L'Usine Agro

L’Anses déclare la guerre à la charcuterie et aux jus de fruits

Gaëlle Fleitour , ,

Publié le

L’agence de sécurité sanitaire a publié une expertise, pour offrir de nouveaux repères de consommation alimentaire aux Français. S’inquiétant de la présence dans nos assiettes de certains contaminants chimiques, et appelant à lever le pied sur certaines catégories d’aliments. Non sans réaction de la part de l'industrie.

L’Anses déclare la guerre à la charcuterie et aux jus de fruits © D.R.

Mardi 24 janvier, l’Agence Nationale de Sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) présentait un rapport volumineux, fruit de quatre ans de travail : les nouveaux repères de consommation alimentaire. Il était temps, car les changements d’habitudes et les nouvelles études scientifiques et épidémiologiques n’ont pas manqué depuis la dernière mise à jour en 2002, dont étaient notamment issus les fameux "cinq fruits et légumes par jour".

Les experts de l’agence se sont donné une mission délicate : proposer un régime alimentaire capable de couvrir les besoins nutritionnels de 97,5% de la population adulte (en prenant en compte les vitamines, mais aussi protéines, lipides, glucides apportés par chaque produit), de prévenir des maladies chroniques dotées d’un lien avec l’alimentation (obésité, cancers colorectal et du sein, déclin cognitif, maladies cardiovasculaires), mais aussi de limiter l'exposition aux contaminants (89 substances chimiques recensées), tout en tenant compte des habitudes alimentaires de nos compatriotes !

Arsenic, plomb, acrylamide… dans nos assiettes

Le résultat ? L’agence s’inquiète toujours de la présence, dans nos assiettes, de contaminants "préoccupants" : l'arsenic inorganique (qu’on trouve dans les poissons et le lait), le plomb, l'acrylamide (dans les frites et les biscuits), ainsi que le nickel pour les femmes. Elle préconise de manger davantage de légumineuses et de céréales complètes. Et insiste sur la "nécessité de réduire considérablement" la consommation de charcuteries (à 25 g par jour maximum, contre 31 grammes à l’heure actuelle en France… Voire 52 grammes chez nos voisins allemands et espagnols). Idem pour les boissons sucrées, au sein desquelles elle inclut désormais également les jus de fruits.

Un modèle basé sur des algorithmes

Rien de subjectif dans cette analyse, assure Irène Margaritis, chef de l'unité évaluation des risques liés à la nutrition à l'Anses, dont l’équipe s’est appuyée sur un outil mathématique créé pour l’occasion. Les résultats avaient été présentés la veille aux parties prenantes : associations de consommateurs, filières industrielles… Interrogée par L’Usine Nouvelle, l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA) "prend note que le travail de l’Anses s’inscrit dans une vision nutritionnelle de l’alimentation, et servira de base pour la mise à jour des repères de consommation à destination du grand public dans le cadre du prochain Programme National Nutrition Santé" (PNNS).

L’industrie charcutière remontée

Mais mise en cause une fois de plus, l’industrie charcutière ne cache pas son mécontentement. "Les charcutiers français découvrent ce nouvel avis, sans avoir été préalablement entendus, contrairement aux autres professions, alors qu’ils avaient été l’une des seules à s’engager avec succès dans une charte PNNS signée avec le Ministère de la Santé", dénonce leur fédération, la FICT. "Les données utilisées pour ce rapport datent d’il y a dix ans", or "la composition des charcuteries a nettement évolué ces dernières années (réduction du sel, du gras, limitation ou disparition de plusieurs additifs)", assure la filière qui s’étonne également du seuil de 25 grammes retenu, deux fois plus faible que celui préconisé par le CIRC / OMS en 2015.

Du côté des sucres ajoutés, du travail reste à accomplir, selon l’Anses. Elle estime "discutable" l’efficacité des chartes mises en place avec les entreprises pour en diminuer la teneur. Dans la foulée des dispositions expérimentées outre-mer, "une approche réglementaire, ciblée sur les principaux vecteurs de sucres ajoutés pourrait également être envisagée en France métropolitaine", préconise l’agence. Qui ne juge par ailleurs pas nécessaire la prise de compléments alimentaires, balayant de fait un marché dont les industriels de la pharmacie et de l’agro-alimentaire sont toujours friands…

 

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