L’Asie du Sud-Est, la nouvelle usine automobile du monde

Derrière la Chine, mais devant la Russie ou le Brésil, l’Asie du Sud-Est est le prochain grand débouché du secteur automobile. L’Usine Nouvelle s’est rendue sur place pour enquêter.

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L’Asie du Sud-Est, la nouvelle usine automobile du monde

Oubliez les BRIC, l’avenir de l’industrie automobile passe désormais par la Thaïlande, l’Indonésie et la Malaisie. Fin 2013, le cabinet BCG a mis en lumière dans une étude intitulée "Beyond the BRIC-Winning the rising auto markets" (Derrière les BRIC réussir dans les marchés automobiles émergents) ces pays, notamment en Asie du Sud-Est, qui feront la croissance de demain.

"La région est une nouvelle frontière, un nouvel horizon", résume Richard Valette, directeur commercial et des opérations CKD région Asie Pacifique chez Renault. L’Asie du Sud-Est représente en effet un potentiel de 650 millions de consommateurs, soit plus qu’en Europe ou qu’aux Etats-Unis. En 2013, les dix pays qui forment l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) ont enregistré 5,3% de croissance.

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Retrouvez notre enquête "Automobile : Asie du sud-est, la nouvelle frontière"

Une zone disparate

L’Asie du Sud-Est n’est pas pour autant une zone uniforme. "Si en Malaisie, on trouve plus de 300 véhicules pour 1000 habitants, les taux tombe à 183 voitures pour 1000 habitants en Thaïlande et moins d’une dizaine pour 1000 aux Philippines", souligne Hadi Zablit, directeur associé au Boston Consulting Group.

La Malaisie, Singapour ou encore le Sultanat de Brunei sont ainsi depuis plusieurs décennies consommateurs d’automobiles. Mais d’autres pays comme les Philippines ou encore l’Indonésie ont seulement franchi il y a peu la barre des 3500$ (2575 €), pallier financier pour la consommation à grande échelle d’automobile. L’Indonésie n’a ainsi dépassé qu’en 2012 la barre du million de véhicules vendus pour une population de 250 millions d’habitants.

Côté production, la disparité est aussi la règle. La grande majorité des véhicules vendus dans la zone sont produits sur place, principalement à cause des droits de douane très élevés imposés aux véhicules importés. Un véhicule peut par exemple se voir taxer à 130% en Thaïlande, 100% en Indonésie. Les échanges du secteur automobile entre les dix pays de l’Asean sont en revanche exonérés de droits de douane, une mesure qui prépare l’ouverture en 2015 d’une vraie zone de libre-échange. Si elle se concrétise, cette mesure renforcera encore l’attractivité de la région.

Thaïlande et Indonésie

Ces deux pays sont d’ailleurs les deux principaux producteurs de voitures de la zone. La Thaïlande reste le hub historique avec 2,457 millions produits en 2013, ce qui en fait le 10eme producteur mondial d’automobiles. "Traditionnellement, la Thaïlande n’est pas un pays de scooters, rappelle Hadi Zablit. Ici comme dans le reste de la région, l’histoire de la voiture a commencé via les véhicules d’occasion. Il a donc fallu produire des pièces pour réparer". La Thaïlande dispose aujourd’hui du plus grand tissu fournisseurs de la région (1,6 million de sociétés) dont les plus grands équipementiers mondiaux comme Valeo ou Faurecia.

"C’est une région intéressante pour les équipementiers car ils peuvent fournir depuis un pays tous leurs clients dans la région", précise Hadi Zablit. Mais cette position de hub est aujourd’hui revendiquée par l’Indonésie. Le gouvernement du pays a mis en place depuis 2010 des politiques incitatives pour favoriser l’installation d’usines automobiles sur son sol. Les 250 millions de consommateurs indonésiens potentiels attirent aussi beaucoup les constructeurs.

Une industrie automobile japonaise

Ceux qui raflent la mise dans la région sont les Japonais. Implantés depuis plus de 40 ans, ils ont fait de l’Asie du Sud-Est leur zone d’influence naturelle. "Le tissu industriel est très japonais, très centré autour de Toyota. C’est donc compliqué pour les autres constructeurs", explique Hadi Zablit.

Le cabinet Inovev estime que les constructeurs japonais trustent 80% du marché régional. Toyota a lui seul 37% de parts de marché. En Thaïlande, le numéro 1 mondial dispose de cinq usines, dont trois produisent plus de 250 000 unités par an.

Les constructeurs occidentaux en embuscade

Devant ce nouvel eldorado, les constructeurs occidentaux affluent. "En plus du développement en Chine, Renault souhaite se développer dans la région", explique Gilles Normand, directeur des opérations pour la région Asie-Pacifique de Renault, qui vient d’annoncer l’arrivée du Français en Malaisie. "C’est un marché mature, avec une économie stable, ajoute Gilles Normand. Avec un taux d’équipement de 300 véhicules pour 1000 habitants, le pays est plus équipé que la moyenne de la région".

Renault assemblera la Fluence en CKD et entrevoit déjà d’autres perspectives. Peugeot lorgne lui déjà sur la Birmanie, Volkswagen compte monter rapidement une usine en Thaïlande. Les constructeurs chinois sont eux déjà à l’œuvre, comme SAIC qui construit une grande usine à deux heures de routes de Bangkok. Bien réalisée, une implantation locale peut être intéressante. Les constructeurs réalisent en moyenne 5% de marge nette en Asie du Sud-Est, les équipementiers 8%.

Pauline Ducamp

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