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L'Usine Aéro

L’échec de Galileo plonge l’Europe dans le doute

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La mise sur une mauvaise orbite de deux satellites va retarder l’entrée en service du grand programme européen de radionavigation. Un échec qui survient au moment où l’Europe spatiale se cherche un nouveau modèle.

L’échec de Galileo plonge l’Europe dans le doute

Une joie de courte durée ! Le 22 août, la communauté spatiale européenne sable le champagne et salue le lancement réussi des deux premiers satellites de la phase opérationnelle du programme Galileo. Le retour à la réalité n’a pas tardé : placés sur une mauvaise orbite, les satellites évoluent à près de 4 000 km de la position voulue ! Impossible de rattraper l’erreur, malgré les capacités de motorisation des équipements fabriqués par le constructeur allemand OHB. Un coup dur pour le grand programme européen de services de radionavigation porté par l’Union européenne qui veut s’affranchir du GPS américain.

« Ils ne peuvent plus réintégrer la mission Galileo », confirme Jean-Yves Legall, le président du Cnes, l’agence française de l’espace, et coordinateur interministériel du programme Galileo [lire entretien page 34]. « Cet incident nous rappelle que l’espace reste une activité de très haute technologie où la moindre erreur se paye très cher », juge une experte de l’Agence spatiale européenne (ESA). L’Europe l’avait un peu oublié, grisée par plusieurs années de succès ininterrompus : fin juillet, Ariane 5 a aligné son 60e tir consécutif sans échec et lancé le cargo spatial ATV destiné à alimenter la station orbitale internationale ; le petit lanceur Vega a réussi ses premiers tirs depuis Kourou ; enfin, la sonde européenne Rosetta s’apprête à réaliser une première mondiale, en novembre, en se posant sur la comète Churyumov-Gerasimenko, après un voyage de plus de 6,5 milliards de kilomètres dans le système solaire !

L’offensive américaine

Personne n’est à l’abri d’un tel revers. De l’autre côté de l’Atlantique, SpaceX, nouveau concurrent d’Arianespace, vient de subir lui aussi un échec. Sa fusée expérimentale capable de revenir sur Terre s’est désintégrée en plein vol le même jour que le tir Soyouz qui emmenait les deux satellites Galileo. Le 8 septembre, les experts de l’ESA, du Cnes et d’Arianespace connaîtront les résultats de la commission d’enquête mise sur pied pour comprendre les raisons du dysfonctionnement de la mission Galileo. Le quatrième étage Fregat de la fusée Soyouz, qui assure la mise sur orbite finale des satellites, est d’ores et déjà dans la ligne de mire.

Quelles que soient les raisons invoquées par la commission d’enquête, ce raté aura de multiples conséquences. Le programme Galileo va mécaniquement subir de nouveaux retards. Tant que les causes de l’échec ne seront pas identifiées et surtout résolues, le prochain tir des satellites par un lanceur Soyouz, prévu en décembre, est inconcevable. Sur le plan financier, cet échec correspond à une perte d’environ 150 millions euros, soit le prix du lancement de la fusée russe et des deux satellites perdus. Une perte à relativiser, même si l’Europe et l’ESA n’ont pas pris la peine d’assurer leurs satellites. Plutôt que de payer des primes d’assurances, l’ESA a en effet choisi de sécuriser ses arrières en commandant six satellites de secours, qui s’ajoutent aux 24 satellites nécessaires pour fournir le service Galileo. Une approche qui a le mérite de profiter aux industriels plutôt qu’aux assureurs !

Au-delà du programme Galileo, cet échec tombe mal pour Arianespace et toute l’industrie spatiale européenne. Le paysage concurrentiel et technologique sur les marchés des lancements de satellites commerciaux est totalement chamboulé, tant dans le secteur des lanceurs que dans celui des satellites. « Un tel échec aura des impacts inéluctables. Dès que la nature du problème sera connue, il y aura un effet domino. Cela va entamer à coup sûr le crédit d’Arianespace et du constructeur allemand de satellites OHB [pour l’instant hors de cause, ndlr]. En pleine phase de lancement et de conquête de parts de marché, les concurrents, notamment l’américain SpaceX, ne vont pas se gêner pour exploiter cette défaillance. On peut s’attendre à une érosion prématurée des parts de marché d’Arianespace », estime Philippe Boissat, consultant chez Deloitte, spécialiste des questions spatiales.

