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« L'avenir du nucléaire passe en partie par les pays émergents »

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Entretien Hans-Holger Rogner, au siège de l’Agence Internationale de Énergie Atomique, réagit à la nouvelle loi votée en Inde, sur l’ouverture du secteur nucléaire aux investisseurs étrangers.

« L'avenir du nucléaire passe en partie par les pays émergents »

A Vienne, Hans-Holger Rogner est chargé d’un département (Planning and Economic Studies) au sein de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique. Il donne une idée des perspectives plutôt alléchantes pour l’industrie de l'atome dans les grands pays en voie de développement, lesquels sont toujours plus voraces en énergie.

L’Usine Nouvelle :
A la suite du vote, le 26 août 2010, d’une nouvelle loi sur les investissements dans le secteur nucléaire civil en Inde, certains médias ont soupçonné les autorités de ce pays d’avoir cédé aux pressions des Américains, en particulier d’industries telles que General Electric et Westinghouse. Qu’en pensez-vous ?

Hans-Holger Rogner : Le principal risque, lorsqu’on évoque le cas des pays en voie de développement, est le suivant : ils peuvent être amenés à adopter des technologies, en particulier dans le nucléaire, qui ne soient pas forcément les plus fiables. D’où les craintes de futurs accidents aux conséquences très fâcheuses. Or, il convient de relever que le gouvernement indien n’a pas encore signé le traité sur la non prolifération des armes nucléaires.
Malgré tout, bien avant que la nouvelle loi ne soit adoptée, les Américains étaient prêts à vendre des équipements nucléaires aux Indiens car ils estimaient que cela permettait de limiter des accidents auxquels je faisais allusion...

L’Inde est l’un des pays les plus avancés, actuellement, dans le secteur des énergies renouvelables. N’aurait-il pas intérêt à multiplier toujours davantage les projets dans l’éolien, en particulier, plutôt que de se lancer dans un vaste programme de constructions de centrales nucléaires ?

Il faut rappeler que l’Inde possède déjà dix-sept centrales atomiques, d’une capacité totale de 200 à 220 MGh. Ce pays n’échappera pas à une logique s’étendant à l’ensemble des économies en voie de développement. A savoir : ces pays s’industrialisent, leur population est de plus en plus vorace en électricité, et leurs dirigeants ne peuvent pas se donner le luxe de mettre leurs œufs dans le même panier énergétique. Elles sont amenées à promouvoir un modèle de développement dans lequel toutes les formes de production d’énergies se conjugueront, qu’elles soient renouvelables ou non. Rien à voir avec certains pays européens qui avaient fait une croix sur le nucléaire…
L'Agence Internationale de l'Energie Atomique estime que 750 millions de personnes n'ont pas encore accès à l'électricité en Inde, au Pakistan et au Bengladesh. En Chine: elles sont environ 200 millions dans ce cas. Les familles en marge du progrès aspirent à bénéficier d'un tel bien.
En Inde, nous pensons que la consommation d'électricité devrait doubler tous les dix ans.

Ce qui se passe en Inde démontre-t-il que le futur de l’industrie nucléaire passe par les pays en voie de développement ?

La réalité n’est pas aussi tranchée que cela… Il faut nuancer les choses, car certains pays qui avaient renoncé au nucléaire, à l’instar de la Suède, ont fait marche arrière et envisagent maintenant d’accroître leur parc nucléaire. Mais il est vrai que les projets de construction de centrales atomiques vont connaître un véritable essor dans les marchés émergents. J’en ai pour preuve que 28 centrales nucléaires sur les 37 mises en fonctionnement depuis l’année 2000 se trouvent en Asie, une grande partie d’entre elles en Chine.

L’industrie nucléaire a la particularité d’être hyper concentrée, quelques grands acteurs étant capables de fournir des solutions complètes pour l’installation de centrales. Quelle situation entrevoyez-vous à l’avenir ?

Effectivement, une demi-douzaine de pays maîtrisent le cycle de la construction et de l’exploitation dans la filière nucléaire, notamment la France, les Etats-Unis, le Japon. Cela va changer car des pays comme la Chine ont la volonté de développer des industries capables de concurrencer les grands "players" industriels actuels. Mais de toute évidence, cela mettra un peu de temps. Il y a quelques jours, à Shanghai, un centre de recherches, financé par les pouvoirs publics et spécialisé dans la filière nucléaire, a démarré ses activités. Les chercheurs se penchent, entre autres tâches, sur la mise au point de nouveaux générateurs.

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