Economie

"L’économie marocaine est correctement financée"

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La BMCI, cinquième banque universelle du Maroc, filiale de BNP-Paribas, détient un peu moins de 10% du marché marocain dominé par Attijariwafa. Selon son directeur général, Rachid Marrakchi, le marché bancaire et ses relations avec les entreprises, notamment sur l'accès au crédit, bénéficie d'une réelle croissance. Entretien  sur le financement de l’économie marocaine dans le cadre de notre dossier spécial consacré à l’industrie au Maroc.

L’économie marocaine est correctement financée © Daveyll - Flickr - C.C.

L'Usine Nouvelle - Quelle est la croissance de la BMCI sur le marché bancaire marocain ?
Rachid Marrakchi - Notre produit net bancaire a progressé de 7,5% en 2011 pour atteindre 3,1 milliards de dirhams (10 dirhams = 0,9 euros), ce pour un résultat net de 823,9 millions de dirhams. Nous comptons 2 600 collaborateurs et allons en embaucher 4 à 500 par an d’ici à 2014. Il y a seulement une dizaine d’expatriés venu de BNP-Paribas. La BMCI est présente sur la plupart des segments y compris le crédit à la consommation avec l’intégration récente de Cetelem.

Et les entreprises ?
Ce marché "corporate" est une de nos priorités. Nous voulons être la banque de référence des entreprises avec tous les produits d’accompagnement et un réseau de 15 centres d’affaires réservé à ce segment, dont la moitié à Casablanca. En tirant parti du réseau de BNP-Paribas, un de nos axes stratégiques est aussi d’aider les entreprises à se développer au Maghreb et aussi en Afrique sub-saharienne où nous sommes présents. Le sud du Sahara offre de belles perspectives et pour toute cette région, le Maroc devient un "hub". Nous venons par exemple d’organiser un road show pour les opérateurs marocains intéressés par la Côte d'Ivoire.

Ces derniers mois au Maroc , certaines entreprises se plaignent de difficultés d’accès au crédit. Est-ce exact ?
Je ne pense pas. Ainsi, notre rythme actuel de croissance du crédit est d’environ 10%. Globalement l’économie marocaine va un peu ralentir cette année autour de 2% de croissance contre 5% l’an dernier mais elle est correctement financée. Bank Al Maghrib, la Banque centrale, surveille cela de très près. Elle a par exemple mené des programmes de mise à disposition de liquidités sous réserve qu’ils soient fléchés par le secteur bancaire vers les prêts aux PME.  Cela étant, elle conduit une politique prudente notamment pour contenir l’inflation qui reste faible au Maroc. Bank Al Maghrib pousse aussi les acteurs bancaires à se financer sur les marchés ou via la collecte.

C’est-à-dire ?
Cela signifie que des banques comme la nôtre doivent trouver des ressources en partie via les dépôts. Il est donc important d’avoir un réseau dense d’agences. Nous en avons 320 dans le pays et nous en ouvrons 40 par an. Notre coût moyen des ressources est d’un niveau comparable au taux directeur de la banque centrale au jour le jour, soit 3% environ.

Quel est le cadre bancaire au Maroc ?
Il devient proche de ce que l’on trouve en Europe. En 2004, il y a eu une grande réforme bancaire qui a conduit à une libéralisation, une concentration et la mise en place d’un superviseur. En matière de règles prudentielles, la BMCI a déjà passé l’étape Bale II et nous préparons Bales III. Le secteur est solide. Il n’y pas eu ici de pénétration des actifs toxiques. Quant au secteur immobilier, ses risques sont mesurés et maîtrisés en ce qui nous concerne. Le cadre macro-économique est assez favorable avec une dette publique maîtrisée même si le déficit atteint un niveau limite. En ce sens, la réforme de la caisse de compensation (subvention aux produits de première nécessité NDLR) lancée  par le nouveau Premier Ministre est une bonne mesure.

Pas de risque systémique donc ?
Non. L’encours total de crédit privé au Maroc pèse environ 75% du PIB. C’est un niveau acceptable. Notre économie se modernise à grand pas. Il y a encore d’énormes chantiers à mener en matière d’emploi, d’industrialisation, de tourisme, d’agriculture… Le secteur bancaire doit accompagner ce développement qui s’est accéléré depuis le choix de l’ouverture et des réformes fait il y a une décennie sous l’impulsion de Sa Majesté Mohammed VI. On ne peut que se féliciter qu’en matière économique le gouvernement arrivé en novembre veuille poursuivre dans cette voie.

Prévoyez-vous d’être un acteur du marché de la finance islamique dont le nouveau gouvernement veut favoriser le développement ?
Nous suivons avec attention les travaux préparatoires à une nouvelle loi bancaire qui permettra le développement de produits de finance islamique au Maroc et définira son cadre. Nous comptons une fois tout cela éclairci, être un acteur sur ce marché. Avec l'appui de BNP Paribas qui, je le rappelle offre déjà ce type de produits dans de nombreux pays.

Revenons aux entreprises, quelle sont les attentes de vos clients ?
Il est très variable entre la PME familiale qui a des besoins simples et les grands groupes tournés vers l’international nécessitant toute la palette d’outils  bancaires : taux, change, financement structurés... C’est ce qu’offre la BMCI en s’appuyant sur BNP-Paribas si besoin. Nous intervenons aussi bien en financement courant qu’en haut de bilan. Ainsi nous avons une activité investissement : nous prenons des tickets en fonds propres allant jusqu’à 5 millions de dirhams dans des entreprises pour les aider à se moderniser et croitre.

A quel prix se financent les entreprises ?
Le taux de financement constaté se situe autour de 6% pour du moyen terme. On peut noter que la désintermédiation progresse. Le marché obligataire s’anime peu à peu. Il y a eu de très grosses opérations autour de l’OCP (Office chérifien des phosphates) par exemple et des entreprises moins importantes y ont recours aussi. Ceci étant, ce marché obligataire reste modeste, la majorité des entreprises recourent au crédit ou à l’autofinancement.

Et la bourse ?
Casablanca est la deuxième bourse d’Afrique après Johannesburg avec une capitalisation d’environ 580 milliards de dirhams soit environ 70% du PIB. Nous espérons que la place se développe encore car depuis deux ou trois ans sa taille plafonne. Le marché est constitué pour l’essentiel de grosses valeurs, y compris la BMCI puisqu’environ 15% de notre capital est flottant en bourse !
Avant le déclenchement de la crise mondiale, il y a eu une grosse vague d’IPO auquel nous avons régulièrement apporté notre expertise. Le rythme a culminé à une dizaine par an mais actuellement il est plutôt de 4 à 5 opérations par an. A cela s’ajoute aussi, le private equity sur lequel nous intervenons peu. Il y avait environ 40 fonds en 2007, un peu moins aujourd’hui car il faut trouver des dossiers.

Qu’en est-il de la gouvernance dans les entreprises marocaines ?
Bien sûr, il reste des progrès à faire mais il y a un réel changement de mentalité. Ainsi on voit des rapprochements ou associations entre des entreprises familiales par exemple dans la minoterie, ce qui était peu inimaginable voilà quelques années. Je note aussi une amélioration au niveau de la sincérité des comptes. La responsabilité pénale des commissaires aux comptes introduite voilà quelques années a joué en ce sens. Cette modernisation doit se poursuivre si nos PME veulent pouvoir jouer dans la compétition mondiale ou simplement faire des affaires avec des grands donneurs d’ordre étrangers dans notre pays ou ailleurs.

Propos recueillis à Casablanca par Pierre-Olivier Rouaud

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