L'éco-conception s'affirme dans le bâtiment

Les consommateurs sont de plus en plus friands de sécurité sanitaire et d'environnement. Des notions qui ne sont plus simplement réservées à l'alimentation. Les industriels du bâtiment commencent à réagir.

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L'éco-conception s'affirme dans le bâtiment
Cancer provoqué par l'amiante, saturnisme dû au plomb dans les vieilles peintures et canalisations... Les exemples d'intoxications liées aux bâtiments ne manquent pas. Les Français en ont aujourd'hui pris conscience. Les risques sanitaires ne sont pas seulement l'apanage de l'alimentation, et de loin ! Désormais, la santé est brandie comme un droit absolu par les " citoyens-consommateurs ". Le bâti n'échappe pas à cette tendance. Les acteurs commencent d'ailleurs à proposer des solutions... Pour répondre aux attentes des Français, les Pouvoirs publics ont engagé un vaste programme intitulé " Bâtiment et Santé ". L'objectif ? Anticiper les risques par une meil-leure connaissance des polluants liés aux bâtiments. Mais certains industriels, pionniers en la ma- tière, n'ont pas attendu le ministère de l'Equipement, des Trans-ports et du Logement pour se lancer dans l'innovation citoyenne. Le marché du " bâtiment sain " représenterait déjà 15 milliards de francs, selon la Fédération française du bâtiment (FFB). " Nous avons travaillé avec le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) pour mettre en place un guide indiquant à nos entreprises comment améliorer les conditions sanitaires ", explique Eugène Magoarou, président de la commission environnement de la FFB. Car les facteurs de pollution liés aux bâtiments sont nombreux. A commencer par les agents allergiques (acariens, poussières, moisissures), ou infectieux (bactéries et virus), qui peuvent entraîner des pathologies plus ou moins lourdes, de la simple rhinite à la légionellose. Pour combattre ces ennemis de tous les jours, les industriels mettent au point des solutions. C'est le cas du traitement antiacarien de Bobin, qui va attaquer ces micro-organismes aux trois stades de leur évolution (oeufs, larves et adultes). Ou encore du nettoyage économique et écologique à vapeur, comme le nouveau Powersteam, de Glen Dimplex. Mais pourquoi chercher des moyens pour tuer ces biocontaminants lorsque les matériaux eux-mêmes empêchent leur dépôt ? Car la tendance est bien à limiter l'utilisation de produits de nettoyage, lorsqu'il s'agit de détergents dangereux. Des produits de moins en moins toxiques Ainsi, la société Dyckerhoff vient de lancer une peinture de façade environnementale, Lotusan, qui évite l'utilisation de produits fongicides et algicides. Tout comme sur la feuille de lotus, les gouttes de pluie s'écoulent sur cette peinture comme sur une plaque de verre. Les revêtements muraux intérieurs répondent également de plus en plus à cette loi de l'antimicrobe. Forbo Murs a d'ailleurs développé la gamme Bio Casa à texture microperforée. Humidité, moisissure, champignons, acariens..., ce revêtement, en laissant " respirer " les murs, participe à la création d'un environnement sain. " Il est clair que nous nous orientons de plus en plus vers des encres écologiques, souligne Marie Manière, du service marketing de Forbo Murs. L'industrie du papier peint a fait beaucoup de progrès dans tout ce qui est écologique. Notamment, dans l'utilisation de produits non toxiques. " Eliminer les produits toxiques, dont les solvants, est une tendance lourde. L'affaire des éthers de glycol, qui a explosé l'an dernier chez IBM, a d'ailleurs sensibilisé les consommateurs. Ce qui a conduit à rechercher des solutions substitutives pour les remplacer. Présents dans les peintures, vernis, colles, matériaux de construction..., les composés organiques volatils (COV) peuvent irriter la peau, atteindre le système pulmonaire ou le système nerveux, provoquer des troubles de la reproduction... Vers une politique environnementale Certaines sociétés ont réagi face à ce danger, dès le début des années 90. C'est le cas de Bostik Findley, qui fut l'un des premiers fabricants