L'économie guide l'écoconception

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D'après le guide édité par la Fédération française des spiritueux à destination de ses adhérents, l'écoconception peut se définir ainsi : « Réduire à la source consiste à rechercher, tout en conservant ses qualités et ses performances, à optimiser le poids et la taille d'un emballage. Les premiers points sur lesquels des réflexions peuvent être engagées sont, par exemple, la réduction de la taille des packagings et la diminution des épaisseurs et du vide dans les suremballages. Les conséquences concrètes se traduisent par des économies en terme de matières premières ». Certes, cette définition peut s'adapter à tous les secteurs mais, concrètement, qu'en est-il dans le luxe ? Car, c'est une évidence, si l'on fait la chasse au gaspillage en utilisant moins de plastique ou de carton, le prix s'en trouvera diminué. Cela entraînera également une diminution du poids transporté, donc moins de camions, moins d'essence, moins de trafic sur les routes et, par conséquent moins d'émissions de gaz à effet de serre, etc. « Dès 1992, se souvient Michel Fontaine, directeur packaging pour L'Oréal, nous intégrions les préoccupations environnementales liées aux packagings dans nos cahiers des charges. Et, cette même année, nous avons proposé certaines références sous forme d'écorecharges, sans rencontrer de réel succès. Mais ces préoccupations environnementales sont de nouveau d'actualité depuis 2004-2005. »

Allègement des matériaux

Aujourd'hui, cette démarche se généralise et s'intègre beaucoup plus facilement, encouragée en parallèle par la pression des coûts. La Fédération française des spiritueux n'hésite pas à expliquer que « l'amélioration environnementale d'un emballage se traduit très souvent par des économies. C'est le cas lorsque l'on diminue les quantités pour un même service rendu ». Et de préciser : « Evidemment, le développement d'une nouvelle technique peut s'avérer un investissement, mais ce dernier se rentabilise, et ce d'autant plus dans un contexte d'augmentation du coût des matières premières et de l'énergie : augmentation du prix du pétrole, création de la taxe carbone... »

Reste à définir les critères sur lesquels il est possible de faire des efforts sans nuire à la qualité de l'emballage et sans remettre en cause le processus de fabrication. Les possibilités ne manquent pas, et même la plus petite d'entre elles peut avoir des répercussions non négligeables : intégrer le calage dans l'étui, optimiser le grammage du carton, réduire l'épaisseur des films et des housses de palettisation, diminuer le nombre de couleurs pour l'impression ou de passes pour les sérigraphies... « Si le poids d'un poudrier de maquillage, avant remplissage avec la formule, passait de 50 à 47 grammes, le consommateur ne s'en apercevrait sans doute pas, et les économies réalisées sur la quantité produite en un an pourraient être énormes », analyse Nick Thorne, directeur innovation et développement chez Alcan Packaging Beauty. De même la marque Natura Brasil, et son concept de cosmétiques naturels clairement affiché, a beaucoup travaillé pour parvenir à des flacons fermés par des capots les plus petits possibles pour utiliser le minimum de matière et imprime ses emballages primaires au moyen d'encres végétales tout en éliminant au maximum les étuis. Les emballages de regroupement ne sont pas en reste : pour preuve, les champagnes Veuve Clicquot-Ponsardin. Environ 61 % du carton composant leurs caisses de transport sont constitués de matières premières recyclées.

Des gestes simples

Que l'économie soit réalisée en début ou en fin de la chaîne de production, que la marque soit mondialement connue ou de niche et l'ensemble des fabricants quels que soient les matériaux utilisés, le plus important semble être que le consommateur ne s'en rende pas compte. Yves Rocher, par exemple, a choisi de supprimer les notices contenant les conseils d'utilisation, la liste des ingrédients des étuis des références soins en imprimant toutes ces informations à l'intérieur de l'étui qui sera déchiré par le consommateur. La marque a apporté une attention particulière à ce que « ce geste simple ne change pas fondamentalement les habitudes de nos clientes. Cela a permis, en outre, d'économiser cinq tonnes de papier par an, indique Anne Kayser, directrice marketing de l'enseigne, pour qui l'aspect environnemental est une priorité. L'enjeu pour notre marque est de rendre l'écoconception désirable pour le consommateur et nous l'intégrons dans tous nos développements ». A noter que les distributeurs sont de plus en plus sensibles à ces démarches d'écoconception. Pour l'heure, seuls les enseignes de grande consommation sont concernées, telles que la société Wal-Mart et son « packaging scorecard » évaluant l'impact global des emballages ou encore Tesco qui va imposer que les produits et leurs emballages portent un indicateur carbone. En France, l'enseigne Casino affiche sur ses étiquettes le bilan carbone, les kilomètres effectués par les produits et l'emballage, et le taux de recyclage du packaging. De telles initiatives ne sont pas encore à l'ordre du jour dans le luxe, mais pourquoi ne seraient-elles pas envisageables ? Affaire à suivre.

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