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"L’arrivée de Free a placé Alcatel en situation de grande difficulté", selon Arnaud Montebourg

Une semaine après l’annonce du pacte pour la compétitivité, la croissance et l’emploi, le ministre du Redressement productif revient en exclusivité pour L’Usine Nouvelle sur les mesures prises par le gouvernement. Il défend le crédit d’impôt compétitivité, tacle une fois de plus le bilan industriel de l’ère Sarkozy comparé à un champ de ruines et promet un plan pour promouvoir le made in France rapidement.

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Trouvez-vous dans le pacte de compétitivité présenté par le Premier ministre le 5 novembre les idées que vous souhaitiez impulser pour le redressement productif ?
Le gouvernement, devant le décrochage décrit par Louis Gallois, a pris des décisions courageuses et engageantes pour l’avenir. Il a considéré que la mobilisation de tous les citoyens pour reconstruire l’appareil productif était la priorité des priorités. C’est ce qui nous permettra de sauver notre modèle social et notre niveau de vie, car un pays qui ne produit plus est un pays qui devient l’otage de ceux qui produisent.

C’est la priorité des priorités mais les 20 milliards dégagés pour aider les entreprises ne seront versés que dans un an et s’étaleront sur 3 ans. 2013 s’annonce pourtant très difficile pour les entreprises…
L’effort de 20 milliards est exactement celui que demandait Louis Gallois sur les cotisations patronales. Ce crédit d’impôt sera voté début 2013 dans une loi de finances, il figurera dans les comptes des entreprises dès 2013, et les PME pourront même bénéficier d’un préfinancement en trésorerie. La mesure est donc immédiate. Je voudrais au passage rappeler qu’une entreprise qui ne paierait pas d’impôt pourra aussi bénéficier de cet avantage équivalent à une baisse d’environ 6 % du coût du travail, pour la masse salariale comprise entre 1 et 2,5 fois le SMIC. Ensuite, il n’est d’effort que dans la persévérance et la consistance. Dans le plan du gouvernement, il y a 35 mesures qui vont souvent plus loin que le rapport Gallois et qui touche à toutes les activités de l’économie manufacturière : le financement, l’innovation, la formation, le soutien à l’exportation, la marque France… Surtout, ce plan répond à une demande forte de Louis Gallois et des entreprises : la stabilisation de l’environnement fiscal et réglementaire sur cinq dispositifs majeurs : le CIR -si populaire auprès des chefs d’entreprise-, le statut des Jeunes entreprises innovantes, le dispositif Dutreil sur la transmission, l’incitation à l’investissement dans les PME à travers l’ISF PME et la contribution économique territoriale (feu la taxe professionnelle). Le gouvernement signifie par ces dispositions que la première richesse du pays, est dans les entreprises qui créent des richesses. Elles sont un peu la prunelle de nos yeux.

Considérez-vous que ce pacte vaut plan de reconquête industrielle ?
C’est l’acte 1 pour moderniser notre appareil, le financer, renforcer l’innovation qui fourmille dans notre pays mais je ne parlerais pas de reconquête. C’est un plan de reconstruction car nos prédécesseurs nous ont légué un champ de ruines. Tout a été laissé à l’abandon. On a préféré soutenir les heures supplémentaires plutôt que le chômage partiel. C’était un choix borgne et même aveugle. Il y a eu d’autres décisions très graves comme celles prise sur le secteur de la téléphonie. On a déstabilisé les opérateurs en place et placé Alcatel dans une situation de grande difficulté pour mettre en selle Huaweï et ZTE dans les systèmes de télécommunications européens.

Vous pensez que l’arrivée de Free comme quatrième opérateur est responsable des difficultés d’Alcatel ?
La course au low-cost avec l’arrivée de Free a eu des conséquences sur les opérateurs, sur la sous-traitance, sur les fournisseurs. Et la situation d’Alcatel s’est aggravée : -40 % en un an en France. On ne peut le nier. Dans la téléphonie, nos prédécesseurs nous ont laissé un capharnaüm. Nous commençons à y remettre de l’ordre.

Xavier Niel dit qu’il a surtout contribué à élargir le marché ?
Casser les prix peut sembler de bonne guerre, mais cela a eu pour conséquence deux plans sociaux annoncés, chez SFR et Bouygues, des destructions d’emplois dans la sous-traitance, la précarisation des travailleurs chez Free, les délocalisations accélérées dans les centres d’appels, l’aggravation des difficultés d’Alcatel. Xavier Niel n’est pas responsable des choix de François Fillon en faveur de la 4e licence mais la situation objective nous oblige à prendre des mesures pour rééquilibrer la situation.

Vous ne cessez d’affirmer que vos prédécesseurs n’ont rien fait pour l’industrie mais vous ne leur reconnaissez même pas une initiative comme les Investissements d’Avenir ?
Ce sont des petites graines et qui sont arrivées bien tard. Il n’y a pas eu de ministre de l’industrie de plein exercice depuis 20 ans. Je parle de reconstruction car je veux que l’on comprenne que cela va prendre du temps, de la sueur, de l’énergie. C’est un combat difficile mais nous avons des atouts formidables. C’est l’effort de toute une société, les producteurs comme les consommateurs qui peuvent aussi avoir un impact en choisissant de consommer français. Pourquoi croyez-vous que je me suis habillé en marinière ? Parce qu’Armorlux, c’est pour moi le symbole d’une société qui se bat dans les difficultés de notre industrie textile. Le consommateur peut utiliser son pouvoir pour soutenir ce type de marques.