L’Amérique est revenue dans la course [« America is back », mettait en garde « L’Usine Nouvelle », l’an passé, dans son numéro 3347]. Les groupes privés SpaceX et Orbital Sciences proposent des tirs de satellites commerciaux à prix cassés, au point de séduire des clients européens. Pour sa part, Boeing s’est offert un comeback magistral en raflant les commandes des premiers satellites bénéficiant de la propulsion électrique. Cette offensive fragilise le leadership d’Arianespace qui revendique près de 60 % du marché mondial des lancements de satellites soumis à concurrence. Et la menace vaut pour les deux fabricants de satellites européens Thales Alenia Space et Airbus Defence and Space.

Vers une nouvelle Ariane 6 ?

Résultat : l’Europe spatiale s’interroge et parfois se déchire face aux grands choix qui l’attendent. Pour retrouver de la compétitivité, faut-il tout miser sur un lanceur de nouvelle génération, Ariane 6 ? Si oui, avec quelle configuration et en favorisant quel type de propulsion et quelle organisation industrielle ? Ou alors, faut-il une version intermédiaire, une Ariane 5 ME ? Les industriels et les agences spatiales commencent seulement à converger vers une même solution, celle d’une nouvelle fusée, une Ariane 6 moins chère que le lanceur actuel. En décembre, les ministres européens charges de l’espace devront trancher.

Thales Alenia Space et Airbus Space & Defence, quant à eux, mesurent ce qu’il leur en coûte d’être isolés. Les deux fabricants ont rendu publics des plans de réduction d’effectif. Au point que certains envisagent des scénarios de restructuration radicaux. Le délégué général à l’armement, Laurent Collet-Billon, s’est dit publiquement en faveur d’un rapprochement entre les deux groupes. « Je pense que la lutte entre nos maîtres d’œuvre, avec deux filières instrument, par exemple pour l’observation optique, n’est pas nécessairement une excellente chose. Cela a probablement conduit à affaiblir le tissu industriel. Je ne pense pas qu’on soit capable de maintenir deux filières strictement séparées. C’est complètement illusoire », a précisé ce haut fonctionnaire qui a les mains sur les achats militaires. Les principaux intéressés ne veulent pas en entendre parler. Les deux sociétés sont concurrentes et tout rapprochement se ferait aux prix d’un « bain de sang social », craignent les syndicats. Le secteur emploie environ 8 000 ingénieurs et techniciens de haut niveau.

L’Europe ne reste pas sans réaction. Safran et Airbus ont décidé en juin un rapprochement inédit de leurs activités spatiales en lorgnant même du côté d’Arianespace et de certains actifs du Cnes. Il faut y voir, à n’en pas douter, les prémices d’un big bang dans le spatial européen. 

 

« Ce n’est pas un problème de conception, mais de production »
 

Jean-Yves Le Gall, président du Cnes et coordinateur interministériel du programme Galileo
 

Sait-on pourquoi les deux satellites n’ont pas atteint l’orbite prévue ?

Il faut laisser travailler la commission d’enquête qui vient d’être nommée pour y répondre. Ce qui est le plus probable, c’est que le dysfonctionnement se situe au niveau du quatrième étage du Soyouz, l’étage supérieur Fregat, qui place les satellites sur leur orbite définitive après deux impulsions consécutives. Pour une raison encore inconnue, la deuxième impulsion n’a pas été donnée dans la bonne direction.

Les satellites sont-ils récupérables ?

Non, car leur orbite n’est pas circulaire comme elle aurait dû l’être. Par ailleurs, ils ne sont pas sur le bon plan orbital. Ils ne peuvent donc pas assurer la mission Galileo. Ils seront toutefois utiles pour effectuer tous les tests en orbite et valider leur fonctionnement.

Certains soulignent l’absence de redondance de la centrale inertielle sur l’étage Fregat alors que, sur Ariane 5, un tel équipement est doublé…

Certes, la centrale inertielle est un équipement déterminant du lanceur puisqu’elle donne les indications de positionnement. Toutefois, dans nombre de lanceurs, il n’y en a qu’une. Si Ariane 5 embarque deux centrales inertielles, c’est parce qu’au départ, elle était prévue pour les vols habités.

Faut-il craindre que la déliquescence qu’a vécue l’industrie spatiale russe ces dernières années touche à son tour le lanceur Soyouz, pourtant réputé pour sa fiabilité historique ?

Clairement, Soyouz n’est pas directement concerné par cet échec. C’est uniquement l’étage supérieur Fregat qui est concerné. Ce module résulte d’un codéveloppement entre Russes et Européens que nous avons mené à la fin des années 1990. Il a fonctionné sans échec plus d’une quarantaine de fois. Ce n’est donc pas un problème de conception, mais de production ou de non-conformité. Est-ce que c’est lié à un élément mal programmé ou à un équipement défectueux ? La commission d’enquête devra le dire. ??

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