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L'Usine Agro

[Salon de l'Agriculture] L'après-pesticides, c'est maintenant !

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Agriculteurs, chercheurs, industriels et pouvoirs publics se disent prêts à passer à la vitesse supérieure.

[Salon de l'Agriculture] L'après-pesticides, c'est maintenant !
Capteurs et pulvérisateurs de précision s’installent dans les cultures pour une distribution ciblée des produits phytosanitaires.

La France, troisième consommateur mondial de produits phytosanitaires, est confrontée à la remise en question de cette utilisation des pesticides. » Cet état des lieux dressé par l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) date de… 2005. Trois ans plus tard, dans la foulée du Grenelle de l’environnement, le gouvernement Fillon lance Écophyto, un plan ambitieux destiné à faire chuter de moitié l’utilisation de pesticides en dix ans. Un échec ! Leur consommation augmente de 5 % entre 2009 et 2013… Le plan Écophyto 2, défini en 2015, repousse cet objectif de baisse à l’horizon 2025. Le gouvernement d’Édouard Philippe s’apprête à le repenser. « Le premier plan s’est cantonné à l’évolution des pratiques des agriculteurs, alors qu’il aurait dû porter sur l’ensemble de la filière, totalement dépendante de la “solution pesticides”», estime-t-on chez Greenpeace. L’agriculteur et député (PS) de Meurthe-et-Moselle, Dominique Potier, dénonce, quant à lui, les « lobbies d’une partie de la profession agricole, de l’industrie agroalimentaire et de l’agrochimie ».

La polémique sur le glyphosate, un désherbant total et peu onéreux utilisé par deux agriculteurs français sur trois, a mis l’accent sur la trop forte dépendance de l’agriculture française aux pesticides. Et les États généraux de l’alimentation, conclus en décembre, ont souligné les attentes des consommateurs pour une nourriture plus saine. L’industrie agroalimentaire, qui multiplie les gammes bio, a compris le message. La grande distribution aussi, qui promet des gammes de fruits et légumes sans résidus de pesticides en s’engageant auprès de producteurs locaux. Les solutions technologiques semblent à portée de main. Le 14 novembre, la FNSEA, le premier syndicat agricole, demandait à une trentaine d’organisations de s’engager, d’ici à la fin mars, sur un « contrat de solutions pour l’avenir », pour réduire l’utilisation et les risques des produits phytosanitaires en France et accélérer les alternatives. Autour de la table, des acteurs du monde agricole et de la recherche, mais aussi toutes les fédérations industrielles concernées.

Les insectes en renfort

Comment assurer de bons rendements tout en luttant contre les maladies, insectes et mauvaises herbes qui s’attaquent aux cultures ? « Nous savons que le zéro produit phytosanitaire n’existera pas dans notre pays en l’état », estime la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert. Néanmoins, les réunions se succèdent pour répertorier les freins à lever, les leviers à actionner et les programmes de R & D en cours. « Sept axes d’innovation ont été identifiés, précise Éric Thirouin, le secrétaire général adjoint et responsable Environnement de la FNSEA. La recherche variétale et génétique sur les semences, le travail sur les solutions phytosanitaires et de biocontrôle, le matériel – pulvérisation de précision, robots désherbeurs –, la recherche fondamentale et appliquée, celle sur les pratiques agricoles et agronomiques, le numérique et enfin le combinatoire au travers de tout cela. » Cette transition prendra du temps. Pour le glyphosate, les acteurs du secteur estiment qu’ils ne seront pas prêts avant cinq à sept ans. L’industrie française n’en est pas moins en ordre de marche.

Des recherches sont menées depuis plusieurs années du côté du biocontrôle, des substances naturelles [lire page 35] développées par des PME françaises, mais aussi par des géants des pesticides comme Bayer, qui ont croqué des entreprises dans l’espoir de développer des solutions combinées. La moitié des adhérents de l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP) joue sur les deux tableaux. Avec l’idée que l’un n’ira pas sans l’autre… Le biocontrôle, qui nécessite une approche plus technique, devrait néanmoins être privilégié. Des nouveaux venus s’y intéressent, comme le levurier Lesaffre, le semencier Limagrain et le groupement de coopératives InVivo, qui a racheté à Syngenta Bioline, un spécialiste des trichogrammes – ces micro-insectes qui luttent contre d’autres ravageurs – et des macro-organismes, qui permettent de garantir la productivité des cultures sous serre. À Plougastel (Finistère), Savéol a développé son propre élevage d’insectes, pour garantir, depuis plus de trente ans, des tomates et des fraises sans pesticides.

