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L'Usine de l'Energie

"L’énergie solaire représente un potentiel équivalent à vingt fois la consommation mondiale annuelle" explique Isabelle Kocher, directrice générale d'Engie

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Pour Isabelle Kocher, la directrice générale d’Engie (ex-GDF-Suez), la montée des énergies renouvelables est inéluctable. Ce sont les pays émergents qui devraient le plus profiter de ces technologies aujourd’hui matures.


Isabelle Kocher a été nommé directrice générale d'Engie en octobre 2014 (Photo : Pascal Guittet)

L'Usine Nouvelle : Quel est, selon vous, le mix énergétique idéal pour maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2 °C d’ici à la fin du siècle ?
Isabelle Kocher : Il n’existe pas de mix unique. Chaque pays a ses ressources propres. Cependant, une dimension m’apparaît générique, c’est le solaire. Nous n’en sommes encore qu’au début de la maturation de cette technologie. À elle seule, l’énergie solaire représente un potentiel équivalent à vingt fois la consommation mondiale annuelle. Tous les pays, même tempérés, ont un potentiel significatif. Les autres ressources renouvelables, comme l’hydroélectricité et l’éolien, ont également un rôle à jouer.
 

Mais vous êtes historiquement producteur et fournisseur de gaz…
Dans l’équation future, la majorité de nos capacités de production seront renouvelables. C’est notre parti pris. Mais cela soulève un vrai sujet de sécurité d’approvisionnement face à la question de l’intermittence. Pour répondre à cet enjeu, le gaz est le meilleur allié des énergies renouvelables. Il représente la composante stable et flexible pour soutenir leur développement à grande échelle. À l’avenir, il faudra imaginer un moyen de remplacer le gaz fossile par un gaz renouvelable. Le plus évident est le biogaz produit à partir de déchets. Il y a aussi la possibilité de générer de l’hydrogène par électrolyse de l’eau grâce à des surproductions d’électricité. Il faut imaginer des cycles, qui aujourd’hui ne sont pas économiques, mais qui permettront à l’avenir d’assurer la sécurité du réseau électrique grâce à un gaz vert.

 

L’Ademe a révélé un scénario d’une France 100 % renouvelable en 2050. Y croyez-vous ?
Oui, j’y crois, à condition de mettre en place un écosystème qui le permette. Il ne faut pas que les renouvelables créent une volatilité insupportable sur les prix et des problèmes d’intermittence. Cela demande de développer des solutions de stockage. Si le stockage suit des courbes d’évolution technologique et de réduction des coûts aussi rapides que celle du photovoltaïque, il sera prochainement compétitif à toutes les échelles. En ajoutant des outils de gaz renouvelable, le scénario 100 % renouvelable est peut-être crédible à l’horizon 2050.
 

La mutation d’Engie

Début 2014, Gérard Mestrallet, le PDG d’Engie annonçait qu’il passait ses actifs à la paille de fer. Résultats : une perte de 9 milliards d’euros, liée à plus de 14 milliards d’euros de dépréciation d’actifs en Europe. Une remise à zéro des compteurs qui a permis à l’ex-GDF-Suez de diminuer son empreinte de production d’énergie sur le Vieux Continent pour se redéployer sur les marchés à forte croissance. Aujourd’hui, Engie est le premier producteur mondial indépendant d’électricité et l’un des premiers gaziers dans le monde. Le géant de l’énergie ne quitte toutefois pas l’Europe où il investit dans les énergies renouvelables. Surtout, il y développe sa branche de services à l’énergie qui compte presque deux tiers des 150 000 salariés du groupe.

 

Engie vient d’annoncer l’arrêt de ses investissements dans le charbon. Ne vous coupez-vous pas des nombreux pays, en Asie et en Afrique, qui misent sur cette ressource pour se développer ?

Pour prospérer dans la durée, il faut agir réellement pour le bien des communautés. Et le risque de voir cette source de production surtaxée par rapport aux autres sources d’énergie augmente. C’est donc une décision stratégique, que nous avons prise pour des raisons écologiques, mais aussi économiques. Oui, nous nous privons sans doute de projets, mais nous en ferons d’autres résolument tournés vers la transition énergétique.
 

Mais vous conservez vos centrales actuelles…
Nous allons évaluer notre flotte de production charbon. La prise de décision sur son devenir sera réfléchie pays par pays. Le plus important est de savoir comment nous allons allouer nos ressources futures. Engie a une politique d’investissement d’environ 6 à 7 milliards d’euros par an, dont 4 milliards pour des développements. La part du charbon était de toute façon très petite. Elle sera d’abord ­réallouée aux capacités renouvelables et au gaz. Et aussi de plus en plus à des solutions locales et intégrées. Le ­scénario de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) sur ce sujet est impressionnant. Il prévoit qu’en 2030 la moitié de l’électricité sera produite sur site, dans les villes, les usines, les bâtiments, les foyers… C’est une transformation fondamentale qui est en cours et cela nous invite à réfléchir à des solutions associant production d’électricité, stockage, smart grids…
 

Où aura lieu cette transformation ?
Le développement des énergies renouvelables a été lancé en Europe. Elle a financé la maturation de ces outils. Désormais, ce sont les pays émergents qui embrayent le plus sur ces technologies. Il y a deux raisons à cela. D’une part, ils font face à une demande d’énergie qui croît à toute vitesse et ils ont besoin d’y répondre sans être trop dépendants de leurs voisins. D’autre part, les énergies renouvelables peuvent se développer à petite échelle, de manière décentralisée et sans nécessiter de lourdes infrastructures. La décentralisation de l’énergie permettra aux pays émergents de reproduire le saut de génération qui s’est produit dans les télécoms avec le développement du téléphone portable sans passer par des lignes fixes.
 

Et en Europe ?
Ce n’est pas là que nous verrons le plus ce type de développement. Bien que l’Europe ait fourni les subventions pour développer les renouvelables, avec une efficacité que l’on peut parfois discuter, ce n’est pas elle qui en profitera le plus. L’Europe a un gisement renouvelable plutôt modeste par rapport à d’autres régions du monde. Les pays industrialisés ont un autre mode de développement, extrêmement important : celui des économies d’énergie. En Europe, la consommation d’électricité baisse du fait de la faible croissance et il y a de grands gisements d’économies à exploiter. Il faut engager un travail très exigeant en la matière. Chez Engie, les économies d’énergie font partie de nos points forts grâce à notre filiale de services à l’énergie, qui compte 100 000 personnes. Il n’y a pas d’équivalent dans le monde.
 

Vous exploitez sept réacteurs en Belgique. Est-ce que le nucléaire a sa place dans le mix du futur ?
Le nucléaire n’est pas à nos yeux l’élément central de la politique énergétique mondiale. C’est un marché de niche. Mais les pays qui ont un parc nucléaire installé ont raison d’investir dans son maintien quand c’est conciliable avec la sûreté. Les montants nécessaires à la prolongation des réacteurs ont du sens par rapport au coût de production de l’électricité. Il y a un intérêt évident à le faire. C’est ce qui se passe en Belgique. Après avoir envisagé de stopper les réacteurs, le pays a opté pour leur prolongation. La réalité économique s’est imposée. Nous allons réinvestir dans nos centrales belges sous réserve de nous entendre avec le gouvernement. Pour le reste, nos projets nucléaires sont peu nombreux et très sélectifs : nous avons un projet en Angleterre et un en Turquie. 

 

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