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L'Usine Maroc

"L'année 2015, un bon cru pour l'aéronautique au Maroc" selon le président du Gimas

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Entretien Président du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS), Hamid Benbrahim El-Andaloussi détaille pour L'Usine Nouvelle les enjeux et perspectives de la filière aéronautique au Maroc après une année riche pour le secteur.

L'année 2015, un bon cru pour l'aéronautique au Maroc selon le président du Gimas
Hamid-Benbrahim-El-Andaloussi president de GIMAS aeronautique Maroc
© dr

A l'occasion fin novembre du lancement de la construction de l'usine Stelia, filiale aerostructure d'Airbus group sur la zone franche aéronautique Midparc de Casablanca et doit compter à terme 400 salariés L'Usine Nouvelle a rencontré Hamid Benbrahim El-Andaloussi, incontournable "Monsieur Aéronautique" du Maroc.

Président du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS), de la zone franche Midparc, de l'institut de formation IMA et délégué général de Safran Maroc, il détaille les enjeux de la filière : formation, investissement, exportations. Avec la génèse de projets nouveaux comme un institut de formation au management industriel.

L'Usine Nouvelle : quel bilan peut-on faire de l'aéronautique au Maroc sur l'année 2015 ?

Hamid Benbrahim El-Andaloussi : Cette année reste un bon cru. L'aéronautique marocaine a maintenu ces dernières années une croissance régulière de 15% par an. J'estime que 60 à 70% des acteurs présents au Maroc ont, soit terminé des extensions, soit réfléchissent à le faire pour accompagner la montée de cadences. L'année 2015 a été l'année de la reconnaissance du Maroc comme base compétitive à la porte de l'Europe. Cela avec l'arrivée des entreprises Eaton, Alcoa ou de l'acteur majeur Stelia, filiale d'Airbus et n°1 des aérostructures en Europe [à cela se sont ajoutés Latéocère et Thales depuis cet entretien NDR].

A propos Stelia qui vient de poser la première pierre de son usine sur la zone franche Midparc de Casablanca, vous avez évoqué un projet structurant, en quoi?

Le Maroc veut être un acteur de l'aéronautique, or pour cela il faut être présent dans l'aérostructure. Et ce projet Aerolia n'en est que dans sa première phase. Un terrain d'extension est réservé sur la même superficie que le terrain actuel. La présence sur un même espace géographique d'industriels poids lourd comme Stelia ou aussi Bombardier et de toute une supply chain est capital.

Supposez-vous un élargissement de l'offre ?

Il faut l'approfondir, la diversifier, entrer dans de nouveaux métiers, attirer de nouveaux opérateurs. Je constate par exemple que les entreprises américaines commencent à s’intéresser au Maroc avec Eaton, Alcoa je l'ai dit et d'autres dont le nom sera dévoilé sans doute en janvier. Les Etats-Unis constituent le premier marché aéronautique mondial et ses entreprises croient dans le Maroc comme base pour pénétrer l'Europe. Il nous reste à travailler un aspect important : aller plus loin plus vite et plus haut dans les ressources humaines.

Le facteur humain est-il donc un facteur limitant ?

L'expérience de l'Institut des métiers de l'aéronautique, l'IMA créé par notre profession avec le soutien des pouvoirs publics est salvatrice. Sans l'IMA, il n'y aurait pas eu d'aéronautique au Maroc. Nous conduisons l'extension en cours de cet institut décidée l'an dernier. Son succès est tel que nous sommes en train de passer de 500 à 1 000 stagiaires formés par an voire 1200 dans les modules de base comme la chaudronnerie, le câblage ou les composites. A ces formations de 6 à 8 mois en alternance, nous allons y ajouter d'autres filières. Nous travaillons notamment sur un domaine important : les métiers de l'entretien des avions ou MRO (Maintenance, Repair and Overhaul NDR). 

Autre facteur notable, aujourd'hui nos ressources locales sont pillées par des opérateurs du Moyen Orient qui viennent embaucher les jeunes que nous avons formé et travaillent dans nos usines !

Est-ce un phénomène inquiétant?

