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L'apprentissage fait peau neuve

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Pour séduire jeunes et employeurs, l’apprentissage se réforme afin de coller aux besoins de l’économie et de dépoussiérer son image.

L'apprentissage fait peau neuve
En collaboration avec les entreprises du secteur, le Campus des métiers de l’aéronautique des Pays de la Loire propose une offre de formation complète en apprentissage.

Les entreprises citées

Ce n’est pas une réforme, mais un complet bouleversement, dont personne n’a encore pris la mesure », juge Patrick Maigret, le président de la Fnadir, la fédération des directeurs des centres de formation d’apprentis (CFA). Le gouvernement a dévoilé, le 9 février, les grandes lignes de sa réforme de l’apprentissage. Elle s’inscrira, avec celle de la formation professionnelle et de l’assurance chômage, dans une vaste loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel », présentée fin avril en conseil des ministres. Le gouvernement veut relancer l’apprentissage. Le nombre d’entrées stagne autour de 300 000 par an depuis de nombreuses années. Seuls 7 % des 16-25 ans sont en apprentissage, contre 15 % dans les pays où le chômage des jeunes est faible, aime rappeler le Premier ministre. Et encore, ce maintien est dû à son succès dans l’enseignement supérieur, alors qu’il baisse dans les niveaux CAP à bac. L’objectif du gouvernement est de lever les freins au recrutement d’apprentis par les employeurs et de revaloriser cette filière aux yeux des jeunes et de leur famille.

Au cœur du bouleversement annoncé, le transfert aux branches professionnelles d’un pilotage de l’apprentissage qui incombait jusqu’ici aux régions. Pour l’entourage de la ministre du Travail, « on passe d’un système administré par les pouvoirs publics à un système régulé par le monde professionnel ». Une « rupture très forte », reconnaît-on, « puisqu’on demande aux entreprises de prendre en charge une partie de la promesse républicaine, d’aider les jeunes à s’insérer sur le marché du travail ». Les entreprises sont remises au cœur du dispositif par le biais de leurs branches professionnelles. Les partenaires sociaux coécriront avec l’Éducation nationale les référentiels de compétences, qui définissent le contenu de la formation. Une garantie qu’à l’avenir celui-ci collera aux besoins du terrain et pourra être actualisé rapidement. Dans la région de Cholet (Maine-et-Loire), où les entreprises du textile peinent à recruter, les employeurs protestent souvent contre le peu d’heures dédiées à la couture dans les bacs professionnels de la mode. À l’inverse, à Cherbourg, dans la Manche, Naval Group a depuis longtemps un regard sur la formation des soudeurs, dont une classe entière, soit douze apprentis, se forme chez lui.

Pilotage par les branches

Encore plus révolutionnaire, la réforme prévoit de retirer aux régions, qui distribuaient une grande partie de la taxe d’apprentissage, le financement des CFA. Celui-ci se fera au contrat, et tout accord trouvé entre un jeune et une entreprise sera financé, promet le gouvernement. Les CFA sont ainsi encouragés à trouver des jeunes et des entreprises et à les mettre en relation. Et pourront aussi ouvrir des classes sans demander d’autorisation. Le coût de chaque formation sera défini par les branches en fonction des métiers et des niveaux de formation. Un « coût au contrat » qui fait bondir les régions. « Le coût unitaire n’est pas le même dans un petit CFA rural qui accueille cinq apprentis que dans un CFA qui en prend vingt-cinq », proteste David Margueritte, le président de la commission emploi, formation professionnelle et apprentissage de l’association Régions de France. Selon ses calculs, en Normandie, sur les 66 CFA, 45 seront déficitaires après la réforme. Le gouvernement a prévu une enveloppe de 250 millions d’euros par an pour que les régions puissent aider les CFA à se maintenir sur le territoire. Ces dernières réclament 150 millions d’euros supplémentaires. Patrick Maigret s’interroge sur le financement des équipements techniques : « Les régions vont-elles continuer à investir dans les CFA ? » Une question qui tombe à brûle-pourpoint à l’heure où la région Bourgogne-Franche-Comté a gelé l’investissement de 850 000 euros prévu dans celui qu’il dirige, le CFA Hilaire de Chardonnet qui forme aux métiers de l’alimentation, du commerce, de la prothèse dentaire, de la réparation automobile. Selon lui, plusieurs questions restent en suspens : « Qui aura la responsabilité de définir le contenu des formations tertiaires, en gestion, secrétariat, ressources humaines, qui ne relèvent d’aucune branche ? Quid des branches incapables d’apporter des éléments de prospective sur les besoins des entreprises et l’évolution des métiers ? » Des questions sans réponse pour le moment.

