L’électronique française en quête de restructuration pour favoriser le Made in France

Sous l’égide de Bercy, la filière française de l’électronique tente de se restructurer pour favoriser la relocalisation de la production en France. Les atouts sont réels mais les défis à relever immenses.

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L’électronique française en quête de restructuration pour favoriser le Made in France
Gérard Matheron, président de l'Acsiel, principal syndicat professionnel de l'électronique

"Relocaliser, c’est possible". Le message a été martelé tout au long de la conférence sur la filière électronique française organisée à Bercy, le 16 décembre 2016, sous l’égide de la Direction générale des entreprises (DGE) et l’Acsiel, le principal syndicat professionnel de l'électronique.

Opportunité des objets connectés

Bercy pousse pour la restructuration de l’électronique française pour favoriser le Made in France. "Dans un contexte de concurrence féroce, avec l’affirmation forte et claire des ambitions de la Chine, doublé d’un contexte de consolidation importante dans les semiconducteurs, la filière française de l’électronique doit prendre des initiatives pour se restructurer, explique Olivier Grumelard, sous-directeur en charge de l’électronique et du logiciel à la DGE. Ces actions sont à mener en France mais aussi au niveau européen."

Les enjeux en termes d’innovation, d’emploi et de développement économique sont stratégiques. L’Acsiel et le SNESE, syndicat de la sous-traitance électronique, représentent ensemble 550 entreprises, 120 000 emplois et un chiffre d’affaires d'environ 10 milliards d’euros. "L’électronique est au cœur de tous les enjeux sociétaux, de la santé aux villes de demain, en passant par la qualité de l’environnement, note Jean-Luc Estienne, vice-président vente et marketing de STMicroelectronics, l’un des trois champions européens des semiconducteurs aux côtés d’Infineon Technologies et de NXP. Nous n’en sommes encore qu’au balbutiement de l’Internet des objets. Au côté des objets connectés gadgets, qui risquent de se révéler être un feu de paille, il existe un marché d’Internet des objets industriel à fort potentiel. C’est une belle opportunité pour l’électronique française."

Travail en réseau

Justement, l’une des actions de la feuille de route du plan "Solutions numériques" sur les objets connectés est d’en favoriser la production en France. La création à Angers de "We Network" s’inscrit dans cet objectif. Lancé en janvier 2014 à l’initiative de Paul Raguin, président du directoire d’Eolane, le deuxième sous-traitant électronique français derrière AsteelFlash, cet écosystème rassemble près de 200 entreprises et labos de l’électronique, de la plasturgie, de la mécanique et de l’informatique du Grand Ouest de façon à prendre en charge de A à Z la réalisation d’objets connectés.

"Nous sommes convaincus de notre capacité à produire en France de l’électronique, assure Sébastien Rospide, directeur général de We Network et directeur de Pléiade, une plateforme de mise en relation des porteurs de projets d’objets connectés avec des industriels pour les aider les réaliser. Mais ceci passe par de nouveaux projets faisant travailler clients et prestataires ensemble très en amont. La capacité industrielle, nous l’avons. Il suffit de l’activer en faisant travailler les gens qu'il faut ensemble."

Carte de l'automatisation

Après la disparition de l’informatique, de l’électronique grand public et des mobiles, l’électronique française s’est recentrée sur des marchés niches comme l’aéronautique, l’énergie, la défense, le médical ou l’industrie. "Mais contrairement à une idée reçue, tout n’est pas parti en Chine, corrige Jean-Yves Desmarres, directeur pour le Grand Ouest de Cap’tronic, un programme d’aide à l’innovation des PME-PME par l’électronique. La France peut encore faire des grands volumes. C’est peu connu, mais cela se fait déjà."

Bruno Racault, PDG d’All Circuits, troisième sous-traitant électronique français, le confirme. "Dans notre usine à Meung-sur-Loire, dédiée aux grandes séries pour l’automobile, nous traitons des volumes de plus de 100 000 pièces par an, confie-t-il. Nous avons même une carte électronique dont nous sortons 80 000 pièces par jour. Nous sommes en mesure de faire à des coûts compétitifs en jouant la carte de l’automatisation. Ainsi nous réduisons la part de la main d’œuvre dans les coûts de production entre 5 et 10%. Nous revenons seulement 4 à 5% plus chers que la production en Chine. Avec les économies sur les transports et les risques du travail à grande distance, nous restons globalement plus compétitifs."

Le défi de pénurie de compétence

Pour Olivier Grumelard, l’électronique française dispose de nombreux atouts en termes de compétences, de contexte favorable comme le Crédit impôt recherche, ou de liens avec les grandes entreprises européennes. Elle bénéficie également se secteurs applicatifs forts comme l’aéronautique, la défense, l’énergie ou plus récemment les objets connectés. Le premier défi à relever est de développer l’aspect réseau. C’est l’objectif de la création de l’Acsiel, qui regroupe depuis 2014 quatre anciens syndicats professionnels (composant actifs, composants passifs, instrumentation, et équipements de production). C’est aussi l’objet de l’initiative régionale We Network dans le Grand Ouest.

Mais la filière est confrontée à un problème structurel qui handicape son avenir : la pénurie de compétences. Avec l’idée reçue selon laquelle l’électronique se fait en Chine, les jeunes se détournent des formations en électronique. "Nous avons besoin d’un grand travail de communication et de promotion pour attirer à nouveau les talents, reconnait Gérard Matheron, président de l’Acsiel. Ce travail ne peut se faire qu’en commun et en partenariat avec les pouvoirs publics."

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