Le consommateur regarde surtout le prix…
Oui, mais les Français sont sur certains produits prêts à payer plus cher. Il faut pour cela qu’ils puissent identifier les productions françaises et c’est pourquoi j’ai demandé aux grandes enseignes de distribution d’y aider. Et puis les Allemands arrivent bien à vendre des voitures aussi chères, voire plus que les Françaises. La compétitivité, c’est de pouvoir vendre chez nous le fruit de notre travail grâce à la qualité du design des produits ou par exemple la modération en carburant de nos moteurs. La montée en gamme, la qualité et l’innovation sont la clé. Nous allons d’ailleurs promouvoir la Marque France, à l’extérieur et sur le territoire dans un plan que nous détaillerons prochainement.

Pour revenir sur les mesures qui concernent les industriels, considérez-vous que le débat sur la conditionnalité du crédit impôt compétitivité est clos, alors que des députés socialistes s’en emparent ?
Déjà je veux dire que s’il n’y a pas de conditions, il y a de vraies et bonnes contreparties. Comme l’entrée des salariés au conseil d’administration qui est une mesure révolutionnaire. Cela va conduire notre modèle libéral et financier à muter, pour sortir des choix de court terme. L’arrivée des salariés va amener les gouvernements d’entreprise à discuter et bâtir une coresponsabilité industrielle.
Le rapport de Louis Gallois préconisait des salariés à voix délibératives dans les conseils des entreprises de plus de 5000 salariés, cela concerne finalement assez peu d’entreprises en France…

Mais justement, le Premier ministre ne s’est pas prononcé sur un seuil, il a laissé ce point ouvert à la discussion parlementaire. L’Allemagne a retenu un seuil de 500 salariés, il faut aussi écouter les partenaires sociaux. Par ailleurs, les comités d’entreprises seront informés de l’usage de ce crédit d’impôt.
L’information des Comités d’entreprises, n’est-ce pas une contrepartie assez légère ?
Nous avons fait le choix très innovant de faire confiance aux partenaires de l’entreprise, pour décider de l’usage de cet effort que consent la nation au redressement productif. Nous traitons les entreprises en adultes : il faut qu’elles respectent cet effort. Et il faut que les salariés fassent confiance à leurs représentants pour s’assurer que ce crédit d’impôt compétitivité n’alimente pas des dividendes mais aillent à l’investissement, à l’embauche. Maintenant pour ce qui concerne le détail des modalités du crédit impôt compétitivité, le gouvernement fixera la ligne de la discussion au parlement et nous sommes en train de recueillir les réactions du terrain. Nous voyons se dessiner une forme de consensus. La CFDT déclare que les choses vont dans le bon sens, le Medef aussi. FO a eu des déclarations positives. La CGT soutient l’initiative de participation des salariés aux conseils d’administration. Un pacte est possible !

Mais pour traiter la question du coût du travail, va-t-on revenir sur le sujet des allégements de cotisations qui n’a pas été traité par le gouvernement ?
La négociation sur la réforme du financement de la protection sociale est dans la main des partenaires sociaux. Il faut leur laisser le temps de voir comment faire évoluer le système. C’est justement parce que nous ne voulions pas attendre la fin de ces discussions que nous avons fait le choix de ce crédit d’impôt dès aujourd’hui pour relancer la compétitivité de nos entreprises.
Sur quoi allez-vous faire porter votre effort maintenant ?
Nous allons travailler sur les filières. Dans chacune d’entre elles l’unité et la coopération doivent l’emporter sur la division et le déchirement. Les nations manufacturières qui ont réussi sont celles qui ont su s’unir dans un esprit patriotique autour de leurs outils de travail. En contrepartie des marges de manœuvre retrouvées grâce au crédit d’impôt, je demanderai à certaines d’entre elles de relocaliser un certain nombre d’activités. Celles qui se portent bien, elles peuvent le faire. Celles qui sont trop mal en point le feront plus tard.

En France, il n’y a guère que la filière aéronautique qui fonctionne, non ?
Non, ne soyons pas pingres, il y a des choses qui fonctionnent ailleurs. Mais c’est la filière la plus ancienne, elle a cent ans et elle dispose d’un leadership incontesté contrairement à d’autres qui se le disputent et se renvoient la responsabilité. Nous passerons des accords avec les filières, certaines se mettent en mouvement, le degré d’intégration reste à travailler. Nous allons en faire naître d’autres, nous avons intégré la filière numérique au Conseil National de l’Industrie. Nous allons renforcer les solidarités financières au sein de chaque filière. Il existe des fonds dans l’aéro, dans l’auto avec le FMEA, nous allons en créer dans la robotique, dans le ferroviaire. Grâce à ces fonds, les acteurs mettent de l’argent, les pouvoirs publics aussi et l’ensemble permet d’avoir des outils d’action pour capitaliser sur les petites entreprises du secteur et financer leurs projets innovants. Nous pouvons aussi demander aux grandes entreprises de stabiliser les débouchés des plus petites. Nous allons aussi les faire travailler sur des projets transverses : les biocarburants, le moteur 2 litres… C’est un travail au cas par cas, de dentellière. C’est une broderie. Et cela correspond bien à ce qu’il faut faire pour retisser un tissu industriel très abîmé.

En général, les filières ne se réunissent pas assez souvent ?
Oui, c’est pourquoi je vais renforcer la fréquence des réunions. J’ai dit ainsi à la filière automobile que je les réunirai tous les trois mois. Je leur ai dit : "je ne me substitue pas à votre travail de musculation de la sous-traitance automobile mais en contrepartie de cette confiance, je vous demande de me dire plus souvent où vous en êtes."

Propos recueillis par Anne-Sophie Bellaiche et Thibaut De Jaegher

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