C'est préoccupant . Nous devons former pour répondre à l'extension de nos sites et il y a cette attrition. Mais je constate qu'il y a 40 ans, le Maroc "exportait" des mineurs, aujourd'hui nous exportons de l'intelligence : des techniciens spécialisés dans la maintenance ou des ingénieurs de R&D. Globalement, l'évolution de l'aéronautique pour aller plus loin, plus vite et plus haut c'est de gagner en valeur ajoutée et d'être à notre niveau un acteur de la région Europe-Méditerranée pour accompagner et s'appuyer sur des entreprises majeures comme Altran et faire de la R&D. Le Maroc a le potentiel en terme d'ingénieurs.

"L'IMA doit gagner en maturité car les sociétés sont plus exigeantes"

Hamid Benbrahim El-Andaloussi

 

En terme de développement n'est ce pas trop tôt pour développer cet aspect R&D au Maroc?

Non. Ecoutez, Safran a aujourd'hui ici 8 sociétés dont deux opèrent dans l'ingénierie, Safran Ingénierie systèmes et Morpho. C'est de la matière grise avec 350 personnes. Dans nos usines, en dehors des activités de production, nous avons déjà des activités amont. À titre d'exemple, l'industrialisation du câblage du moteur Leap a été fait à Casablanca chez Safran. Le secteur démarre avec de la production mais peu à peu il y a création de valeur et on tire vers le haut. Quand on parle de colocalisation, cela va comprendre non seulement la production mais les méthodes et la qualité parce que vous ne pouvez pas être compétitif dans la durée si vous faites des usines tournevis. Quelqu'un fabriquera toujours moins cher que vous !

Où en est le projet d'extension de l'IMA?

Tout est réglé. Les budgets sont là. Ce sont les procédures administratives qui ont pris du temps. C'est réglé du côté de l'Etat concernant les appels d'offres. Les architectes et les bureaux d'études ont terminé leurs travaux. Le contractant général est choisi. Nous attendons d'un moment à l'autre le premier coup de pioche.

Quels sont les chiffres ?

Nous passerons de 600 formés ab initio par an à 1200. Tous les acteurs majeurs de l'aéronautique ici utilisent l'IMA, cela génère un besoin en volume et en filières nouvelles. Le projet double les salles de cours et s'ajoutera aussi un atelier supplémentaire. Simultanément à l'extension, nous sommes en train de faire une mise à niveau. L'IMA n'est pas un centre de formation comme un autre. C'est une « usine » de qualification qui doit donner une culture aéronautique. L'IMA doit gagner en maturité car les sociétés sont plus exigeantes.

Dans ce sens, nous travaillons désormais sur un autre projet qui a été validé avec l'administration : la création d'un centre de formation en middle management. C'est capital. Aujourd'hui l'un des nœuds gordiens de notre activité c'est que ce niveau intermédiaire entre ingénieurs et techniciens est défaillant au Maroc. Faute de formation, la profession a décidé de créer de façon transversale avec l'automobile, l'aéronautique, l'électronique ou l'ingénierie un institut qui réponde aux besoins commun des « métiers mondiaux du Maroc ».

Un institut de management industriel donc....

La gestion humaine, l'animation des équipes, les plans de performance, ce sont bien les sujets. Cette formation s'adressera à des techniciens avec quelques années de terrain, qui ont montré leurs compétences et ont vocation à évoluer en managers intermédiaires. Nous avons discuté avec les ministres concernés. Nous avons un accord ensemble. Nous travaillons sur le cahier des charges. Cet institut sera à l'image de l'IMA, financé par l'Etat et géré par les industriels. Il verra le jour, je pense, dans 18 mois.

Avec quels partenaires discutez-vous ?

Avec des acteurs lourds. Nous allons mettre dans la boucle l'AMICA (fédération automobile NDR). Nous comptons discuter avec Renault et Alstom ou Altran pour en faire des parties intégrantes du projet. Qu'est-ce que le Maroc doit offrir aujourd'hui ? Des compétences. Il est capital de monter en compétence au fur et à mesure que la chaîne de valeur augmente.

Pourquoi les différents parties prenantes comme la profession, l'Etat,  l'OFPPT et les écoles d'ingénieurs ne travaillent pas plus ensemble ?

