Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine de l'Energie

L'ambition carbone d'Evian

, ,

Publié le

transition énergétique Site d’embouteillage neutre en carbone, emballage, transport, préservation de sa source… Evian se veut exemplaire pour l’environnement.

L'ambition carbone d'Evian
La pluie et la neige du célèbre massif alpin d’Evian s’infiltrent dans le sol pour donner naissance, quinze ans plus tard, à la célèbre eau minérale naturelle. La marque du groupe Danone s’attache donc à protéger l’impluvium, tout en facilitant l’activité agricole avec un méthaniseur. D’importants investissements ont été réalisés au sein de l’unique usine d’embouteillage d’Evian, désormais approvisionnée à 100?% en énergies renouvelables, afin d’atteindre la neutralité carbone.

Sur le plateau de Gavot, en Haute-Savoie, une prairie offre une vue imprenable sur le lac Léman. Sur l’autre versant, se dresse le fameux massif alpin du logo d’Evian. Ici s’étend, sur 35 kilomètres, la zone d’impluvium du gisement de l’eau minérale naturelle la plus vendue au monde. En s’infiltrant dans le sol de ce site de l’ère glaciaire, la pluie et la neige vont cheminer durant plus de quinze ans à travers les sables. Donnant naissance, quelques kilomètres plus bas, à une eau à la faible minéralisation et à la ­composition unique en sels minéraux. Découvertes par hasard par le comte de Laizer souffrant des reins et fuyant la révolution française, les vertus de l’eau d’Evian contribuent aujourd’hui à la richesse de Danone, affichant une croissance annuelle de 8 %.

Mais pour assurer sa pérennité, il faut la préserver. Car son statut d’eau minérale naturelle, plus exigeant que celui d’eau de source, implique « deux responsabilités : respecter le débit naturel de la source, soit 1,85 milliard de litres d’eau collectés par an, et veiller à ce que rien ne vienne modifier sa composition minérale », indique Cathy Le Hec, la responsable de la protection des ressources en eau pour les quatre marques d’eaux françaises du groupe Danone (Evian, Volvic, Badoit, Salvetat). « Cette goutte de pluie qui tombe aujourd’hui arrivera en eau minérale sur vos tables en 2032. Sa composition sera la même qu’il y a deux cents ans, et pour les deux cents prochaines années », insiste Véronique ­Penchienati, la présidente d’Evian-Volvic World. En 1992, Evian a cofondé avec les treize communes « du haut », côté impluvium, comme « du bas », côté source, un partenariat public-privé visant à concilier préservation de la ressource en eau et développement local sur l’impluvium, notamment l’activité agricole. « Evian fut mon premier poste de directeur général, raconte l’instigateur du projet, Franck Riboud, aujourd’hui président de Danone. J’ai appris ici que le rôle de l’entreprise n’était pas simplement de vendre des produits, de faire du chiffre d’affaires, mais de partager et dynamiser une région, car l’eau ne vous appartient pas. » L’Association pour la protection de l’impluvium de l’eau minérale Evian (Apieme) a notamment permis d’aboutir, l’an passé, à la mise en service d’un méthaniseur innovant [lire l’encadré ci-dessous].

Site pilote pour l’ensemble du groupe

Mais c’est surtout sur son unique site d’embouteillage, à Amphion-les-Bains, qu’Evian multiplie les investissements. De la source, l’eau met près d’une heure à parcourir une canalisation souterraine inoxydable qui débouche dans l’usine, où une minute suffit pour remplir, au sein de « salles microbiologiquement maîtrisées », l’une des sept millions de bouteilles produites quotidiennement. Une usine transformée par les 280 millions d’euros qu’a prévu d’investir Danone entre 2011 et 2020 pour en augmenter la productivité tout en assurant sa transition énergétique… Le site vient d’obtenir la certification « neutre en carbone » du Carbon Trust [lire l’entretien page suivante]. Avec l’aide du fonds Carbone Livelihoods, piloté par Danone et abondé par d’autres entreprises. « Evian est le pilote des autres marques de Danone dans cette aventure », raconte Emmanuel Faber, le directeur général de Danone.

