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L'Usine de l'Energie

L'après-Fukushima du nucléaire français

Ludovic Dupin

Publié le

Enquête Presqu'un an après la catastrophe, l'industrie hexagonale fait face à nombre d'incertitudes sur la stabilité de ses marchés. La confiance du public, elle, est ébranlée. La filière se cherche un avenir.

L'après-Fukushima du nucléaire français © Paysage du temps - Flickr - C.C.

Partout dans le monde, il y a eu un avant et un après Fukushima. En France, le pays le plus nucléarisé de la planète, la catastrophe a fait voler en éclats le sacro-saint consensus sur l'atome civil. Trop longtemps placé dans les seules mains de dirigeants issus du corps des Mines, avec l'aval de la CGT, l'avenir de la filière est désormais débattu sur la place publique. Des dizaines d'études alimentent sans tabou le débat national.

L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et l'Union française de l'électricité (UFE), pour ne citer qu'eux, jouent à fond le jeu de la transparence. Le 31 janvier, paraîtra le rapport très attendu de la Cour des comptes sur les coûts du nucléaire qui devrait peser lourd dans la campagne présidentielle. Ces études et ces rapports renvoient aux défis que l'industrie nucléaire hexagonale devra relever pour se réconcilier avec les Français.

Sûreté renforcée

Luc Oursel, le président du directoire d'Areva, explique qu'avant Fukushima, la notion de sûreté était surtout prise en compte lors de la construction et pendant l'exploitation d'un réacteur. "Fukushima nous a tous forcé à regarder comment une centrale se comporte en cas de crise", assure-t-il. C'est d'autant plus urgent que Jacques Repussard, le directeur général de l'IRSN, estime que "le gouvernement et EDF ont sous-estimé le risque d'un accident". Un haut dirigeant français du secteur de l'énergie assure même que "c'est un miracle qu'il n'y ait pas eu de pépins sur un réacteur français !".

Les préconisations de l'ASN sur les travaux de sûreté à réaliser dans les 58 réacteurs français traduisent ce changement de mentalités. Il s'agit, notamment, de créer dans chaque réacteur un noyau dur qui "bunkerise" des moyens de survie en cas d'accident.

EDF annonce un coût maximal de 10 milliards d'euros pour ces travaux. Areva les chiffre à 200 millions pour ces installations. Reste à savoir si ce sera suffisant. Les évaluations de sûreté française sont aujourd'hui dans les mains de la Commission européenne, qui doit rendre un avis en juin. Selon des rumeurs de la presse allemande, la Commission pourrait demander la fermeture de trois à cinq réacteurs français à en croire le commissaire à l'énergie, Günther Oettinger. L'intéressé dément...

EDF devra aussi dépenser quelques centaines de millions d'euros pour sécuriser l'accès à ses 19 centrales. L'intrusion de militants de Greenpeace sur les sites du Cruas (Ardèche) et de Nogent-sur-Seine (Aube) a fait mouche puisque le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, a annoncé au début du mois la multiplication du nombre de caméras, le renforcement des clôtures ou la fourniture de pistolet à impulsion électrique aux forces de sécurité...

La fin du chèque en blanc

Les industriels vont devoir justifier la place du nucléaire dans le mix énergétique du pays. Aujourd'hui, 30 % moins cher que le kWh allemand, le kWh français verra à l'avenir son coût grimper. Philippe de Ladoucette, le président de la Commission de régulation de l'énergie (CRE), vient d'annoncer une augmentation de 30 % d'ici à 2016. Jean-Marie Chevalier, professeur à l'université Paris-Dauphine et directeur du Centre de géopolitique de l'énergie, prédit, quant à lui, "un réajustement très violent et des lendemains douloureux".

Le rapport à paraître de la Cour des comptes va relancer le débat sur le coût du démantèlement des installations et du stockage des déchets nucléaires. Comment justifier qu'EDF a provisionné "seulement" 22 milliards d'euros pour ses 58 réacteurs, alors que la Grande-Bretagne a prévu 60 milliards pour ses 11 réacteurs ?

Les travaux imposés par l'ASN sur le parc français devraient contribuer au renchérissement du prix du MWh nucléaire. Jean-Marc Miraucourt, le directeur de l'ingénierie du parc nucléaire chez EDF, minimise : "Les études que nous commençons à mener sur le coût de ces centrales montrent que l'équilibre économique n'est pas du tout bouleversé."

Enfin, en cas d'alternance politique, une diminution de la part du nucléaire à 50 % à l'horizon 2030 aurait nécessairement un coût. Selon l'UFE, un tel programme se chiffrerait à 382 milliards d'euros... Mais le statu quo reviendrait, lui, à 322 milliards !

Objectif Chine

L'après-Fukushima a paradoxalement prouvé l'importance du marché nucléaire mondial. Malgré la catastrophe, beaucoup d'appels d'offres sont en cours ou à venir : en Grande-Bretagne, en Finlande, en République tchèque, en Jordanie, en Afrique du Sud, en Pologne, au Canada, en Arabie saoudite... "Si la France arrête le nucléaire, nous ne resterons pas de grands acteurs à l'international", lance Bertrand Barré, conseiller scientifique d'Areva.

Les États-Unis étaient en position de quasi-monopole sur le marché nucléaire à l'ouest du rideau de fer dans les années 1970. Mais leur industrie a quasiment disparu après l'accident de Three Mile Island en mars 1979 et la décision du président Jimmy Carter de mettre fin à plusieurs programmes. Plus récemment, Siemens, ancien pair du nucléaire français, en pleine négociation avec le russe Rosatom, a stoppé ses projets alors que l'Allemagne annonçait sa sortie de l'atome.

L'une des clés de l'avenir de la filière tricolore est en Chine où une cinquantaine de réacteurs sont à construire. Quelques jours avant Fukushima, le gouvernement avait annoncé un accord franco-chinois pour développer un réacteur de 1 000 MW, sous la direction de l'administrateur général du CEA Bernard Bigot. Les français Areva et EDF espèrent que ce travail s'appuyera sur la base du réacteur Atmea développé par Areva et le japonais MHI.

"Il leur faut maintenant définir une vision technique commune, ce qui sera fait dans six mois au plus", précise Bernard Bigot. Si les différences entre Français et Chinois sont minimes, un basic design pourrait voir le jour dans un an et demi ou deux... Un tel timing serait une belle opportunité pour s'ouvrir en grand le premier marché au monde. D'ici là, Areva espère y vendre deux EPR au cours du deuxième trimestre 2012.

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