L'électricité éolienne est dans l'air du temps

Fonds d'investissement dédiés, acquisitions en cours, contrats records... une véritable surchauffe s'empare d'un secteur où la France ne joue pas les premiers rôles.

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L'électricité éolienne est dans l'air du temps
L'électricité éolienne est dans l'air du temps

Fonds d'investissement dédiés, acquisitions en cours, contrats records... . Une véritable surchauffe s'empare d'un secteur où la France ne joue pas les premiers rôles.

Une capacité de 2700 MW, une valeur de 2,3 milliards d'euros. Non, ces chiffres ne se rapportent pas à une nouvelle centrale nucléaire. Mais aux éoliennes commandées la semaine dernière par l'électricien espagnol Iberdrola à son compatriote, le constructeur Gamesa. Un contrat record, qui arrive après une série d'annonces tous azimuts en septembre. Tous les jours ou presque, ce sont de nouvelles acquisitions, des levées de capitaux, la création de fonds d'investissement dédiés... Normal ! Dans le monde, les capacités croissent de 20,5 % par an depuis cinq ans. Et devrait atteindre 300 gigawatts (GW) en 2015.

La France s'y met


Une effervescence qui gagne la France. Aérowatt entrera en Bourse courant octobre, et espère lever 10 à 20 millions d'euros... EdF Energies Nouvelles, détenue à 50/50 par EdF et Paris Moratoglou, sera, elle, sur le marché avant la fin de l'année. Quant à la Française d'éoliennes (49,2 MW installés, 11 millions d'euros de chiffre d'affaires), elle vient d'acheter la filiale française de la société allemande Umweltkontor. Theolia, de son côté, prépare une grosse acquisition en Allemagne. Bref, tous ces développeurs ont besoin d'argent. Et pour cause. Pour 50 MW installés aujourd'hui, Aérowatt prévoit d'atteindre 270 MW d'ici à 2011. La Compagnie du Vent (45,5 MW installés) veut décupler sa capacité, en France, en Espagne et en Allemagne, les trois marchés d'avenir, selon Jean-Marie Santander, son président.

«En France, la croissance est assurée pendant cinq ans encore», estime Antoine de Marliave, le directeur commercial d'Eolfi Gestion, qui vient de créer, avec 1,2,3 ventures et le groupe Omnium Finance, un placement dédié aux énergies nouvelles. Pourtant, la puissance installée aura beau passer de 750 MW fin 2005 à 1300 cette fin d'année, l'éolien part de loin dans notre pays. Et pour cause. «L'éolien ne peut pas prétendre à être une vraie énergie de remplacement», note Antoine de Marliave. Contrairement à l'Allemagne et l'Espagne, où les centrales au charbon restent fortement émettrices de CO2. «En France, avec le nucléaire, nous disposons d'une énergie bon marché et sans CO2, et nous n'avons pas besoin de courir après les énergies alternatives», estime Philippe Germa, le directeur général d'Ixis environnement et infrastructures. D'autres mettent en avant l'hostilité des riverains et des pouvoirs publics : il faut 20 à 25 «tampons» pour développer une éolienne, et il s'écoule de quatre à cinq ans entre l'annonce d'un projet et sa réalisation.

Une rente assurée

Point critique : l'électricité éolienne est surtout chère. Très chère. L'avis de la Commission de régulation de l'électricité (CRE) rendu le 27 juillet sur le nouveau prix d'achat imposé à EdF par le gouvernement (82 euros/MWh pour les dix premières années d'exploitation d'un site), est explicite. «Le tarif proposé est trop élevé. Il induit un surcoût de 800 millions d'euros à l'horizon 2015», dénonce la CRE. Un surcoût plus élevé que partout ailleurs en Europe et payé par les consommateurs. Il figure d'ailleurs en clair sur toutes les factures EdF. Car en Europe, cette énergie ne fonctionne que sous perfusion. Soit sous forme de prix garantis, comme en France, en Espagne, ou au Portugal. Soit grâce aux certificats verts, qui valident une électricité sans CO2, comme au Royaume-Uni, en Italie et en Pologne. Le système aboutit aux mêmes résultats : «On peut négocier, avec les grands électriciens, des contrats d'achat sur douze ou quinze ans», explique Alexandre Labouret, le directeur de Platina Finances, qui a mis en place deux fonds d'investissement dédiés, Mistral Energy avec la Française d'éoliennes, et Mistral Windfarm. Rente assurée.

Alors que les constructeurs dopent sans arrêt les rendements et surtout que le prix du pétrole s'envole, les performances économiques des éoliennes progressent-elles pour autant ? En Californie, où les aérogénérateurs tournent 3000 à 4000 heures par an, l'électricité produite a atteint un prix inférieur à celle provenant des centrales gaz, au plus fort de la flambée des prix, en novembre 2005. «Pour que l'éolien soit compétitif, le pétrole n'est pas assez cher», tranche Philippe Germa. «Pourquoi comparer avec les prix du pétrole ou du gaz ? Il est normal que la composante ?verte? soit payée par la collectivité », juge David Corchia, le directeur général d'EdF énergies nouvelles.

Quoi qu'il en soit les gagnants sont les installateurs comme Cegelec, Vinci et surtout les constructeurs. Ils sont quelques «grands» à batailler ferme. L'espagnol Gamesa, longtemps licencié de Vestas, vise le leadership mondial, grignotant des parts de marché à son ex-partenaire danois. Il détient un carnet de commandes de plus de 5GW. Quant aux développeurs et aux exploitants, ils pourraient entamer un mouvement de concentration. «Il faut avoir les reins solides pour développer des projets de plus en plus capitalistiques», juge un exploitant. De grands opérateurs s'imposent. Iberdrola, avec 4000 MW Installés, est déjà le premier exploitant au monde. Mais l'italien Enel lui emboîte le pas : il a acheté en juillet Erelis, un développeur lyonnais pour 14,2 millions d'euros. Et il vient d'acquérir, fin septembre, l'américain TradeWind Energy, dans le Kansas. Gaz de France, lui, a choisi de s'associer avec le lyonnais Maïa Sonnier, avec un objectif de 1 000 MWdans l'éolien en 2012, dont 50 % en France.

Qu'ils restent lucide ! Aléatoire, l'électricité éolienne, ne peut excéder 15 à 20 % des approvisionnements. Et encore, sur un réseau parfaitement géré. Sans quoi, quand le vent tombe, c'est le black-out.

Virginie Lepetit

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