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L'Usine de l'Energie

L'enfouissement géologique, la meilleure option pour stocker les déchets nucléaires ?

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Le projet de centre d’enfouissement géologique des déchets nucléaires Cigéo de Bure (Meuse), est attaqué en justice par ses opposants. Mais aucune alternative n’existe, si ce n’est de laisser les déchets là où ils sont produits.

L'enfouissement géologique, la meilleure option pour stocker les déchets nucléaires ? © Pascal Guittet

Stop ou encore ? Le tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine) se prononcera le 27 mars sur l’avenir du Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) destiné à accueillir les déchets nucléaires les plus dangereux, comme le combustible usé des centrales. Des associations d’opposants ont mené l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), responsable du projet, devant la justice. Leur but : tenir compte d’un potentiel géothermique et remettre en cause la construction du site d’enfouissement de déchets nucléaires près de Bure (Meuse).

Ce procès traduit la difficulté rencontrée par l’Andra pour faire accepter la seule solution envisagée par la France pour se débarrasser des déchets les plus dangereux. Un petit volume qui représente à lui seul 99% de la radioactivité des déchets produits par le parc nucléaire français - 58 réacteurs et le futur EPR de Flamanville (Manche), dont la mise en service est prévue en 2017. Avec Cigéo, 3 000 mètres cubes de déchets à haute activité et 40 000 mètres cubes de déchets à moyenne activité et vie longue seront enfouis à 500 mètres de profondeur dans une couche d’argile.

Les déchets de démantèlement débordent

Les yeux sont braqués sur le site d’enfouissement de Bure (Meuse), mais l’Andra a d’autres sujets à traiter, comme la gestion des déchets de moindre activité à stocker sur des sites en surface. À l’horizon 2030, 60 % des déchets qui seront générés par le démantèlement des installations nucléaires seront de très faible activité. Le Centre industriel de regroupement, d’entreposage et de stockage (Cires), situé sur les communes de Morvilliers et de La Chaise (Aube), peut en accueillir 650 000 mètres cubes. Le démantèlement devrait générer plus de 1,3 million de mètres cubes de déchets. L’Andra veut réduire ce volume de 20 % à 30 % en améliorant ses technologies de tri et de conditionnement.

En 2013, le débat public organisé sur le projet Cigéo avait tourné au fiasco. Les opposants avaient empêché le déroulement des réunions. La Commission nationale du débat public avait dû se rabattre sur une consultation en ligne (76 000 visites). "Le débat public a eu lieu et des enseignements en ont en été tirés, comme le démarrage phasé de Cigéo à partir de 2025", affirme Pierre-Marie Abadie, le directeur général de l’Andra. "Le débat public était bidon. Nous sommes tous mis devant le fait accompli !", déplore Corinne François, membre de l’association BureStop55, une association d’opposants au projet.

De la nature du potentiel géothermique

La question d’un potentiel géothermique sous le futur site de stockage Cigéo n’est pas nouvelle. Elle est soulevée depuis la fin des années 2000, date à laquelle l’Andra a procédé à un forage à 2 000 mètres de profondeur pour caractériser cette ressource. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) impose que le site ne soit pas situé au-dessus d’une "ressource exceptionnelle", qu’elle soit minière, énergétique ou autre, afin que les générations futures ne soient pas tentées de creuser pour l’atteindre. Suite à ses tests, l’Andra constate l’existence d’un potentiel géothermique avec une eau très salée à plus de 60 °C. "Il n’y a pas de caractéristiques géologiques qui rendent le site exceptionnel, martèle Pierre-Marie Abadie. Ce même potentiel existe dans tout le Bassin parisien."

Pourtant, fin 2013, le Comité local d’information et de suivi (Clis) du laboratoire souterrain mandate le cabinet suisse Geowatt. "Les ressources géothermiques dans la région de Bure peuvent être exploitées de manière économique avec l’emploi de techniques et de matériels appropriés", affirme Geowatt dans son rapport final. Banale pour l’Andra, rentable pour Geowatt. "Qui décide de l’affectation de cette ressource ? L’Andra ou la population ?", interpelle Corinne François. "La polémique porte sur l’interprétation du mot 'exceptionnel'. Nous considérons que la ressource est normale et pas excessivement rentable. Ceci dit, il faut considérer qu’elle puisse être exploitée demain et donc prendre en compte ce risque d’intrusion", tranche François Besnus, le directeur des déchets à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), le bras scientifique de l’ASN. 

Un projet industriel en marche

Inscrit dans la loi Bataille de 1991, le projet Cigéo a connu une longue période de recherches au sein du laboratoire de Bure, construit en 2000. L’année 2015 marque un virage industriel. Après une longue phase de caractérisation géologique, l’Andra doit remettre son avant-projet sommaire à l’ASN. Il sera suivi, en 2017, de l’avant-projet détaillé, une étape cruciale pour déposer la demande de permis de construire. Un début de chantier est envisagé en 2020. Les enfouissements devraient démarrer en 2025. Les premiers appels d’offres seront lancés dès 2017 en vue des travaux préparatoires (construction d’un poste électrique, d’une voie de chemin de fer, de routes…). Sans compter la préparation de la "politique industrielle" du territoire pour assurer la présence de compétences locales. Une fois à plein régime, le chantier donnera du travail à 2 500 personnes. 