Allégement des contraintes

Pour faciliter la vie des entreprises, plusieurs règles seront simplifiées. Parmi les changements les plus appréciés des employeurs, la possibilité de recruter un apprenti à tout moment de l’année scolaire, pour une durée de contrat qui pourra être modulée. Les obligations liées aux ruptures de contrat seront allégées et certaines réglementations portant sur les apprentis mineurs, supprimées (travail de nuit en boulangerie, semaine de 40 heures dans le BTP…). Chez Naval Group, Valérie Belet, responsable du recrutement, reconnaît « une complexité du système, qui peut freiner les petites entreprises, mais pas une grande comme Naval Group ». L’an passé, l’entreprise a accueilli 400 alternants, du BEP jusqu’au bac + 5. Sur les 1 000 salariés qu’elle recrute en CDI cette année, beaucoup viendront de ce vivier.

L’apprentissage devient moderne

Autre simplification : les quatre aides financières à l’embauche de l’État seront fusionnées en une seule et réservées aux entreprises de moins de 250 salariés. Pas sûr que l’ensemble de ces mesures calme toutes les réticences. Frédéric Coirier, le président du directoire de l’ETI Poujoulat, regrette qu’« en France, un apprenti coûte deux fois plus cher qu’en Suisse, alors qu’il n’est présent que 60 % du temps. En plus, il faut payer la taxe d’apprentissage ! Je crois à l’apprentissage, nécessaire pour préparer l’avenir, mais ce n’est pas compétitif. » Reste à renforcer l’envie des jeunes de choisir cette voie. La revalorisation du statut de l’apprenti par la réforme est minimaliste : aucun changement sur les rémunérations, si ce n’est une augmentation de 30 euros net par mois pour les 16-20 ans ; aide de 500 euros au permis de conduire. Plus intéressant, en cas de rupture de contrat avec une entreprise, un apprenti pourra terminer son année de formation uniquement dans le CFA. Mais l’ensemble reste maigre.

Sans attendre les réformes gouvernementales, l’apprentissage s’est lancé dans un travail de dépoussiérage. À Nantes, c’est un centre de recherche, l’IRT Jules Verne, qui en fait la promotion. Il organise le 25 avril une grande journée de recrutement d’alternants pour les métiers de la production industrielle. L’an passé, 1 100 entretiens ont été organisés. L’IRT se voit comme « un catalyseur, qui aide à répondre aux besoins en compétences des industries, explique Bruno Salmon-Legagneur, le directeur de la formation de l’IRT. Les CFA ne remplissent pas leurs classes faute de jeunes, d’entreprises, et de mises en relation entre les deux ». L’IRT Jules Verne est par ailleurs derrière le projet d’une manufacturing academy, une usine-école financée par les investissements d’avenir, qui proposera des équipements industriels « atypiques » pour des formations par l’alternance. Son ouverture est prévue en 2020.

