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L'Usine de l'Energie

L'ancien directeur financier d’EDF se fait lanceur d’alerte contre le projet d’EPR britannique

Ludovic Dupin , ,

Publié le , mis à jour le 04/05/2016 À 22H56

Deux mois après avoir démission d’EDF, Thomas Piquemal  l’ancien directeur financier explique les raisons de son départ devant la représentation nationale. Sans remettre en cause l’intérêt du projet Hinkley Point, il juge que, dans les conditions actuelles, un tel chantier aurait pu amener EDF dans la situation d’Areva.

L'ancien directeur financier d’EDF se fait lanceur d’alerte contre le projet d’EPR britannique © EDF

Ce 3 mai, la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale, dans le cadre d’une enquête sur le nucléaire, auditionnait Thomas Piquemal, ancien directeur financier d’EDF. Le 1er mars, il démissionnait de ses fonctions en raison d’un désaccord avec le PDG Jean-Bernard Lévy sur l’imminente décision finale d’investissement pour la construction de deux EPR à Hinkley Point en Angleterre. Un projet de 24 milliards d’euros, dont 16 milliards d’euros à la charge de l’électricien.

C’est la première fois que l’ancien dirigeant prenait la parole depuis son départ. Et il n’a pas caché sa déception d’avoir dû quitter le groupe où il a exercé pendant six ans. "En désespoir de cause, j’ai dû prendre cette décision… en désespoir tout court", assure-t-il lors de ses propos liminaires.

Le projet a changé

Il a retracé les événements survenus depuis le 21 octobre 2013, date à laquelle EDF,  Areva, les partenaires chinois et le gouvernement britannique ont annoncé un accord global pour la construction des deux réacteurs. Cet accord reposait sur trois piliers : une garantie de prix, la garantie du trésor britannique sur la dette du projet et un tour de table permettant à EDF de ne financer "que" 45 à 50 % du projet.

"Mais courant 2014, tout a changé, ce n’était déjà plus le même projet", assure-t-il. D’une part, le gouvernement ne voulait pas prendre le risque d’une "tête de série ", étant donné les retards de l’EPR en construction en France à Flamanville (Seine-Maritime). D’autre part, la situation s’est considérablement dégradée du côté d’Areva, qui n’allait pas pouvoir assurer une participation de 10 %.

Renégocier avec les Anglais

Quand Jean-Bernard Lévy a pris la direction d’EDF fin 2014, il a demandé à ce que Hinkley Point soit consolidé dans le bilan d’EDF, rapporte Thomas Piquemal. Ce dernier propose alors "de négocier un délai de trois ans avec le client (le gouvernement britannique) car le poids de ce projet serait trop lourd à porter pour EDF seul".

"(Renégocier) n’était pas la solution de facilité", reconnait l’ancien directeur financier et "l’entreprise a fait le choix de ne pas étudier ce scenario et de consolider le projet sur le bilan de l’entreprise malgré les nouveaux retards de Flamanville, les problèmes de la cuve, la défaillance d’Areva, la reprise d’Areva NP par EDF et l’effondrement des prix de marché ", déplore-t-il.

Le risque EPR

Thomas Piquemal cherchera alors une ultime fois des partenaires financiers extérieurs mais "à l’exception des chinois, personne n’acceptait de prendre le risque EPR". Il fallait alors renforcer les fonds propres d’EDF pour éviter que le projet ne soit trop risqué : "Qui parierait 60 % de son patrimoine sur une technologie (l’EPR) dont on ne sait pas si elle fonctionne alors que ça fait 10 ans qu’on essaie de la construire ?"

Fin février 2016, le directeur financier se retrouve pressé par le temps. Il assure alors avoir dû se rendre à l’évidence. "Je ne peux pas cautionner une décision qui pourrait amener un jour EDF à se trouver dans la situation d'Areva (si le projet Hinkley Point se déroule mal)". Il quittera EDF, jugeant que ne rien dire aurait été déloyal vis-à-vis de l’entreprise.

Aujourd’hui, le projet Hinkley Point est toujours en discussion chez EDF, avec un fort soutien du gouvernement. Il doit être présenté en détails aux organisations syndicales, qui multiplient les alertes sur cet investissement et sur la santé financière du groupe. Thomas Piquemal juge toutefois que, fin 2015, "EDF n’est pas en difficulté financière" et que les positions délicates de l’entreprise à l’étranger (Etats-Unis et Allemagne) et ses participations minoritaires dans des entreprises (EDF EN et Dalkia) ont été revues de manière à renforcer EDF.

Ludovic Dupin

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