Vers des solutions combinées

Les adhérents de l’UIPP estiment qu’il faudra toujours des molécules chimiques pour répondre aux recrudescences de maladies liées au changement climatique, aux résistances… Mais ils planchent pour diminuer les doses et les rendre moins nocives pour l’environnement et les hommes [lire page 42]. Le formulateur Phyteurop, racheté par InVivo, a mis au point, il y a un an, le premier adjuvant non chimique, issu de colza et de blé, couplé à une formulation moins chargée en glyphosate, via sa technologie Greenline. « Pourquoi pas imaginer des solutions de biocontrôle combinées à une demi-dose de pesticide et un formulant vert ? » se demande Philippe Hamelin, le directeur général de Phyteurop. Leader mondial en termes d’exportations, la filière semencière française se mobilise pour faire évoluer les caractéristiques des végétaux qu’elle sélectionne et pour limiter les pesticides et les intrants pour la fertilisation. Colza tolérant au phoma ou à la hernie du chou, tournesol immunisé contre le mildiou… Chez Limagrain, le numéro quatre mondial des semences, près de 30 % des axes de recherche dans l’activité semences potagères « sont concentrés sur la résistance aux maladies », raconte Franck Berger, le directeur de cette activité. Également président de l’Union française des semenciers, Franck Berger estime « que la génétique a beaucoup à dire, mais nécessite un pas de temps relativement long : entre huit et quinze ans pour développer une variété, par des croisements successifs et avec de nombreux essais aux champs ». Limagrain mène des recherches en propre ou à travers différents consortiums pour affronter cette complexité, et travaille avec des acteurs du biocontrôle, par exemple sur des enrobages de semences intégrant des solutions de stimulation de la plante.

Des robots dans les champs

Dans les champs, les machines aussi se font plus intelligentes. Guidées par GPS, dotées de pulvérisateurs plus précis, capables de réduire les doses [lire page 40]… Une opportunité de redynamiser le marché de l’agroéquipement – 5milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2016 en France – qui sort de trois ans de crise. L’association RobAgri a vu le jour pour développer de nouveaux robots, dans la lignée du désherbeur Oz, de la start-up toulousaine Naïo, afin de mieux cibler l’épandage et de désherber mécaniquement dans des zones complexes. En s’appuyant sur des capteurs, des logiciels et l’expertise de l’équipementier Bosch, Bayer espère lui aussi révolutionner le désherbage et propose déjà des solutions à la SNCF. Si les drones ont fait leur apparition dans les champs, pour numériser des parcelles ou épandre des pesticides, « il y a encore beaucoup d’effets d’annonce, relativise Mathieu Dublanchy, du cabinet Alcimed. La question de la plus-value par rapport à la pratique actuelle, notamment pour de petites parcelles, se pose ».

Il reste aussi du travail à réaliser sur les outils d’aide à la décision, dont ne sont équipés que 20 % des agriculteurs. Première coopérative céréalière des Hauts-de-France avec ses 6 000 adhérents, Unéal a fait de l’agriculture raisonnée et connectée un axe stratégique depuis 2015, notamment grâce à son réseau de stations météo développé avec la ­start-up Sencrop. La coopérative bretonne Triskalia mise, elle, sur « une production de légumes toujours plus raisonnée », en s’appuyant en interne sur Capinov, un laboratoire d’analyse spécialisé dans la détection de résidus de pesticides. Emmanuel Macron a promis un plan d’investissement de 5 milliards d’euros qui sera présenté lors du Salon de l’agriculture, à Paris, du 24 février au 4 mars. « Nous voulons diversifier et trouver les outils les plus transformants, au-delà de la subvention, avec les meilleurs effets de levier possibles pour soutenir le numérique, l’innovation et sa diffusion en infléchissant les politiques d’investissement dans les exploitations agricoles », assure le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Stéphane Travert [lire l’entretien page 36]. Le temps presse et il n’y a plus le droit à l’erreur…

Quatre start-up en campagne

Jade, le biocontrôle pour le désherbage

  • Chiffre d’affaires en 2017 149 millions d’euros, réalisé par le groupe Belchim en France
  • 59 salariés en France

Filiale depuis 2016 de l’agrochimiste belge Belchim Crop Protection, la PME bordelaise Jade a développé un produit de biocontrôle à base d’acide nonanoïque d’origine végétale pour protéger vignes, bananiers et pommes de terre.

Arland, la pulvérisation de précision

  • Chiffre d’affaires en 2017 4,6 millions d’euros
  • 25 salariés à Ménéac (Morbihan)

Crée par un agriculteur breton, le fabricant de pulvérisateurs Arland, devenu une filiale de Buisard, affiche une croissance annuelle de 20 %. Il propose des solutions pour un ciblage précis et une réduction des doses de produits épandus : cartographie et GPS intégrés, changement automatique de buses, station météo embarquée…

Gaïago, l’expert en fertilité

  • Chiffre d’affaires en 2017 2 millions d’euros
  • 8 salariés à Saint-Rémy-du-Plain (Ille-et-Vilaine)

Fondée en 2011, la PME bretonne vient de voir son second produit homologué. Destiné à améliorer la biodisponibilité des minéraux du sol, et même à augmenter leur productivité de 20 %, il a été développé à partir d’une bactérie.

Inovinéa, le paillage artificiel

  • Chiffre d’affaires Non significatif
  • 4 associés à Pézenas (Hérault)

Fondé en 2016, Inovinéa teste un paillage artificiel. Fabriquée en polypropylène recyclé, la tuile Symbio vise à remplacer les désherbants et les paillis non pérennes dans les vignes tout en limitant l’évaporation de l’eau. En contact avec trois industriels, la start-up prévoit de la commercialiser au second semestre et de l’adapter à l’arboriculture et au maraîchage.

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