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Quotidien des Usines

L'embellie, enfin !

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Carnets de commandes, investissements, emploi… Tous les indicateurs signalent une reprise économique robuste et un retour de la confiance chez les patrons français.

L'embellie, enfin !
Les entreprises relancent leurs investissements. C’est le cas de FM Logistic, qui a mis en service en mars une nouvelle plate-forme à Mormant (Seine-et-Marne).

Sur le campus de HEC, à Jouy-en-Josas (Yvelines), la soudaine ondée ne suffit pas à gâcher l’ambiance de fin de vacances. Pas plus que les quelques dizaines de manifestants massés devant l’entrée pour protester contre la présence de plusieurs ministres à la grand-messe du patronat. Cette fin du mois d’août, les patrons présents à l’université d’été du Medef ont un moral au zénith. « Franchement, la rentrée se présente plutôt bien. La visibilité s’est nettement améliorée », dit avec gourmandise Frédéric Motte, le patron de Cèdres Industries, un groupement de PME de 500 personnes qui conçoit et installe des chaînes de production dans les usines. « On se projette désormais sur le moyen terme, en engageant la robotisation pour changer d’organisation. Nous avons beaucoup de projets », s’enthousiasme de son côté Dominique Weber, le patron de WM88, une PME vosgienne de fabrication de meubles.

Dans l’industrie, le moral des chefs d’entreprise a retrouvé cet été son plus haut niveau depuis dix ans. Il y a de quoi. Car le redémarrage économique, poussif l’an passé, est bien visible. Au printemps, le PIB a progressé de 0,5 % pour le troisième trimestre consécutif et l’Insee table désormais sur une croissance de 1,6 % en 2017, supérieure aux prévisions du gouvernement. Et dans tous les secteurs, les commandes affluent à nouveau. Depuis l’an dernier, la chimie a dépassé en volume sa production d’avant-crise. Le nombre de véhicules assemblés dans les usines françaises devrait augmenter de près de 3 % cette année et le bâtiment remonte la pente. « On n’avait pas connu une telle dynamique depuis longtemps », reconnaît Hervé Lecesne, le PDG de Nactis Flavours, un fabricant d’arômes pour l’industrie agroalimentaire, dont les ventes ont bondi de 7 % depuis le début de l’année. « Jusqu’à présent, nos clients voulaient de nouvelles formulations pour baisser leurs prix. Là, ils font feu de tout bois pour trouver de nouveaux goûts et se projettent à deux ou trois ans », se félicite-t-il.

Reprise de l’emploi dans l’industrie

Signe de la solidité de la reprise, l’économie marche sur ses moteurs internes. L’investissement des entreprises devrait encore progresser de près de 3 %, selon l’Insee, à peine moins qu’en 2016. Lafarge vient ainsi d’engager son plus gros investissement en France depuis quarante ans dans son usine de Martres-Tolosane (Haute-Garonne). Et l’arrêt de la mesure fiscale de suramortissement, en avril, n’a pas cassé la dynamique engagée. Interrogés en juillet, les industriels ont encore révisé à la hausse leurs prévisions d’investissement, annoncées à 7 % pour l’année. L’embellie a surtout fini par gagner le marché du travail. À la fin juin, le secteur marchand a recréé 292 000 emplois en un an, sa meilleure performance depuis 2007. De quoi doper le moral des ménages et leur propension à consommer. L’amélioration a même gagné l’industrie, qui n’a quasiment pas détruit d’emploi au ­deuxième trimestre. Un petit exploit en soi.

Pour les entreprises, la reprise a d’ailleurs fait ressurgir les goulots d’étranglement dans certains métiers. « Depuis le printemps, certaines machines fonctionnent en 3 x 8. Cela représente 13 postes supplémentaires, mais difficiles à pourvoir en travail de nuit », raconte Thierry Logre, le président des laboratoires Jérodia, qui a poussé les murs de son usine à Crayssac (Lot) pour absorber la hausse de 60 % de ses ventes à l’export. « Les difficultés de recrutement risquent de freiner la reprise », s’inquiète Bruno Grandjean, le président du directoire du mécanicien Redex, à Ferrières-en-Gâtinais (Loiret), dont un projet est à l’arrêt faute de chef de projet. « Si l’on prend en compte l’intérim, l’industrie a même recréé des emplois. Le théorème du chancelier allemand est en train de se vérifier : les marges d’hier sont les emplois d’aujourd’hui », se réjouit Éric Heyer, le chef économiste de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Un contexte mondial porteur

