"L’embauche massive d’agents de sécurité n’est pas une réponse à l’urgence", selon le SNES

Myrtille Delamarche ,

Publié le , mis à jour le 26/11/2015 À 09H57

Entretien Face à un afflux massif de demandes d’agents de sécurité de la part des entreprises, les sociétés de sécurité privée ne sont pas en mesure de répondre immédiatement à l’ensemble des sollicitations. Olivier Duran, porte-parole du Syndicat national des entreprises de sécurité (SNES), appelle dans un entretien accordé à L’Usine Nouvelle à une co-production entre entreprises de sécurité, Etat, entreprises clientes et citoyens, ainsi qu'à une "indispensable souplesse sociale".

L'Usine Nouvelle: Est-il possible pour une entreprise désireuse de renforcer sa sécurité d’obtenir aujourd’hui des renforts d’agents de sécurité, ou vos entreprises sont-elles débordées par l’afflux de demandes ?

Olivier Duran: C’est très compliqué. Nous avons eu dès samedi matin des demandes de renforts très importants, surtout dans l’agglomération parisienne. Une société spécialisée dans la sécurité des magasins plutôt haut de gamme, qui compte 1400 salariés, s’est vu demander 400 renforts depuis samedi.

La réponse est-elle dans l’ouverture d’un processus massif d’embauches ?

Non, les embauches ne sont pas une réponse à l’urgence. Bien que la profession ait la réputation d'être un secteur à basse qualification, nos agents ont une expertise. Au Bataclan, même non armé, ils ont permis d'identifier immédiatement les sorties de secours. Au Stade de France, ils sont su gérer l'évacuation de la foule sans mouvement de panique. Tous les agents en poste doivent être titulaires d’une carte professionnelle et avoir effectué 140 heures de formation. En outre, il ne faut pas négliger le risque d’infiltration, dont il est désormais prouvé que Daesh est expert. C’est pourquoi les agents professionnels, pour obtenir leur carte, doivent présenter une attestation de moralité délivrée par les pouvoirs publics. La formation et le recrutement sont des processus longs, qui prennent 3 à 6 mois. Nous sensibilisons également à la responsabilité, car c’est un secteur où il y a beaucoup de travail illégal. Là encore, il faut être très vigilant.

Quelle solution êtes-vous en mesure de proposer aux entreprises demandeuses ?

Fort de l’expérience de janvier [après les assassinats de Charlie Hebdo et de l’Hyper-Casher], nous avons formulé deux demandes auprès des pouvoirs publics : un assouplissement du nombre d’heures maximal effectué par les contingents existants et une obligation de formation complémentaire au Certificat de qualification professionnelle (CQP) obligatoire actuel, ainsi qu'au nouveau CQP 'grand événement' créé pour l'Euro 2016, concernant la sensibilisation au contexte terroriste. Cette dernière demande est sur le point d’être signée. Par contre, concernant la souplesse sur la durée de travail des agents, on nous a renvoyé à la discussion d’accords de branche, qui ne peut pas être une réponse d’urgence. Cette souplesse sociale est pourtant la seule manière de réduire le goulot d’étranglement, d’autant que c’est une profession où les salaires sont bas, de nombreux agents sont prêts à travailler plus.

La flexibilité serait donc la réponse ?

Nous ne profitons absolument pas de la situation pour introduire de la flexibilité dans le secteur. Mais si nous voulons répondre au mieux à la demande avec des personnels formés, la souplesse sociale est absolument nécessaire. Nous avons eu hier une réunion avec la cellule de continuité économique à Bercy, nous échangeons avec Emmanuel Macron à ce propos ainsi qu’avec la CGPME.

Quel doit être le rôle des chefs d’entreprise et directeurs de sécurité dans cette situation ?

Nous les sensibilisons à plusieurs niveaux. D’une part, il faut faire la différence entre le besoin d’afficher un dispositif pour rassurer les clients et les effectifs nécessaires pour sécuriser un site. Nous étudions donc avec eux les risques sur leur site. Au final, nous estimons que la réponse appropriée, en nombre d’agents, atteint en moyenne 40% de la demande initiale spontanée. Ces échanges font partie de la ‘coproduction de sécurité’ à laquelle nous appelons.

Quelles sont les parties impliquées dans cette coproduction de sécurité ?

Les sociétés de sécurité privée et la sécurité publique en premier lieu, car en France nous ne sommes pas en avance en termes de coopération public/privé. Nous sommes loin de ce que nous pouvons observer aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, ou en Espagne par exemple. Mais cette vigilance et cette concertation doit également inclure les clients – chefs d’entreprise notamment – et les citoyens. Car nos agents ne sont habilités qu’à demander s’ils peuvent contrôler un sac ou effectuer une palpation par exemple. En cas de refus, ils peuvent certes interdire l’accès à un lieu privé, mais tout cela est très encadré. Le citoyen doit donc collaborer et exercer sa vigilance. Nous observons aujourd’hui que c’est le cas. Les gens ouvrent très facilement leur sac.

Propos recueillis par Myrtille Delamarche

Cet article a été édité pour corriger le passage sur l'adaptation des formations CQP au contexte terroriste.

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1 commentaire

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19/11/2015 - 11h16 -

ah, quand des moyens pour les agents de securite privees a part etre des agents de mediation.aucun moyens pas de moyens de defense , a part faire appel au force de l ordre ,a quand cela va changer et faire evoluer vraiment ce metier.
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