L'Usine Auto

[L'auto passe au vert] L'E85, grand mal aimé des carburants alternatifs

Rémi Amalvy ,

Publié le , mis à jour le 26/08/2020 À 16H27

Série d'été Cet été, alors que les aides à l’achat de véhicules (plus) propres se multiplient, L’Usine Nouvelle vous aide à faire votre choix avec sa série d'été "L'auto passe au vert". Dans ce nouvel épisode, on s'intéresse au superéthanol ou E85. Un carburant qui a tout pour plaire mais qui n'intéresse, pour l'instant, ni les constructeurs, ni les conducteurs.

[L'auto passe au vert] L'E85, grand mal aimé des carburants alternatifs
Le E85 et les constructeurs, ce n'est pas encore l'amour fou !
© Sebastien Debanne

C'est un carburant qui pollue sensiblement voire nettement moins que l'essence et le diesel, qui coûte jusqu'à deux fois moins cher à la pompe et qui, paradoxalement, n'est utilisé par quasiment personne. Alors qu'il a tout pour plaire, le superéthanol, ou E85, est autant boudé par les constructeurs que par les conducteurs.

Mais d'abord, c'est quoi le superéthanol ? À l'origine, du sucre issu de betterave et de blé. Celui-ci est mélangé à des levures pour le faire fermenter pendant une cinquantaine d'heures. La mixture est ensuite déshydratée. Privée de son eau, elle se transforme en éthanol pur à 99,9 %. Champion européen, la France en produit ainsi 12 millions d'hectolitres chaque année, et en exporte entre 20 et 30 %, notamment en Allemagne.

Entre 65 % et 85 % d'éthanol

Pour devenir du carburant, l'éthanol est mélangé à de l'essence, à un taux qui varie, comme les récoltes, selon la période de l'année. En hiver, l'E85 en contient 35 % et en été 15 %. De quoi réduire les émissions de CO2 d'environ 66 % par rapport à du SP95, selon une étude de 2017 du lobby européen du superéthanol ePure. À titre d'exemple, avec son Kuga Flexifuel commercialisé en 2019, Ford a réduit les émissions de 40 % par rapport à la version essence, soit 96g de CO2/km au lieu de 156. Des chiffres moins optimistes que ceux de ePure, mais tout de même conséquents.

De plus, selon des tests réalisés par le Syndicat national des producteurs d'alcool agricole (SNPAA), le E85 permettrait de réduire les émissions de particules fines d'environ 90 %. En conséquence, les véhicules roulant au E85 qui émettent moins de 250g/km de CO2 bénéficient d'un abattement de 40 % sur leurs émissions pour le calcul du malus écologique. Un abattement similaire est appliqué pour la prime à la conversion. La part régionale de la carte grise est également gratuite dans toutes les régions métropolitaines, sauf la Bretagne et le Centre-Val de Loire où elle est à moitié prix.

Un prix à la pompe défiant toute concurrence

Dernier argument financier, et non des moindres : s'il entraîne une surconsommation d'environ 25 % par rapport à l'essence, en raison de sa faible densité énergétique, le E85 ne coûte en ce moment que 0,66 euros le litre à la pompe, contre 1,32 pour l'équivalent thermique. Cela représente, selon les calculs du SNPAA, un gain net de 0,50 euros par litre, soit 450 euros économisés par an.

Malgré tous ces avantages, le superéthanol ne réussit pas à effectuer de percée dans le marché. La faute probablement à des constructeurs encore trop peu investis dans ce carburant. Plus corrosif que l'essence ou le diesel, il nécessite des adaptations. Des boîtiers permettent par exemple d'utiliser l'E85 dans un véhicule classique. Cette pratique n'est cependant pas vraiment conseillée car elle peut, à terme, provoquer des dommages non négligeables sous le capot.