De fait, Emmanuel Macron profite à plein des effets de la politique de l’offre de son prédécesseur, qui a mis du temps à se concrétiser. Lancés en 2014, le pacte de responsabilité et le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice) ont permis aux entreprises industrielles de retrouver leur niveau de marges des années 2000. De quoi leur permettre, une fois les nuages levés, de se remettre en ordre de marche. D’autant que le contexte mondial est porteur, surtout pour l’industrie. « La preuve, les prix des métaux et des matières industrielles sont en forte hausse », relève Denis Ferrand, le directeur général de l’institut économique Coe-Rexecode. En juillet, le FMI a révisé à la hausse la plupart de ses prévisions. En Europe, le ralentissement des politiques d’austérité budgétaire a permis de relancer la machine tandis que les entreprises américaines ont repris cette année leurs investissements. « La sidérurgie s’est remise à investir en Europe, aux États-Unis et en Chine, où le secteur doit monter en gamme. C’est exceptionnel de voir nos trois grands marchés se porter bien en même temps », abonde Bruno Grandjean, le patron de Redex, qui a vu les commandes affluer pour ses machines depuis un an.

Les risques de voir dérailler la conjoncture semblent limités. Sauf catastrophe, comme en 2016, où les attentats combinés à des récoltes exécrables ont coûté 0,4 point de PIB. Fin août, à Jackson Hole, aux États-Unis, les banquiers centraux se sont mis d’accord pour le statu quo et la fin du soutien monétaire devrait être progressive. De quoi éviter une flambée des taux d’intérêt à court terme. Mais pour les économistes, l’inquiétude vient plutôt du fait « que l’on ne voit pas de nouvelle marge d’accélération dans les prochains mois », relève Denis Ferrand. La remontée de l’euro par rapport au dollar ne fait pas vraiment les affaires des exportateurs. Même si « à 1,20 dollar, la parité reste encore confortable », veut espérer Patrick Coquelet, le président de Polytechs, une PME de transformation de matières plastiques implantée à Cany-Barville (Seine-Maritime). Or, même solide, la croissance française reste encore en deçà de la moyenne de la zone euro. Et « la reprise n’est pas visible dans toutes les PME. En dehors des territoires urbains, connectés à la mondialisation, le tissu des petites entreprises reste fragile », s’inquiète François Asselin, le président de la Confédération des PME (CPME).

Les patrons dans l’expectative

Pas sûr que l’accélération vienne du train de réformes promises par le gouvernement à la rentrée. « À court terme, la volonté de réduire les déficits va peser sur l’activité et les ordonnances sur le marché du travail ne vont pas créer d’emplois, voire en détruire un peu », s’inquiète Éric Heyer, qui plaide pour une accélération de la réforme de l’assurance-chômage et de la formation professionnelle. Dans les allées du Medef, même les chefs d’entreprise favorables à la réforme du travail préféraient rester prudents sur ses effets directs. Un marqueur politique, plus qu’un accélérateur de croissance. Pascal Juéry, le président de l’Union des industries chimiques, estime que « les ordonnances participent à créer un halo de confiance. À l’étranger, l’image du site France est déjà en train d’évoluer dans les sièges mondiaux ». Stratégique pour attirer les investisseurs, mais à plus long terme.

L’autre échéance très surveillée concerne le budget 2018. Même si Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, a déminé le terrain en détaillant ses premières mesures le 30 août, il n’a pas réussi à étouffer toutes les inquiétudes. « Mesurer la politique fiscale à la seule baisse du taux de l’impôt sur les sociétés ne sera pas suffisant. Il faut de la cohérence et de la stabilité », avertit François Asselin, qui s’inquiète des conséquences de la suppression de la taxe d’habitation et de la transformation du Cice en baisse de charges. La reprise n’est pas un long fleuve tranquille ! 

Les petits industriels y croient

L’euphorie gagne les petits patrons de l’industrie. Selon le sondage réalisé pour Sylob par OpinionWay auprès de 302 dirigeants du 13 au 21 juillet, et dont « L’Usine Nouvelle » publie les résultats en exclusivité, près de deux PME sur trois envisagent d’investir au cours de l’année qui vient. Près de la moitié des patrons de PME (45 %) envisagent aussi de recruter au moins un salarié au cours des douze prochains mois. Les dirigeants placent d’ailleurs la question du recrutement en tête de leurs stratégies de croissance. Car ils croient désormais en l’avenir. Sept patrons sur dix sont optimistes sur les perspectives de leur activité. La confiance s’étend aussi au politique. Une écrasante majorité porte un regard favorable sur l’action du gouvernement en matière économique.

 

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