Je marque un long silence. Dans ces métiers nouveaux du Maroc, ces métiers de très haute exigence, ces métiers de la mondialisation et de la compétitivité sauvage, seuls les industriels, sont capables d'apporter la réponse en termes de formation. Ce n'est pas pour rien que l'IMA a un grand succès. Cédric Gautier, PDG de Stelia a cité l'IMA parmi les atouts de ce pays. Quand un industriel arrive, la première question qu'il pose est comment je peux accéder aux ressources et comment je peux les former. Aujourd'hui avant même de terminer la construction de leurs usines, les industriels font former à l'IMA leurs techniciens.

N'est-ce pas la mission de l'Etat ?

Que l'Etat dispense une formation basique ou généraliste, je le comprends. Mais ne lui demandez pas d'être spécialisé dans les hautes technologies. La formation de l'IMA doit correspondre aux besoins de l'aéronautique et ils évoluent vite. L'IMA est ouvert depuis 4 ans. Nous même avons du mener un audit pour se raccorder aux « basics » d'aujourd'hui pas ceux d'hier. L'IMA fonctionne comme une usine à qualifier. Certains jeunes étaient il y a trois ou quatre ans dans le Bled et aujourd'hui se forment pour devenir culturellement compatible avec les exigences de l'aéronautique. Un jeune ainsi formé devient alors un acteur de la mondialisation. On ne peut exiger de l'Etat de le faire.

Travaillez-vous avec les écoles d'ingénieurs au Maroc ?

Ce que je viens de dire est valable pour les opérateurs et techniciens. Pour les ingénieurs, notre profession n'a pas de problème. Nous trouvons les compétences via les écoles marocaines. Nous avons des coopérations par exemple avec l'université Al Akhawayn d'Ifrane, l'Ensem (École nationale supérieure d'électricité et de mécanique) de Casablanca, avec les écoles de Rabat, avec l'INSA Euro-Méditerranée de Fès qui vient d'ouvrir ou la nouvelle Ecole Centrale de Casablanca. A cela s'ajoutent les nombreux jeunes ingénieurs marocains formés en France.

Quelles sont les perspectives sur la zone Midparc ?

Bonnes. Nous avons voulu créer un parc offshore à la porte de l'Europe d'excellente facture, y compris en terme de développement durable. Notre business model c'est d'avoir des porte-avions, de grosses sociétés comme Bombardier ou Stelia Sur Midparc avec autour une flottille de PME et permettre à ces PME de démarrer vite dans des ateliers en location notamment. C'est en train de se faire. il y a quatre bâtiments en cours de construction. Il y a déjà trois PME qui travaillent dans des ateliers provisoires comme Goam Industrie dans les aubes de réacteurs qui opère déjà.

Pourquoi l'aéronautique ne décolle pas dans les chiffres des exportations selon les données de l'Office des changes malgré tous ces efforts ?

La participation de l'aéronautique dans le commerce extérieur est de 4,5 à 5%. Il y a 10 ans elle était de 0,5%. Notre performance a été multipliée par 10. Ce qui m'intéresse n'est pas la variation saisonnière mais la tendance. L'aéronautique réalise un milliard de dollars à l'export, nous ferons 2,5 milliards de dollars en 2020. Il  y a 120 sociétés aéronautiques au Maroc. S’ajouteront une centaine d'autres d'ici à 2020. Le secteur emploie 11 500 salariés, nous atteindrons 35 000 en 2020. Le taux d'intégration dans un domaine qui reste complexe celui de la fabrication d'inverseurs de poussée [chez Safran Maroc NDR]est aujourd'hui de 17%, il va doubler à l'horizon 2020. Notez, dans le commerce extérieur, jusqu'à juillet de cette année, les phosphates, et produits miniers qui étaient en tête. Désormais, ce sont les nouveaux métiers du Maroc : automobile, aéronautiques, électronique…

Quel est finalement cet enjeu de l'aéronautique au Maroc?

Aucun pays n'a réussi son décollage sans être acteur dans l'industrie. Le Maroc fait 4 à 5% de croissance par an. Nous avons besoin de passer à 6-7% de croissance si nous voulons durablement donner une réponse à notre jeunesse, car un pays qui n'en est pas capable ne peut pas avoir d'avenir. Le Maroc n'était pas attendu industriellement il y a 10 ou 12 ans. L'aéronautique est un des secteurs qui tirent le Maroc dans la mondialisation, qui donne un avenir aux jeunes et participe à la modernisation de ce pays. C'est un chantier durable et prioritaire.

Propos recueillis par Pierre-Olivier Rouaud à Casablanca

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