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L'Usine de l'Energie

L’éclairage, grand oublié de la révolution énergétique

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A la tête du bureau d’études en éclairage Opus Light et président de l’association Eco-Eclairage, Henri Coulloumme-Labarthe déplore le peu de progrès de la France en matière d’amélioration de la performance énergétique de l’éclairage. Et esquisse des pistes pour lui donner la place qu’il mérite dans la transition énergétique.

L’éclairage, grand oublié de la révolution énergétique © emurray - Flickr - C.C.

Alors que notre pays s’est engagé à marche forcée dans la rénovation thermique de ses bâtiments, il peine à réussir sa transition énergétique dans le domaine de l’éclairage.

Pourtant, l’Agence de Défense de l’Environnement et de Maîtrise de l’Energie (ADEME) rappelle régulièrement que 30 à 50% des consommations d’électricité en éclairage peuvent être économisées dans les bâtiments tertiaires et industriels, et que des solutions d’amélioration matures, qualitatives et respectueuses de l’environnement existent ! Quelles sont les raisons de cette situation ?

Un marché contrôlé par des grands groupes, offrant peu d’innovation et de service

Tout d’abord l’éclairage est le fait d’une filière discrète, contrôlée en amont par un petit nombre de groupes internationaux - formant un "big four" comme dans l’audit financier - et en aval par deux groupes de distribution électrique leaders sur le marché mondial et contrôlant plus de 80% des ventes du secteur en France.

Les premiers sont incontournables car ils fabriquent les consommables - les lampes - dont l’ensemble de la filière a besoin tandis que les seconds assurent la fourniture aux consommateurs finaux via les professionnels électriciens qui s’approvisionnent dans leurs nombreux dépôts.

L’omniprésence de ces grands acteurs n’a pas favorisé jusqu’ici, loin s’en faut, l’émergence d’une bonne compréhension des enjeux énergétiques et financiers chez les installateurs et les prescripteurs ; par contrecoup, la plupart des usagers finaux, peu sensibilisés, continuent à investir en fonction du seul prix d’achat, alors que la consommation électrique et la maintenance représentent presque toujours plus de la moitié de la dépense totale pendant la durée d’usage de l’équipement.

Une réglementation jusqu’ici peu coercitive

A partir de la décennie 2000, les efforts de nos gouvernants pour lutter contre le changement climatique auraient dû avoir pour effet de dynamiser cette filière en incitant aux économies d’énergie sur les bâtiments neufs et existants.

Pourtant, lorsque l’on regarde de façon fine les dispositions réglementaires mises en œuvre jusqu’ici, on constate que l’éclairage a été particulièrement "épargné", bien qu’il représente pour les entreprises un coût d’énergie non négligeable (en moyenne 15% des consommations du tertiaire, 25% de celles des collectivités, 20% à 60% de celles des commerces).

Dans les bâtiments neufs, bien que la Réglementation thermique inclue l’éclairage dans ses dispositions depuis 2001, le législateur a permis aux concepteurs de s’affranchir des règles de calcul spécifiques à l’éclairage par le jeu d’un obscur mécanisme de compensation.

Certes la nouvelle réglementation "RT 2012" vient enfin obliger à construire des bâtiments économes en éclairage avec une vraie rupture en matière d’exigence de performance, mais une décennie a été perdue, car les architectes et les bureaux d’étude, plus spécialistes de thermique, ont largement profité de cette brèche dans le dispositif.

Dans l’existant, des prescriptions peu incitatives pour les usagers

Dans le tertiaire, alors que le Grenelle de l’Environnement a permis l’explosion d’un nouveau marché - celui du diagnostic énergétique -, l’éclairage reste minoritaire dans les préconisations d’actions, faute de formation des professionnels, peu ou pas qualifiés. Ainsi, dans la pratique, les estimations de consommations sont le plus souvent minorées et les rentabilités sous-évaluées, ce qui permet aux diagnostiqueurs de se soustraire à un approfondissement technique embarrassant.

