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L'Usine de l'Energie

L'avenir d'EDF se joue au Royaume-Uni

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Enquête Le lancement du projet de construction des deux EPR à Hinkley Point permet à EDF de participer à la renaissance du nucléaire britannique. Voire d’initier la relance du nucléaire en Europe.

L'avenir d'EDF se joue au Royaume-Uni © Si le chantier d’Hinkley Point respecte les délais et les coûts, il sera une vitrine irremplaçable pour l’électricien français.

Les entreprises citées

La direction d’EDF est soulagée. Le 28 juillet, la Première ministre britannique, Theresa May, avait joué un bien mauvais tour à l’électricien français, en demandant un délai de réflexion pour valider son projet de construire deux réacteurs EPR à Hinkley Point, dans le sud de l’Angleterre… Un contrat pourtant signé par son prédécesseur, David Cameron, en octobre 2013 ! Jeudi 15 septembre, Londres a finalement acté cet investissement de 22 milliards d’euros. L’insistance du gouvernement chinois, dont l’un des électriciens nationaux, CGN, est partenaire du projet, n’y est pas pour rien. Seule nouveauté, Londres exige qu’EDF reste l’actionnaire majoritaire du projet.

L’électricien français travaille depuis une décennie sur ce projet semé d’embûches. Après d’âpres négociations avec le gouvernement britannique, il lui a fallu attendre le feu vert de l’Union européenne sur la garantie du prix d’achat de l’électricité qui sera produite à Hinkley Point, tout en gérant l’opposition d’une partie de ses cadres et de ses salariés. Le dernier obstacle fut la crainte des Britanniques de voir le chinois CGN prendre un tiers du capital de la centrale. Les deux réacteurs d’Hinkley Point, dont le premier doit être achevé en 2025, sont loin d’être la fin de l’histoire. Si Jean-Bernard Lévy a tellement appuyé ce projet, c’est qu’il espère que ces deux EPR ouvrent la voie à de nombreux autres.

Le début des projets britanniques…

Les négociations entre EDF, le gouvernement britannique et CGN ne se limitent pas aux deux EPR d’Hinkley Point. D’autres projets sont déjà actés pour remplacer les 15 réacteurs du Royaume-Uni opérés par EDF Energy, la filiale britannique d’EDF. En 2030, quasiment tous ces réacteurs seront à l’arrêt et Hinkley Point ne fournira que 7 % de l’électricité du pays. Pour le reste, Londres compte sur un fort développement de l’éolien offshore et sur un renouvellement de son parc nucléaire. EDF et CGN sont censés construire deux autres EPR à Sizewell dans l’est de l’Angleterre, qui seront détenus à 66 % par les chinois. Et le duo franco-chinois construirait à Bradwell, dans le sud-est de l’Angleterre, un réacteur Hualong, de conception 100 % chinoise. Au final, la Chine va investir plus de 20 milliards d’euros dans le système électrique britannique… Difficile de dire non.

« Les nouvelles conditions britanniques ne changent rien aux partenariats stratégiques que nous avons signés avec CGN en octobre 2014 et ne modifient pas l’objectif de lancer Sizewell et Bradwell comme prévu », assure Vincent de Rivaz, le directeur général d’EDF Energy. Sans Hinkley Point, l’ensemble de ce programme ne pourrait pas voir le jour.

…avant le renouvellement du parc français…

Malgré la prolongation, quasi acquise, de la durée de vie des réacteurs français de 40 à 50, voire de 60 ans, la France va devoir bâtir des réacteurs nucléaires dès la fin des années 2020. C’est du moins le plan d’EDF, porté par le gouvernement. « À partir de 2028-2030, nous installerons en France des EPR NM (Nouveau Modèle) par paquets de deux », expliquait le PDG d’EDF, fin 2015. À terme, il s’agit d’ériger 30 à 40 réacteurs. La filière nucléaire française ne peut pas se permettre de connaître un nouveau trou d’activité, comme celui constaté au début des années 2000. Elle y avait perdu des compétences, ce qui a notamment conduit aux ratés des EPR en France et en Finlande [lire ci-contre]. Le chantier d’Hinkley Point constituera une sorte de campus à taille réelle pour ceux qui renouvelleront le parc français. D’autant plus que son timing est parfait. Alors que l’EPR de Flamanville (Manche) doit être livré en 2018, le radier du premier réacteur d’Hinkley Point doit être coulé dès 2019. « Le projet contribuera au maintien des compétences de notre industrie dans la perspective du renouvellement du parc nucléaire français », assure Christophe Sirugue, le nouveau secrétaire d’État à l’Industrie.

Quant aux partenariats franco-chinois en Angleterre, ils inspireront l’électricien, comme l’admet son PDG : « EDF n’a aujourd’hui pas les moyens de construire un nouveau parc de 60 GW. (…) Il faudra recourir à des partenaires. »

…et une possible renaissance du parc européen

La France et le Royaume-Uni possèdent respectivement le premier et le deuxième parc nucléaire européen. Mais il ne faut pas oublier que la moitié de l’Europe est nucléarisée, ce qui représente 129 réacteurs nucléaires et près de 122 GW de puissance. Seules l’Allemagne et la Suisse ont tourné le dos à l’atome. Tous ces parcs nationaux ont des âges comparables à la moyenne française, environ trente ans. « Hinkley Point est un signal donné à nos voisins européens possédant des réacteurs nucléaires et qui se demandent comment assurer le service public de l’électricité de manière sûre et décarbonée. La décision britannique va les faire réfléchir », assure Jean-Bernard Lévy.

L’électricien regarde du côté de l’Espagne, des Pays-Bas, des pays de l’Est… Même si ces derniers restent une cible difficile, compte tenu de la concurrence russe. Une réussite du chantier d’Hinkley Point, tant du point de vue du respect des délais que des coûts, serait une vitrine irremplaçable. « La décision du gouvernement britannique d’approuver la construction de la centrale nucléaire d’Hinkley Point marque la relance du nucléaire en Europe », assure même Jean-Bernard Lévy. 

L’EPR, ce mal-aimé

Raillé par une partie de l’opinion, mal-aimé d’une partie des ingénieristes nucléaires français, l’EPR a été conçu dans les années 1990 dans le cadre d’une coopération franco-allemande. Ce monstre de puissance, avec ses 1 700?MW, s’est révélé très difficile à construire. Un premier EPR est entré en construction en 2004 en Finlande, à Olkiluoto, sous la conduite d’Areva. Il a pris neuf ans de retard et a plombé l’entreprise. En 2007, EDF entame le chantier de son EPR à Flamanville (Manche). Celui-ci accuse six ans de retard et son budget a triplé. En 2009, les chinois lancent la construction de deux EPR à Taishan, mais aucun des deux n’a pour l’instant émis ses premiers électrons. En donnant le feu vert à la construction des deux unités à Hinkley Point, Londres mise donc sur un réacteur qui n’a encore jamais fonctionné, un argument souvent repris par les opposants britanniques. Les difficultés posées par l’EPR ont d’ailleurs poussé EDF et Areva à lancer la conception d’un EPR NM (Nouveau Modèle) plus facile à construire et moins coûteux.

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