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L’économie circulaire s’industrialise

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Confrontés à la hausse des prix des matières premières, les industriels cherchent à valoriser leurs déchets au sein de leurs process de fabrication.

L’économie circulaire s’industrialise © Copeaux d’aluminium qui, recyclés, seront destinés à la construction de pièces d’avion.

Des cours de matières premières volatiles, des tensions sur les approvisionnements… Tout est réuni pour que l’économie circulaire pénètre l’industrie. "L’accès aux ressources devient un enjeu critique pour l’Europe, souligne François-Michel Lambert, député EELV et président de l’Institut de l’économie circulaire. La France doit faire face à un déficit de 145 millions de tonnes de matières premières." Le défi n’est pas qu’environnemental, il est également économique. "Il ne faut pas seulement gérer les déchets, mais aussi remonter dans la chaîne de valeur", assure Alain Geldron, expert national du recyclage à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). "L’économie circulaire n’est pas une lubie d’illuminés. Les industriels prennent conscience que la bataille pour les matières premières est une bataille de compétitivité", confirme, de son côté, Jean-Louis Chaussade, le PDG de Suez Environnement.

Le potentiel d’économies à l’échelle globale reste difficile à chiffrer. Selon une étude MacKenzie, l’industrie européenne pourrait économiser 630 milliards de dollars chaque année en recyclant 25% de la matière première. En France, l’Ademe prévoit la création de 200 000 à 400 000 emplois. Les treize comités de filières stratégiques, lancés par le gouvernement, doivent intégrer des mesures d’économie circulaire dans leurs plans. "L’économie circulaire est une véritable opportunité de réindustrialisation du pays. Il s’agit des services, mais aussi de l’industrie lourde", se réjouit Géraldine Poivert, la directrice générale d’Ecofolio, un organisme chargé du recyclage des papiers.

Un gain en compétitivité

Les industriels ont franchi le pas avec la crise de 2008. Le recyclage des déchets sous forme d’énergie (incinération et méthanisation) et de réutilisation dans les process a le vent en poupe. Le groupe Coca-Cola a ainsi investi 140 millions d’euros dans son outil industriel européen depuis 2007 dans le but d’atteindre zéro déchet. En France, son usine de Grigny (Essonne) a bénéficié de 17 millions d’euros d’investissements pour récupérer les préformes de bouteilles PET (polytéréphtalate d’éthylène) qui ont des défauts et les transformer en granulés de PET, afin de recréer des préformes. "Fin 2013, nos emballages utilisaient 32% de PET recyclé", précise Mathias Lenas, le directeur Europe recyclage et emballages durables.

Le Centre technique des industries mécaniques (Cetim) a développé, en collaboration avec l’entreprise SFH, une briqueteuse pour valoriser certains déchets aujourd’hui perdus : boues d’usinage, poussières et copeaux. Débarrassée de ses fluides de coupes, cette matière est envoyée vers des fonderies. "On passe d’un déchet pour lequel on paie un coût de traitement à un déchet qui offre un bénéfice en le vendant à un fondeur", résume Jérôme Ribeyron, le responsable de l’activité Produire propre, au Cetim. Une mise en décharge coûte 200 euros la tonne, alors que la vente à un fondeur peut rapporter jusqu’à 100 euros la tonne… Le tout est de maîtriser le coût de traitement entre les deux.

La cimenterie est un domaine propice à l’économie circulaire. "En 2013, Lafarge a utilisé 17,2% de carburant de remplacement dans ses fours à ciment et 4,4 millions de tonnes de matières premières alternatives, principalement des sous-produits de centrales à charbon et de hauts-fourneaux", explique Alan Kreisberg, le directeur du développement durable. Pour le cimentier, dont le quart des coûts de production est absorbé par le combustible, cela représente un gain de compétitivité significatif.

La réutilisation des déchets attise l’appétit des spécialistes des services à l’environnement. Chez Sita France, filiale du groupe Suez Environnement, le tri et le recyclage représentent un tiers du chiffre d’affaires de 2013, contre 5% il y a dix ans. "Notre objectif en 2015-2016 est de valoriser deux tonnes de déchets pour une tonne éliminée, contre un ratio de un pour un aujourd’hui. Cela passe par la mise en place de partenariats avec des industriels pour entrer au cœur des usines", explique Christophe Cros, le directeur général de Sita. On retrouve les mêmes dynamiques à l’œuvre chez Veolia [lire l’entretien avec son PDG, Antoine Frérot, page 52] ou chez Séché Environnement. Ce dernier valorise la matière, régénère des produits comme des solvants et réemploie des matériels.

L’économie circulaire, c’est aussi le basculement vers l’économie de fonctionnalité. "Le constructeur reste propriétaire de ses produits et vend le service associé. Ainsi, il a tout intérêt à faire durer et à régénérer ses biens", rappelle François-Michel Lambert. De nombreux exemples apparaissent dans le secteur B to B : Rolls-Royce ne vend pas des moteurs d’avion, mais assure des heures de vol. Philips ne fournit pas des ampoules, mais garantit un niveau d’éclairage dans des bureaux. Xerox ne distribue pas des photocopieurs, mais propose une qualité de copie. Michelin ne commercialise pas des pneumatiques, mais des kilomètres parcourus… "L’économie de fonctionnalité est un chantier à part entière. Il force à imaginer des produits plus évolutifs, plus modulaires et plus durables", souligne Alain Geldron.

Reste que l’économie circulaire se heurte à des verrous technologiques, organisationnels et surtout économiques. "Sa principale limite est le marché. En France, il existe encore une certaine frilosité vis-à-vis des produits recyclés ou régénérés", explique Daniel Baumgarten, le directeur du développement durable chez Séché Environnement. Géraldine Poivert estime que "l’État stratège doit mettre en place des incitations financières pour générer un avantage compétitif". Plusieurs acteurs de la filière considèrent que la TVA est l’outil idéal pour favoriser l’utilisation de matières régénérées ou de pièces de réemploi. François-Michel Lambert a la solution : "Mettre en place des doubles TVA : 20% sur la matière vierge et 10% sur la matière recyclée."

"La bataille pour les matières premières"

Jean-Louis Chaussade,PDG de Suez Environnement

Depuis la crise de 2008, il y a eu deux grands mouvements dans le secteur des déchets. D’abord, une importante baisse des volumes puis une transformation progressive de l’activité. Auparavant, les déchets étaient collectés et mis en décharge. Maintenant, ils sont collectés, triés et valorisés sous formes d’énergie ou de matière. Nous en extrayons des "matières premières secondaires". En premier lieu, la ferraille et le papier, mais aussi le bois et les plastiques. Ces derniers sont un grand champ d’investigation en matière de création de carburant, de valorisation de bouteilles, de réutilisation des PVC ou de fabrication de bioplastiques. En 2010, une tonne était mise en décharge pour une tonne recyclée. En 2017 ou 2018, nous atteindrons deux tonnes recyclées pour une tonne mise en décharge. Aujourd’hui, nous sommes à 1,4. Cette tendance est liée à la réglementation européenne, mais est également due à la volonté des industriels. L’économie circulaire n’est pas une lubie d’illuminés. Les industriels prennent conscience que la bataille pour les matières premières est une bataille de compétitivité.

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