Révolution pédagogique

En région parisienne, ce sont les métiers techniques du bâtiment (électricité, couverture, plomberie, chauffage) qui font leur révolution. L’EcoCampus qui ouvrira ses portes en septembre 2020 à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) sera consacré aux métiers de la transition énergétique en ne formant que des alternants. « La vague des rénovations énergétiques a changé les attentes du client, explique Mériadec Aulanier, le représentant d’un des syndicats professionnels porteurs du projet. Il veut économiser, à nous de voir comment. Nous devons donc inventer, à plusieurs, des formations transversales, et non plus en silo. » La révolution sera donc pédagogique. L’EcoCampus proposera une licence professionnelle de plomberie. « Nos métiers s’inscrivent désormais dans une connaissance théorique plus approfondie », explique Mériadec Aulanier. Une ouverture qui renforcera l’attractivité des formations niveau bac ou BTS. L’autre évolution sera numérique. « L’utilisation de la data commence à faire partie du quotidien de nos entreprises. Or les jeunes sont très à l’aise avec les tablettes et smartphones. » Le nouveau bâtiment, doté des dernières technologies, servira de terrain d’exercice aux étudiants, qui pourront piloter les installations depuis leur smartphone. Il devrait accueillir, à terme, 1 100 apprentis.

L’apprentissage peut même, désormais, se faire à distance. La région Ile-de-France a signé un accord avec la plate-forme de cours en ligne OpenClassrooms pour proposer des formations aux métiers du numérique par le biais de l’apprentissage. Autre levier d’attractivité : le nombre d’apprentis bénéficiant du programme Erasmus pour effectuer un semestre de formation en Europe devrait doubler pour passer à 15 000 par an. Les organisations patronales se montrent satisfaites des changements à venir. Le Medef a l’intention de demander à ses adhérents de s’engager de façon plus volontaire dans l’apprentissage. « Une responsabilité des entreprises », maintenant que les freins sont levés, estime Pierre Gattaz, le président du Medef. À suivre à la prochaine rentrée. 

« Nous allons traverser une zone à risque »

Patrick Maigret, président de la Fnadir, la fédération des directeurs de CFA

  • Êtes-vous inquiet de la future réforme de l’apprentissage ?

Notre fédération salue l’introduction de souplesses nouvelles, comme la possibilité de signer des contrats toute l’année. Certains jeunes arrivent chez nous après des parcours chaotiques, ils ont déjà des compétences et pourront suivre un parcours plus court, validé par le CFA et l’entreprise. La prépa apprentissage pour les décrocheurs qui souhaitent intégrer ce dispositif, et qui doit se dérouler en CFA, nous intéresse également. L’implication plus forte des branches professionnelles dans la définition des diplômes est positive. En revanche, plusieurs points posent problème.

  • Quels sont ces points d’achoppement ?

Quel sera le statut juridique des CFA, qui reposait sur les conventions signées avec les régions ? Nous craignons également que l’ouverture d’une unité de formation par apprentissage (UFA) dans tous les lycées professionnels n’exacerbe la concurrence entre lycées et CFA. Enfin, nous nous demandons quels périmètres prendront en compte les branches pour définir le coût au contrat : le coût de l’heure de formation uniquement, ou l’ensemble des missions d’accompagnement des CFA, le coût de l’immobilier, les investissements ? On assiste à une inversion de tendance. On avait une gestion publique de l’apprentissage, avec les régions comme régulateurs ; nous allons sur une libéralisation du système, qui va entraîner des perturbations, notamment de son financement. Il est normal qu’il y ait de l’inquiétude, cette période de changement va mettre en difficultés certains CFA, notamment les plus petits.

  • Avez-vous encore un moyen d’influer sur les décisions du gouvernement ?

Beaucoup de points restent peu clairs et doivent être finalisés, et nous participons à toutes les concertations. Notre crainte, c’est que les entreprises, qui ont besoin de lisibilité, ne se mettent en position de retrait durant l’année de transition qui s’annonce, tout comme les parents. Le nombre d’apprentis risque de chuter, alors que le financement des CFA dépendra du nombre de contrats. Nous allons traverser une zone à risque. 

 

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