L'énergie, colonne vertébrale du MIT

Au très renommé Massachusetts Institute of Technology, chaque débat de cours et de couloir stimule les idées des étudiants dans le secteur de l'énergie. Une priorité de l'établissement depuis 2005, qui passe aussi bien par d'ambitieux programmes de recherche que par la mise en place d'un concours d'économies d'électricité dans les dortoirs.
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Lorsqu'elle arrive à la tête de l'établissement, en août 2004, Susan Hockfield, la présidente du Massachusetts Institute of Technology (MIT), commence par faire le tour des labos. Sa principale question est la suivante : sur quoi l'institut, à la pointe de la recherche scientifique et réservoir de matière grise, doit-il se concentrer dans les dix ans à venir ? Parmi la multitude de réponses fournies par les professeurs et les étudiants, une seule se dégage avec force : « Trouver une solution au problème énergétique de la planète. » Depuis, le MIT n'a plus lâché cette priorité.

Les efforts commencent sur le lieu même du campus. Mené sur la base d'un audit réalisé par les étudiants, un programme pilote d'efficacité énergétique a permis à l'université d'économiser 40 000 dollars depuis 2006. Un autre projet étudiant de centrale de cogénération est financé par une bourse universitaire. Un autre fait rouler les bus à l'huile végétale issue des cantines. Et la compétition annuelle des dortoirs - celui qui consommera le moins de watts - a permis d'économiser 13 % d'électricité en 2008.

Les étudiants du MIT au coeur de la coopération public-privé

Les étudiants sont bien aux premières loges de ce mouvement. Contrairement aux autres campus américains, où les clubs sont tenus par des élèves de licence, au MIT, ce sont les doctorants qui sont les plus actifs. Les clubs y ont du souffle et constituent de véritables laboratoires intellectuels. Comme il se doit, celui sur l'énergie est très populaire. Tim Heidel, doctorant en génie électrique, en est l'un des deux présidents actuels. Son homologue étudie, lui, les sciences commerciales, signe de l'interdisciplinarité qui règne autour de la question. D'ailleurs, le module consacré à l'énergie est commun à tous les cursus.

En s'appuyant sur les fonds fédéraux accordés à la recherche en énergie, le MIT a aussi lancé un grand programme appelé Mitei (MIT Energy Initiative). Son ambition : mettre en relation la science, l'innovation et la politique pour transformer les systèmes énergétiques du globe. En quelques années, le Mitei est devenu une source inépuisable d'innovations. Il a notamment donné vie à des batteries à base de métal liquide pour le stockage à grande échelle d'électricité produite par biomasse. Quarante-cinq industriels du secteur s'y sont joints, dont EdF. Total a, quant à lui, signé en octobre un contrat de recherche sur les technologies solaires.

Le lien entre les initiatives étudiantes, la recherche scientifique, les entreprises et les politiques énergétiques est permanent. Voici deux semaines, les étudiants du club ont déjeuné avec Tony Hayward, le patron du pétrolier BP, puis avec Frances Beinecke, le président du Conseil de défense des ressources naturelles (NRDC), une ONG écologiste au lobbying très puissant. Autre exemple : le ministère américain de l'Énergie prend en stage les étudiants les plus actifs du club. Ainsi Tim Heidel a-t-il passé son dernier été à l'Arpa-E (Advanced Research Project Agency-Energy), une agence de recherche mise en place par Steven Chew, le prix Nobel de physique, et le ministre de l'Énergie. Ce laboratoire est bâti sur le modèle du Darpa, l'agence de recherche qui, dans les années 1970, avait donné de l'élan aux idées les plus folles en s'appuyant sur les besoins de la recherche militaire. Il a notamment accouché d'Internet... L a voie est tracée

LEVÉE DE FONDS

Le MIT a obtenu 250 millions de dollars de dons en axant sa campagne sur l'énergie.

Le MIT, un réservoir de matière grise

Le Massachusetts Institute of Technology (MIT) compte sept prix Nobel dans ses murs ! Mais c'est un peu l'arbre qui cache la forêt de cerveaux. L'institut basé à Boston (nord-est des États-Unis) comptait 4 153 étudiants au niveau licence et 6 146 au niveau master et doctorat en 2008, dont 38 % d'étrangers. Ils y étudient l'architecture et l'urbanisme, les sciences humaines et sociales, le management, et les sciences dures. La sélection en première année est draconienne : 11,9 % d'admis en 2008. Mais le taux monte à 63 % au niveau master. La procédure est longue et fastidieuse : il faut s'y prendre au moins un an à l'avance. Étudier au MIT coûte 36 390 dollars : 62 % des étudiants bénéficient d'une bourse d'études ou d'un autre soutien financier.

REBECCA WALSH DELSH DOCTORANTE AU MIT EN CLIMATOLOGIE, SPÉCIALITÉ COURANTS OCÉANIQUES« Le club énergie mélange les spécialités »

Mon profil est assez inhabituel au club énergie du MIT. Je suis une pure scientifique, tandis que la plupart des membres étudient l'ingénierie, le commerce, les sciences politiques, l'urbanisme... Nous nous réunissons régulièrement autour d'un thème : parfois nous choisissons d'être une vingtaine pour échanger plus facilement, et lorsque nous avons des invités, les effectifs montent vite à la centaine. Je trouve que c'est l'une des meilleures manières d'échanger des savoirs, sur l'enjeu le plus important des dix prochaines années ! Comment peut-on parler d'agroalimentaire ou d'urbanisme sans parler d'énergie ?L'ambiance est très internationale. La confrontation des points de vue et le mélange de spécialités très différentes tissent des liens inattendus. Le prochain séminaire, le 9 décembre, portera sur la capture et le stockage du carbone.

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