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L’économie du Maroc mise à nu par le FMI

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Document La récente revue macro-économique du Maroc par le fonds monétaire international distribue quelques bons points mais souligne aussi la fragilité des comptes extérieurs, la perte de compétitivité du pays et la non soutenabilité du système de subventions aux produits de base.

L’économie du Maroc mise à nu par le FMI © dr

C’est une sorte de mise à nu. Les états membres du FMI, comme le Maroc, font l’objet à intervalles réguliers d’une mission d’évaluation des experts du FMI, connue sous le nom d’article IV, en référence aux statuts du fonds.

Les économistes du FMI ont donc effectué leur mission fin décembre 2012 à Rabat. Le rapport a été approuvé par le conseil exécutif du fonds monétaire le 5 février 2013 et sa publication est intervenue la semaine dernière le 5 avril. Le rapport complet est disponible en bas de cette page.

Pour le Maroc et le FMI, cette mission revêtait une importance particulière car le royaume a souscrit, le 3 août 2012, auprès du fonds une ligne de précaution (Precautionary and Liquidity Line ou PLL) de 6,2 milliards de dollars pour deux ans.

Dans l’ensemble, le FMI loue plutôt le pilotage macro-économique du Maroc, même si sa performance est "challengée" par les chocs externes comme la crise en Europe. Il juge aussi son système financier "solide".

La conclusion principale du rapport? "L’équipe (d’experts NDLR) a apporté de fortes preuves que le Maroc continuait d’être qualifié pour la PLL avec la mise en œuvre du programme prévu (…) et l’engagement continu des autorités aux objectifs du programme", indique le pensum du fonds. En clair, le royaume de Mohammed VI peut continuer à bénéficier du soutien de l'institution dirigée par Christine Lagarde.

Parmi les points positifs notés par le fonds : la prévision de croissance de l’économie pour 2013 qui s’élève à 4,5%, que l’on incorpore ou non le secteur agricole dont l’importance reste cruciale au Maroc. Ce niveau de croissance s’inscrit en progression globalement après les 3,2% enregistrés en 2011, mais reste stable pour ce concerne le PIB non agricole.

Mais au-delà des satisfecits sur la politique économique du premier ministre Abdelilah Benkirane et de son ministre des finances Nizar Baraka, le FMI pointe fortement les déséquilibres du royaume.

Au plan macro-économique, l’un des principaux défis du pays reste la réforme de la caisse de compensation, le système qui subventionne les produits de base, l’énergie (carburant, gaz...) au premier chef.

En juin 2012, le gouvernement Benkirane avait décidé de relever le prix de l’essence d’environ  20%, mais cette hausse n’est pas suffisante, selon le fonds. Un nouvel effort doit donc être fait pour maitriser ce sujet très sensible socialement et politiquement.

Le FMI conseille lui de poursuivre la réforme de ce système en aidant les populations défavorisées par des aides directes plutôt que par un système indifférencié de subventions. Et donc de facto de relever le prix des produits de base, d’autant que selon lui l’inflation reste maîtrisée (2,4% attendus en 2013).

Le niveau des subventions de la caisse de compensation doit atteindre 4,5% du PIB cette année (en fait sans doute plus de 5%) et descendre à 3% en 2016, selon le gouvernement.

Le FMI s’inquiète aussi fortement de l’équilibre du système de retraite, jugé insoutenable. Selon le calcul du fonds, au rythme actuel, le déficit des caisses de retraite devrait afficher un déficit équivalent à 4% du PIB en 2040.

Par ailleurs, l’institution de Bretton Woods évoque les retards d’amélioration du système éducatif ou la lenteur à engager un développement économique plus inclusif. À ce sujet, le taux de chômage avancé le gouvernement de 9% (et retenu par le FMI) est généralement jugé peu fiable par les économistes au Maroc.

Plus globalement, l’équilibre des comptes publics du pays est un sujet de préoccupation pour le FMI pour qui le déficit public devrait atteindre 4,7% du PIB en 2013. Le gouvernement marocain s'est engagé à réduire ce déficit public à 3% en 2016, un objectif qui fait l'objet de doutes récurrents au Maroc. En 2012, il a dérapé à plus de 7%.

Le 20 février, Nizar Baraka déclarait à L'Usine Nouvelle à l'occasion des Assises de l'industrie à Tanger : "Sur l’année 2012, on ne peut que reconnaitre un déficit de 7% du budget et aussi un creusement de la balance commerciale. (...) Cette situation a été reprise en main dans le cadre de la loi de finances 2013 avec un objectif de réduction du déficit budgétaire à 4,8%" du PIB.

Le fonds salue pour sa part dans son rapport les efforts "plus importants que prévu" de maîtrise des comptes publics sur le budget 2013 et juge ceui-ci "comptatible" avec l'objectif de 3% de déficit en 2016.

Jeudi 4 avril, bien après donc la mission du FMI, le gouvernement a décidé la suppression de 15 milliards de dirhams (1,34 milliard d’euro) de crédits d’investissements sur 2013 (décret n° 2-13-285), soit environ 5% du budget général et 1,85% du PIB. Une décision sans précédent dans l'histoire récente du pays, soulignait la presse marocaine ces derniers jours.

Autre sujet majeur, l’équilibre des comptes extérieurs du Maroc, dont l’économie affiche depuis de nombreuses années un profond déficit commercial que ne parviennent plus à compenser les revenus des marocains de l’étranger, le tourisme ou les investissements directs étrangers. Le signe, pointe le FMI, d'une perte de compétitivité du pays notamment au niveau des coûts salariaux unitaires.

Selon les calculs du fonds, le déficit de la balance courante s’est établi à 8,8% en 2012 et sera de 6,3% cette année avec des réserves de devises permettant de couvrir seulement 4 mois d'importations. Le FMI recommande donc une plus grande flexibilité dans le régime des changes, jugeant notamment le dirham marocain surévalué à "un certain degré". Rendez-vous pour le vérifier lors de la prochaine mission du fonds dans les 12 mois à venir...

Quant à la croissance à moyen terme, pour le FMI celle-ci devrait légèrement accélerer à 4,8% l'an prochain puis dépasser 5% par an jusqu'en 2018. Trop beau pour être vrai?

Pierre-Olivier Rouaud

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