L'option des boîtiers de conversion

Pour ceux qui seraient tout de même tentés par l’E85 sans pour autant changer de véhicule, l’entreprise française Flexfuel propose par exemple des appareils à partir de 700 euros. De quoi, en théorie, réaliser facilement des économies à la pompe en réduisant ses émissions.

Le procédé n’a cependant pas que des avantages. Déjà, il a tendance à faire sauter la garantie constructeur, si elle court toujours. De plus, les risques d’usure peuvent être importants sur un véhicule non adapté d’origine. Parce que l'E85 possède une densité énergétique moindre qu’un carburant classique, le boîtier doit allonger les temps d’injection afin de créer autant d’énergie.

Dans certains scénarios, comme lorsque le véhicule est trop chargé et que la demande de puissance est forte, l’injecteur est susceptible de délivrer au moteur un mélange trop pauvre en E85. La combustion se fait alors à une température plus élevée, ce qui peut endommager sévèrement certains éléments, comme les soupapes et les pistons. La lubrification du E85 est également inférieure au sans plomb, entraînant d’autres risques d’usure. Si elle peut paraître intéressante de prime abord, l’utilisation d’un boitier de conversion doit donc être mûrement réfléchie.

Un parc automobile infime

En juin 2020, on comptait seulement 1 885 stations services françaises fournissant du E85. C'est, tout de même, 616 de plus que l'année précédente, signe peut-être d'une démocratisation grandissante du carburant. Pourtant, selon le SNPAA, le parc automobile ne comprend que 129 000 véhicules roulant au superéthanol, dont 39 000 sont d'origine et 90 000 utilisent un boîtier d'adaptation.

Pour l'instant, le désamour des constructeurs est tel que plus aucun ne produit de véhicules propulsés d'origine au E85. Après en avoir vendu 6 356 en France en 2019, Ford a par exemple décidé d'arrêter de commercialiser son Kuga FlexiFuel. Des rumeurs suggèrent que Fiat étudierait la possibilité de sortir des modèles au superéthanol. Du côté des marques françaises, c'est pour l'instant le grand silence radio.

Le 26 août, Jaguar Land Rover a annoncé l'arrivée prochaine de motorisation FlexFuel hybride sur le Land Rover Discovery Sport et le Range Rover Evoque. Couplée à une hybridation MHEV, la technologie sera disponible sur les motorisations P200 et essence 200 ch. Les tarifs démarreront à 45860€ pour le Land Rover Discovery Sport Flexfuel Hybride, et à 46050€ pour le Range Rover Evoque Flexfuel Hybride.

(Le Kuga FlexiFuel commercialisé en 2019.)

(Un premier visuel de l'arrière du Ranger Rover Evoque FlexFuel)

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6 commentaires

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06/09/2020 - 22h09 -

Perso, j'ai acheté neuf, voici 5 ans, un JEEP GRAND CHEROKEE, E85 d'origine, alors MERCEDES. Que du bonheur, je fais toujours globalement les mêmes trajets, en moyenne de 450 km, et j'ai déjà parcouru 170.000 km. Au début, je programmais les stations où faire le plein, aujourd'hui il y en a presque partout, certaines régions moins. Mon seul regret, alors que pour la première fois de ma vie je serais prêt à racheter le même modèle, neuf, FIAT a décidé d'arrêter la production du GRAND CHEROKEE FLEXFUEL. Soit je l'emmène le plus loin possible, soir je m'oriente vers un RANGE FLEXFUEL, il m'étonnerait que FIAT propose un gros SUV E85.
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27/08/2020 - 14h01 -

Depuis 4 ans , je roule avec un grand Cherokee conçu d'usines pour l éthanol . 70000km sans problème et j'envisage de passer mon deuxième véhicule BMW M3 avec modification a l'éthanol . Seul restriction recommandée par spécialiste BMW , de temps en temps faire le plein de ,95 ( un plein tous les 10) et surveiller la pompe a essence qui pourrait gripper a 200000 km si toujours rouler uniquement a l'éthanol . Et comme déjà mentionné , des amis brésiliens roulent avec l'éthanol sur golf ,BMW et range depuis plus de 15 ans sans problème
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27/08/2020 - 00h04 -