Dans l’industrie, l’opérateur historique d’électricité, qui s’est élevé à marche forcée au rang de leader du diagnostic énergétique, a tendance à délivrer les mêmes constats que les auditeurs indépendants, mais pour des raisons différentes : l’éclairage constitue dans ses ventes d’électricité une composante très rentable car utilisée en grande partie en heures "creuses". Des actions de maintenance simples économisant peu d’énergie sont le plus souvent privilégiées plutôt que le changement complet des équipements.

Cet état de fait est d’autant plus dommageable pour les industriels que l’éclairage peut très souvent être rénové avec une rentabilité élevée du fait des plages d’utilisation étendues d’une part, et de la présence d’équipements vétustes et énergivores d’autre part.

Enfin, que dire des Certificats d’économie d’énergie (CEE), censés inciter les fournisseurs à réduire les consommations de leurs clients, où moins d’1 % des opérations enregistrées depuis l’origine du dispositif ont concerné l’éclairage (contre 87% pour le chauffage et l’isolation), selon le dernier tableau de bord publié par le ministère de l’Ecologie ? Cette disproportion injustifiée est criante.

Les solutions existent pour inverser la tendance

Il est grand temps de prendre des mesures ciblées pour que l’éclairage ne reste pas le parent pauvre de la révolution énergétique. Voici quelques suggestions pour contribuer à lui donner ses lettres de noblesse, à l’instar de la place qu’il occupe dans d’autres pays européens comme l’Allemagne ou l’Italie.

1/ mieux valoriser la rénovation d’éclairage dans l’existant :
Les CEE devraient être "remis à plat" pour offrir une vraie prime à l’investissement en éclairage, les opérations référencées individuellement ne rapportant que peu, à l’exception du secteur des commerces. Par exemple, un exploitant qui rénove l’ensemble de l’éclairage de son bâtiment devrait pouvoir bénéficier d’un CEE global sur la base d’une performance énergétique obtenue, ce qui simplifierait grandement le processus administratif. D’autre part, de nombreuses opérations performantes restent à référencer, utilisant par exemple les technologies LED ou l’apport d’éclairage naturel dans les locaux.

Dans le secteur public, il est hautement souhaitable que les Contrats de performance énergétique (CPE) qui devraient se multiplier à l’avenir incluent l’éclairage qui pèse souvent dans les écoles et les collectivités pour plus de la moitié des consommations électriques.

2/ faire émerger une offre de formation professionnelle :
Il convient de favoriser l’émergence d’organismes de formation indépendants, à même de dispenser un cursus orienté sur l’efficacité énergétique et la qualité d’éclairage, ainsi que le préconise l’Agence Internationale de l’énergie dans son rapport "Light’s Labour’s Lost".

Concernant les électriciens, le dispositif national FEEBAT déployé depuis 2008 pour former les artisans aux économies d’énergie n’a permis de former qu’un millier de professionnels sur l’éclairage performant (selon l’association Eco-Eclairage), ce qui est très insuffisant au regard des 35 000 structures en activité dans notre pays ; il convient de trouver rapidement un relais à ce dispositif.

3/ introduire des labels pour favoriser la diffusion des équipements performants
En éclairage, seul l’étiquette énergétique, applicable à certaines lampes, tient lieu de repère pour les usagers. Il importe de créer des normes de qualité reconnue pour les éclairages des entreprises et collectivités, comme c’est le cas en Amérique du Nord et en Suisse au travers des programmes Energy Star et Minergie.

De tels labels seraient de nature à rassurer les usagers et à les inciter à investir dans des matériels de qualité pour réaliser des économies d’énergie et se mettre en conformité avec la réglementation européenne ; en effet, celle-ci va prochainement, à la suite des ampoules incandescentes, interdire de nouveaux équipements d’éclairage énergivores encore présents en nombre dans l’industrie et l’éclairage public.

Par Henri Coulloumme-Labarthe

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