de colles et adhésifs à proposer des produits de remplacement pour respecter l'homme et l'environnement. Sa nouvelle génération de colles ne contient que 5 % de solvants, et même pas du tout. Aujourd'hui, ces colles sont repérables à leur couvercle vert. La peinture représente l'exemple le plus notable de la réduction des solvants. " C'est d'ailleurs l'un des seuls secteurs d'activité du bâtiment qui dispose de l'écolabel NF Environnement, souligne Eugène Magoarou. Tout simplement, parce que ce type de label ne s'appose que sur des produits à durée de vie courte. " D'autres " certifications " font leur apparition. Les traite-ments du bois de Dyrup sont, par exemple, labellisés ESE (efficacité-santé-environnement). Les sols textiles de Sommer bénéficient du label GUT décerné par l'Association des moquettes écologiques. En ce qui concerne les produits à durée de vie plus longue, le projet de norme ISO 14 025 autorisera un étiquetage sur les impacts environnementaux. Mais ce type de produit ne reste-il pas accessible qu'à une partie de la population ? " Ils sont plus chers au départ, comme toute innovation, précise Eugène Magoarou. L'effet d'échelle réduit ensuite le différentiel de prix. L'exemple des peintures en phase aqueuse est typique de ce phénomène. Aujourd'hui, elles sont presque au même prix que les produits classiques, et aussi résistantes. " Désormais, les industriels, face aux attentes des " éco-citoyens ", poussent la démarche environnementale plus loin. Ainsi, la société Tarkett Sommer est l'un des premiers fabricants de son secteur à avoir travaillé à l'obtention de la norme ISO 14 001. Quant à la société Onduline, spécialisée dans la fabrication de matériaux de couverture, elle a investi 130 millions de francs dans une usine construite sur un site protégé. L'investissement directement lié à la prise en compte de la dimension environnement s'élève à 15 millions de francs. Mais la norme ISO 14001 reste encore à l'état embryonnaire dans le secteur du bâtiment. " Pour l'instant, nous mettons en place des schémas pour identifier le savoir-faire des industriels en matière d'environnement, souligne Eugène Magoarou. C'est une première étape qui servira de tremplin à la mise en conformation de la norme Iso 14 001. " Autre démarche environnementale, plus en vogue dans le bâtiment, et même plus " poussée " que la précédente : la haute qualité environnementale (HQE). " Il s'agit d'une association qui prend en compte le cycle de vie des bâtiments, de leur construction jusqu'à leur destruction ", explique Alexandre Capelli, responsable de projet chez O2 France. Cette approche s'appuie sur quatre cibles : l'éco-construction, la santé, l'éco-gestion et le confort. Car ces deux derniers points ne sont pas à négliger dans une politique environnementale. Exemple : la réduction de la consommation en eau. " Nous avons développé le concept Eliott, qui génère une économie de 30 à 40 %. A ce produit, nous avons même associé une hélice faite de plastique thermosensible, qui indique aux enfants la température de l'eau. " Autre solution, développée par Porcher, les robinets à ouverture temporisée. Eviter la marginalisation de l'éco-conception Exigence aussi de confort de la part du consommateur, qui en devient de plus en plus friand ! Que ce soit le confort acoustique, olfactif ou visuel... Dans cette optique, Epéda a réinventé le " bien dormir " avec les nouveaux matelas Multibag système Sensal. L'aluminium intégré atténue en effet les ondes magnétiques et électromagnétiques. Résultat, sommeil sans tension, plus sain... " La géobiologie est une tendance émergente ", souligne Catherine Pourvoyeur, chef de produit Epéda. Mais la FFB craint, face à cette nouvelle tendance environnementale, la reproduction du schéma des années 80. A savoir la marginalisation de la bioclimatique, c'est-à-dire les bâtiments équipés d'énergie solaire, de serres... " Notre objectif est de généraliser ce type de concept à tous les bâtiments, déclare Eugène Magoarou. Et même, en commençant par les plus désuets ! ".

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