Bonjour, Je roule depuis plus d'un an au superethanol sur un scenic E10, rien n'a signalé, pas de problème mécanique, oui, une surconsommation de 2L/100 km. Le boîtier me semble plus commercial que technique...
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26/08/2020 - 23h47 -

Je possède un espace 4 essence 2.turbo de 2004 ayant un réservoir essence de 83 litres et un réservoir gpl de 63 litres. Il roule parfaitement avec du E 85 en melengeant à 50 % avec de l'essence. Prix au litre en mélengeant environ 1 €..... Le litre de gpl 0,77 €... Mon véhicule approche les 300 000 kilomètres et son moteur est propre et économique. C'est juste une histoire de gain financier pour l'état, les constructeurs et les lobbies du pétrole. Il roule impeccable
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26/08/2020 - 19h40 -

Je possède 2 véhicules qui roulent depuis+1 an à l'ethanol 20000km par an chacun ils sont programmés pour et aucun problème, c'est un problème d'état car pratiquement pas de taxes sur ce carburant, donc pas de pub et constructeurs bridés par le gouvernement.
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26/08/2020 - 17h06 -

Vous oubliez deux petites choses : - la première est que bon nombre de véhicule essence font du moitié moitié avec de l'E85 et sans aucun boîtier ou autre réglage - la deuxième est que les vehicules essence vendus en Amérique du Sud d'origine européenne roulent quasiment tous à l'E85 sans aucune modification Le problème réside uniquement sur des intérêts financiers entre états,constructeurs et petroliers
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26/08/2020 - 20h17 -

Au début je roulais a 100% éthanol avec ma Clio maintenant je fais 60/40 a cause du démarrage à froid
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26/08/2020 - 20h53 -

Tout ceci n'est qu'une histoire de gros sous... Le boîtier ne va pas éviter les joints de sécher.... Pompe à essence par exemple.. Ma Saxo roule a l'E85 depuis 2 ans sans aucun problème si ce n'est un démarrage un peu plus difficile en hiver mais rien de méchant.
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26/08/2020 - 22h24 -

En France c'est juste une question de fric car le E 85 et moins taxé , de plus sa fait gagner des chevaux. Il y a des gens qui roule au E85 depuis des années. Au Brésil ils roule tous avec et en france on ne veux pas le développe On veux nous faire rouler à l'électrique avec des voitures soit disant moins polluants alors que l'électricité et fabriqué avec des centrales nucléaires on se fous vraiment de notre geules puisque on ne sais pas quoi faire des déchets ' à si ont les enterres
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26/08/2020 - 22h44 -

Je n'aurai pas dis mieux
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26/08/2020 - 23h01 -

C'est faux. Le fait que les voitures essence puissent le faire ne veut pas dire que c'est bien fait. Le coefficient stoechiometrique de l'éthanol et de l'essence étant différent rouler avec un lambda 1 sur un véhicule Essence standard rempli de e85 ne permet pas une combustion complète. D'où l'intérêt du flexfuel qui mesure la teneur en ethanol or compenser cela et le temps d'injection...
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27/08/2020 - 08h40 -

Je confirme Depuis quand LUsine Nouvelle se prend elle pour Auto Plus ... Un ami roule depuis des annees avec un Nissan Murano en mélangeant les 2 carburants sans soucis et sans boitiet Un autre en Audi A3 avec boîtier et 100% E85, toujours dans problème Tout est question de volonté mais surtout d'argent et de taxes, donc pas dans l'intérêt des pétroliers et du gouvernement
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27/08/2020 - 11h24 -

Les nouveaux véhicules essence équipés de filtre à particules sont incompatibles à l'éthanol. Les équipementiers refuseront de monter un boitier.De plus il faudra réduire de moitié l'espace des revisions(vidange huile moteur).
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