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L'Usine Matières premières

L'économie circulaire à pas comptés

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Enquête La feuille de route publiée le 23 avril par le ministère de la Transition écologique et solidaire laisse nombre d’industriels dubitatifs sur son ambition.

L'économie circulaire à pas comptés © Dominique Fontenat

La feuille de route pour développer l’économie circulaire, présentée par le Premier ministre Édouard Philippe à l’usine SEB de Mayenne, fait réagir l’industrie. Le texte des "50 mesures pour une économie 100% circulaire" satisfait ceux à qui le cadre actuel convient peu ou prou et déçoit les tenants du changement. Le processus de consultation mené en amont par le ministère de la Transition écologique et solidaire, lui, rallie tous les suffrages. Industriels de la collecte et du tri, filières de production utilisatrices de matières recyclées, réparateurs, ONG et éco-organismes ont largement participé aux échanges. Mais sur le texte final, les réactions sont plus mitigées.

Les plus optimistes sont les éco-organismes, pourtant menacés de sanctions financières en cas de non-atteinte de leurs objectifs. Directeur général de Citeo, Jean Hornain retient « le fait de centrer l’effort sur les zones urbaines, où le tri est le moins performant, l’harmonisation et l’extension des consignes de tri, la tarification incitative qui a été d’une incroyable efficacité pour 5 millions de Français et les incitations à l’écoconception». Lui ne pense pas « qu’il faille demander à ce texte d’être autre chose qu’une feuille de route», qui permet « d’activer tous ensemble» des leviers « déjà connus».

Jean-François Vigier retrouve, lui aussi, des leviers mis en place au Syndicat mixte d’ordures ménagères (Siom) de la Vallée de Chevreuse, qu’il préside. Chez Aliapur, l’éco-organisme dédié au recyclage des pneus, Hervé Domas, son directeur général, se félicite des avancées sur la sortie du statut de déchet et la valorisation énergétique. « J’ai parfois l’impression, comme Ordralfabetix, de crier : « Ils sont beaux, mes déchets !», quand certaines compagnies de chauffage urbain aimeraient pouvoir les utiliser à la place du charbon et n’en ont pas le droit.»

Panique dans le plastique

Les producteurs et utilisateurs de matières recyclées qui subissent la concurrence économique des matières vierges sont moins enthousiastes. Eux espéraient soit un tri à la source, soit un coup de pouce fiscal. Les papiers et cartons recyclés souffrent d’un déficit de compétitivité face à la pâte vierge. « Dans la filière, nous avons l’expérience des matières recyclées. Et malgré tout, c’est compliqué de trouver une valorisation économique pour tous les acteurs. Si un lot de papier à base de recyclé coûte 115 quand son équivalent vierge coûte 100, cela ne concernera que quelques acteurs engagés. À prix équivalent, cela devient une évidence», explique Olivier Guichardon, directeur responsabilité sociale et environnementale du groupe Sequana, qui réunit Antalis dans la distribution de papiers et d’emballages et Arjowiggins dans la production papetière. Le tri à la source éviterait la dégradation du papier mouillé ou pollué par d’autres déchets et réduirait les coûts de traitement. Une TVA réduite sur les produits en papier recyclé leur rendrait de la compétitivité. La feuille de route n’a retenu ni l’une ni l’autre.

Star de la feuille de route, le recyclage des plastiques se porte plus mal encore. « L’objectif affiché de tendre vers le recyclage de 100 % des plastiques va de l’avant, même s’il n’est ni atteignable, ni réaliste économiquement», commente Sébastien Ricard, directeur du développement durable chez Paprec.

« Sur un gisement de plus de 4 millions de tonnes, la France en recycle 400 000 tonnes, en exportait 500 000 tonnes jusqu’à ce que la Chine les refuse, en enfouit 1,3 million de tonnes et en incinère autant», décompte Arthur Lepage, le président d’ExcelRise. Très réservé sur le calendrier annoncé, il se demande « comment recycler tous les plastiques en 2025 si on ne peut pas harmoniser la couleur des couvercles de poubelles recyclables avant 2021». C’est parce qu’il ne trouvait pas, « même au prix du vierge», de matières recyclées en volume et qualité suffisants que son groupe a créé XL Recycling, une filiale dédiée à l’upcycling (surcyclage) des films et déchets de polyéthylène. Lui croit au tri des déchets à la source, comme il se pratique en Europe du Nord : « Le système français de collecte en mélange, avec d’énormes centres de tri derrière, est une erreur de conception.» « La France a opéré ces choix il y a longtemps», lui répond Jean Hornain, qui trouve le système « plutôt moderne».

Le réemploi fait grise mine

Le réemploi, lui aussi, fait grise mine. Le réseau Envie se félicite de futurs quotas de volumes dirigés vers le réemploi assignés aux éco-organismes, qui pourraient créer 700 emplois selon sa présidente Anémone Bérès. Mais Benoît Varin, le cofondateur de Recommerce (leader des téléphones reconditionnés) et vice-président de la Fédération du réemploi, est déçu. Cet ardent défenseur d’une filière industrielle de la réparation avait proposé trois mesures concrètes – investissement, TVA réduite à 5,5% et attribution d’une part des éco-contributions – qui n’ont pas été retenues. Un temps envisagé, le retour de la consigne est aussi exclu du texte final, hormis sous la forme, floue, d’une « consigne solidaire» permettant aux collectivités de financer une « grande cause environnementale, de santé ou de solidarité» sur la valorisation des bouteilles.


Un nouveau frein à l’abandon d’épaves

La mesure 40 de la feuille de route économie circulaire a pour objectif de " lutter contre le trafic de véhicules hors d’usage (VHU)". Ce trafic recouvre tant les « congelés » envoyés en Afrique où on leur bricole une deuxième vie plus aventureuse (vu leur état et celui des routes), que les épaves désossées de leurs pièces puis éliminées plus ou moins discrètement. Sur les sites illégaux, les véhicules pourront être saisis immédiatement. L’obligation faite au possesseur de fournir une attestation de destruction par un centre agréé pour le traitement des VHU pour mettre fin à son contrat d’assurance va aussi permettre de lutter contre l’abandon d’épaves en pleine nature. Les VHU sont une filière particulière, qui fonctionne sans responsabilité élargie du producteur, ce cadre qui oblige les fabricants à financer via des éco-organismes le recyclage de leurs produits. À charge pour le consommateur de financer la prise en charge de son véhicule en fin de vie. Le système semble fonctionner relativement bien, avec un taux de valorisation proche des 95% imposés par Bruxelles. En réalité, ce taux ne concerne que les VHU admis en centre agréé. Plus d’un tiers des véhicules disparaissent de la filière légale.

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