frein considérable à ce qui devrait être l’explosion en France des renouvelables. Il faut que le secteur fasse le ménage. Il faudrait un label de garantie et un guide pratique. L’autre frein dans un territoire agricole comme celui des Deux-Sèvres est vis-à-vis de la méthanisation. On a un potentiel considérable, des projets formidables, mais on se heurte à des problèmes d‘acceptabilité locale. Concernant le coût de l’énergie, la question première est celle des transports, de la taxe carbone et de la fiscalité sur le diesel. Je pense qu’il y a urgence à étendre le chèque énergie à la mobilité.

Avez-vous rencontré des problèmes avec le compteur Linky ?

Il y a des questions sur Linky à chacune des réunions publiques. Ce qui se passe est lié à deux choses. D’abord il y a eu un arbitrage, que je n’avais pas gagné, contre l’afficheur déporté qui était demandé par UFC-Que choisir. Cela aurait permis à chaque consommateur de se rendre compte de ce que cet outil lui apportait. S’il y avait eu consensus avec les associations de consommateurs au départ cela changeait beaucoup les choses. Le deuxième problème est un déficit de portage politique. Quand on n’explique pas, des questions et des inquiétudes même infondées, comme celles sur les ondes, surgissent. Il n’y a pas eu, pour le compteur Linky, de grande campagne de communication comme pour le passage à la TNT.

Propos recueillis par Pascal Gateaud et Christine Kerdellant

SUR LE MÊME SUJET

Sujets associés

NEWSLETTER Energie et Matières premières

Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes...

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

Tous les événements

LES PODCASTS

A Grasse, un parfum de renouveau

A Grasse, un parfum de renouveau

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, Anne Sophie Bellaiche nous dévoile les coulisses de son reportage dans le berceau français du parfum : Grasse. Elle nous fait découvrir un écosystème résilient, composé essentiellement...

Écouter cet épisode

Les recettes de l'horlogerie suisse

Les recettes de l'horlogerie suisse

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, notre journaliste Gautier Virol nous dévoile les coulisses de son reportage dans le jura suisse au coeur de l'industrie des montres de luxe.

Écouter cet épisode

Le rôle des jeux vidéo dans nos sociétés

Le rôle des jeux vidéo dans nos sociétés

Martin Buthaud est docteur en philosophie à l'Université de Rouen. Il fait partie des rares chercheurs français à se questionner sur le rôle du jeu vidéo dans nos sociétés.

Écouter cet épisode

Les coulisses d'un abattoir qui se robotise

Les coulisses d'un abattoir qui se robotise

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, Nathan Mann nous dévoile les coulisses de son reportage dans l'abattoir Labeyrie de Came, dans les Pyrénées-Atlantiques, qui robotise peu à peu ses installations.

Écouter cet épisode

Tous les podcasts

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

Trouvez des produits et des fournisseurs

Energies renouvelables

Capteur solaire - CR 110

KIMO INSTRUMENTS

+ 240 000 Produits

Tout voir
Proposé par

Trouvez les entreprises industrielles qui recrutent des talents

BUREAU VERITAS

Chargé d'Affaires Equipements sous Pression en Service (F-H-X)

BUREAU VERITAS - 18/01/2023 - CDI - Aix-en-Provence

+ 550 offres d’emploi

Tout voir
Proposé par

Accédez à tous les appels d’offres et détectez vos opportunités d’affaires

33 - COBAN

Fourniture et travaux de pose et de dépose de signalisation spécifique

DATE DE REPONSE 23/02/2023

+ de 10.000 avis par jour

Tout voir
Proposé par

ARTICLES LES PLUS LUS