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"L'aménagement du territoire", ou quand Dumas rencontre Houellebecq

Christophe Bys , , ,

Publié le

Pour son deuxième roman, "L’aménagement du territoire", Aurélien Bellanger prend prétexte dela construction d’une ligne du TGV Ouest pour réfléchir sur la question politique essentielle : la répartition de l’espace entre les hommes. Pour cela, il mêle politique et sciences, créant un univers où se croisent marquis et ingénieurs, hommes d’influence et d’affaires. Un texte parfois ardu où l’auteur confirme qu’il est aussi un styliste. 

L'aménagement du territoire, ou quand Dumas rencontre Houellebecq © Aurélien Béllanger

Avec ce sens du titre qui l’a fait connaître il y a deux ans avec "La théorie de l’information", le trentenaire Aurélien Bellanger revient avec "L’aménagement du territoire", un gros roman qui devrait réjouir notamment les ingénieurs ferroviaires et les amateurs de fictions paranoïaques. Car il y est question de la ligne de TGV Ouest entre Paris et Le Mans. Ou quand la construction de ce qu’il est convenu d’appeler un fleuron de la technologie française entre en collision avec des forces telluriques historiques qu’on aurait pu croire endormies... Car le chantier du TGV va découvrir des ruines archéologiques, remuant des pans d’Histoire oubliées des contemporains.. mais qui pourtant ont continué à agir de façon souterraine.

Bellanger, c’est l’hybridation réussie d’Alexandre Dumas et de Michel Houellebecq. Du premier, il pourrait reprendre la fameuse citation selon laquelle "il est possible de violer l’Histoire, si c’est pour lui faire de beaux enfants". Mélangeant personnages réels (Jacques Foccart, l’homme des missions opaques et Monsieur Afrique du Général de Gaulle) et imaginaires, données historiques et invention, il crée une fiction où l’histoire officielle cohabite avec d’hypothétiques complots ourdis par des sociétés secrètes. "Il avait le sentiment de descendre de plus en plus profondément au cœur d’un complot historique de vaste ampleur que son père lui-même n’aurait pas connu en totalité." Au roman de cape et d’épée, Bellanger substitue un roman de truelle et de locomotive, où la cote de l’ouvrier deviendrait la lointaine successeuse de la cote de maille des chevaliers d’antan. Ce faisant, il dessine une galerie de portraits, allant de l’ingénieur  à l’homme de pouvoir, de l’archéologue à l’homme d’affaires accompli qui rappellera par certains détails un homme bien réel, patron du béton devenu homme de médias…

Un savoir encyclopédique

Au second (Michel Houellebecq), il emprunte cette passion pour le savoir encyclopédique et cette volonté d’importer dans la tradition psychologique française, tout ce qui fait la modernité, essentiellement les sciences et les techniques. Comme dans Les particules élémentaires de Michel Houellebecq, Aurélien Bellanger n’élude pas les digressions techniques, au contraire, et ce parfois au risque de faire décrocher le lecteur fatigué. Si ce roman est passionnant, il faut prévenir qu’il n’est pas destiné à tous les publics, notamment en raison de savantes digressions sur des sujets scientifiques ardues pour un non initié, d’autant qu’elles ralentissent le rythme de la progression romanesque. Mais si vous vous accrochez, en le lisant, vous saurez tout des particularités des sous-sols et leur impact sur la fabrication du ballast et la construction des voies. Mais son savoir concerne aussi l’Histoire, le roman empruntant les connaissances historiques sur l’histoire de la Mayenne qui fut la frontière entre le royaume de France et celui de Bretagne convoquant, par exemple, Roland, le neveu de Charlemagne.

Comme Clément, un des personnages du livre, Aurélien Bellanger semble avoir, avec ce texte, le projet "d’écrire le roman complet de l’histoire des hommes", au sens où il réussit à intégrer dans son récit les dimensions historiques, scientifiques, techniques, administratives et économiques… Récit total, "L’aménagement du territoire" nous rappelle que derrière tout récit il y a déjà un récit, que le roman national moderne est d’abord un palimpseste.

Des métaphores audacieuses

Enfin, puisque c’est de littérature dont il est question, Aurélien Bellanger affirme un véritable talent d’écrivain avec un sens des métaphores les plus audacieuses : d’un être humain il écrit qu’il est "une machine à synthétiser le sucre pour le transformer en idées". Des ronds-points, il écrit qu’ils ont pour but, "à réguler la circulation, contre la pédagogie rigoureuse et inégalitaire de la priorité à droite, avec l’indifférence et l’équanimité des vidanges d’évier." 

Surtout, son style et le rythme de phrase suivent subtilement les tempo de son récit. Ainsi, quand il évoque l’histoire longue, la géologie, il substitue son écriture nerveuse et dynamique et enchâsse d’élégantes phrases longues : "Il s’agissait de construire une structure solide en sable et de laisser le hasard résoudre les énigmes d’un puzzle dont les pièces n’étaient pas assez régulières pour s’assembler parfaitement entre elles, mais que chaque vibration rapprocherait les uns des autres jusqu’à ce qu’elles atteignent, au terme d’un temps infini, leur place définitive dans un ensemble complet, homogène et sans aucun vide : il s’agissait de laisser la roche détruite se reconstruire peu à peu sous les passages répétés des trains, mais sous une forme à la fois solide et liquide, souple et résistante." 

Avec "L’aménagement du territoire", l’ambitieux Aurélien Bellanger offre une vision originale de la modernité. A l’heure de la mondialisation et de la dématérialisation, il réfléchit à ce qui, selon lui, fut la question centrale de la politique jusqu’alors : la répartition des territoires entre les hommes.  

Christophe Bys

Les premières pages du roman (assez ardues) peuvent être lues ici.

Ci-dessous vidéo de l’auteur réalisée pour la librairie Mollat :


Aurélien Bellanger - L’aménagement du territoire par Librairie_Mollat

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