Le coût en question

Pour quel coût ? Voilà la question à laquelle il est le plus difficile de répondre. Les producteurs de déchets financent Cigéo : EDF à hauteur de 78%, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) apporte 17 % et Areva 5 %. Ils acceptent de mettre la main à la poche, mais l’addition est salée. Ils doivent provisionner immédiatement tous les coûts (investissement, exploitation, salaires, fiscalité…) sur les cent vingt-cinq ans que durera l’exploitation du site de stockage. Comment connaître le coût du béton ou le poids de la fiscalité dans cent ans ? En 2009, une somme de 35 milliards d’euros a été évoquée… Beaucoup trop pour les financeurs qui ont travaillé sur un autre concept. "Il n’y a plus de désaccords sur le design général. L’époque où il y avait deux projets en concurrence [celui de l’Andra et celui des producteurs de déchets, ndlr] est révolue. Nous avons désormais une base commune avec une liste partagée d’optimisations", affirme Pierre-Marie Abadie, de l’Andra.

Le prix reste inconnu. L’an passé, au terme du débat public, l’État a demandé de le réévaluer. "Le chiffrage de référence est de 16,5 milliards, en se fondant sur un ancien design. La phase d’optimisation et de travail commun avec l’Andra le précisera", prévient Jean-Michel Romary, le directeur de la gestion des déchets et des matières radioactifs chez Areva.

Une loi très attendue

Fin 2014, Cigéo a fait deux passages éclairs au Parlement. Des députés et sénateurs ont tenté de l’intégrer au texte de la loi sur la transition énergétique. Ils ont essuyé le refus catégorique de Ségolène Royal, la ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie. Il est ensuite apparu dans le projet de loi Macron, avant d’en être retiré sous la pression des députés Europe Écologie-Les Verts (EELV).

Pour tenir son calendrier industriel, Cigéo a besoin d’une loi, si possible avant 2017, au pire en 2020. Cette loi doit préciser la notion de réversibilité et de récupérabilité. "Le stockage profond est la solution de référence, mais il faut donner aux générations futures la capacité de revenir en arrière", explique Pierre-Marie Abadie. Il est indispensable de récupérer les colis dans le sous-sol pendant un siècle. Malgré l’absence de cadre législatif précis, l’Andra remettra à l’ASN et aux évaluateurs un premier dossier de récupérabilité dès 2015. "Plus la loi arrivera vite, plus nous pourrons anticiper des critères techniques demandés par les parlementaires", assure le directeur général de l’Andra.

Pas de plan B en perspective

Les associations d’opposants, organisées dans le Collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs (Cedra), veulent mettre fin au projet. Mais, pour l’heure, il n’existe pas de plan B pour ces déchets nucléaires. "Faire confiance à la roche en considérant qu’il ne va rien se passer pendant un million d’années, c’est illusoire", lance Laura Hameaux du réseau Sortir du nucléaire. De son côté, Pierre-Maie Abadie se veut rassurant : "Il y a un consensus européen sur le stockage géologique [lire ci-dessus]. Lui seul permet d’assurer de ne pas mettre les populations en contact avec les déchets à des horizons de temps où l’on perd la mémoire du site. C’est une solution qui ne nécessite aucune surveillance !". Un avis qui est loin de faire l’unanimité. "Au vu des incertitudes qui continuent d’entourer la faisabilité du projet Cigéo, il serait prudent que des recherches complémentaires sur le stockage en subsurface soient menées en parallèle", demandait Denis Baupin, député EELV, dans son rapport sur la filière nucléaire rendu à la mi-2014.

Un stockage en subsurface, à très faible profondeur, présente l’intérêt de faciliter la récupération des déchets si une meilleure solution apparaît à l’avenir, mais elle impose une surveillance permanente. "Que se passe-t-il si on ne maîtrise plus ces déchets pour une raison économique ou géopolitique ? Sur des centaines de milliers d’années, une surveillance permanente ne peut être envisagée. Seul un coffre-fort géologique profond est assez robuste pour assurer un confinement", tranche François Besnus, de l’IRSN. La parole est au tribunal…

Ludovic Dupin

L’enfouissement géologique très répandu

La France n’est pas le seul pays à avoir choisi l’enfouissement géologique profond pour stocker ses déchets nucléaires. D’autres pays ont fait ce choix avec plus ou moins de succès. Dès les années 1970, l’Allemagne a choisi l’ancienne mine de sel de Gorleben, en Basse-Saxe, pour entreposer des déchets de moyenne activité. Des défauts sur les colis ont provoqué des fuites détectées en 2008. Les Allemands cherchent désormais une nouvelle solution. Depuis quinze ans, les États-Unis ont entreposé des déchets d’origine militaire à plus de 600 mètres de profondeur au Nouveau-Mexique. Deux incendies se sont déclarés en 2014 sur le site, entraînant des rejets radioactifs. La Finlande et la Suède expérimentent, pour leur part, un enfouissement dans le granit qui compose le socle scandinave. Ils travaillent en particulier sur des cylindres de cuivre capables de contenir les déchets pendant 100 000 ans, là où les conteneurs d’aciers se désagrègent en quelques siècles. La Belgique a retenu une solution identique à celle de la France en choisissant une couche d’argile à Mol, près d’Anvers.

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