Avec sa neutralité carbone, l’usine d’Evian fait figure de pionnière à l’échelle du groupe, qui ambitionne de l’atteindre en 2050. Ce n’est pas par hasard. Car Evian est à la source du Danone d’aujourd’hui : première marque de l’alimentaire rachetée par le verrier BSN en 1970, devenu le leader français de l’agroalimentaire et numéro deux mondial des eaux, avec 4,6 milliards d’euros (soit 21 % du chiffre d’affaires du groupe) et 28,1 milliards de litres produits l’an passé. Cette neutralité carbone est aussi une première française dans l’agroalimentaire. Dans l’enceinte de la plus grande usine d’eau minérale du monde, qui s’étend sur l’équivalent de treize stades de football et inclut une station végétale de traitement des eaux, la consommation d’énergie a été réduite de 23 % par litre d’eau entre 2008 et 2016. Le site collabore aussi avec des partenaires pour récupérer et revaloriser à 92 % ses dix tonnes de déchets quotidiens. Comme Pilot, qui fabrique dans son usine près d’Annecy des millions de stylos en plastique recyclé issu de bouteilles de 1,5 litre pour sa gamme « B2P ».

Evian n’a pas fini de se « verdir » pour autant. Car la marque n’atteindra la neutralité carbone qu’en 2020. L’usine ne représente que 10 % de son impact environnemental, contre 50 % pour l’emballage et 40 % pour le transport. À Amphion-les-Bains, les palettes de bouteilles sont chargées automatiquement par des navettes sur des wagons affrétés au sein même de l’usine, qui dispose de sa propre gare et de 13 kilomètres de voies ferrées gérées par ID ­Logistics. Toutes les six heures, grâce aux capteurs communicants de la start-up Everysens, un train de 1 000 palettes part à destination de l’entrepôt mutualisé avec Carrefour, de clients européens ou de grands ports pour l’export, où s’écoulent 60 % des ventes d’Evian… Au terme d’un investissement de 70 millions d’euros, un dépôt logistique de 40 000 mètres carrés devrait faciliter le transport multimodal des 40 % de bouteilles encore convoyées par camion…

Bouteille à 95 % de RPET dès 2022

Reste le sujet, complexe, de la matière première. Historiquement embouteillée dans du verre, l’eau d’Evian est commercialisée dès 1970 en bouteilles de PVC, remplacé en 1994 par du PET compactable et 100 % recyclable. En 2008, Evian devient la première eau minérale naturelle en France à intégrer du PET recyclé. Aujourd’hui, seul un quart de la bouteille est composé de ce RPET. Il devrait atteindre 50 % sur certains formats en 2020, avec l’ambition, à terme, que l’ensemble de la gamme soit composé de matériaux 100 % recyclés. Pour y parvenir, Danone a notamment annoncé en mars un partenariat inédit avec son concurrent, Nestlé ­Waters (Perrier, Vittel, Hépar…), et une biotech californienne, Origin Materials. Leur but ? Proposer dès 2020 un PET issu à 75 % de ressources durables et renouvelables (carton usagé, sciure et copeaux de bois…). En 2022, il devrait entrer au moins à 95 % dans la composition de leurs bouteilles.

D’ici là, Evian compte déployer à travers le monde une innovation lancée en 2016 sur ses marchés français et américain : un pack de quatre bouteilles reliées sans film plastique, mais avec quelques points de colle. Une technologie qui a nécessité deux ans de R & D avec le spécialiste allemand du packaging KHS. « Il n’y a pas d’opposition entre le business et un projet sociétal et environnemental. C’est le succès de cette entreprise », assure Emmanuel Faber. Devenir exemplaire dans l’espoir de conquérir des consommateurs en se montrant « à la pointe de la technologie, de la durabilité et du soin apporté à l’environnement ». 

« Les technologies avancent si vite qu’il n’y a rien d’impossible ! »

Stéphane Dupays, directeur de l’usine d’Evian

  • Comment votre site a-t-il été reconnu neutre en carbone ?

90 % de notre empreinte carbone vient de l’énergie, qui est désormais issue à 100 % de ressources renouvelables via le biogaz fourni par le méthaniseur, de l’électricité produite par un barrage à proximité et la conversion des déchets produits par le site. Pour compenser les 10 % restants, nous aurions pu acheter des certificats carbone. Nous avons préféré la plantation d’arbres, à travers le fonds Carbone Livelihoods. Il travaille sur les écosystèmes naturels fragiles, pour soutenir la préservation et la restauration de zones humides et de leurs communautés locales. Depuis 2008, ce fonds a permis la plantation de 130 millions d’arbres, dont 85 millions de mangroves.

  • Quelles émissions semblent impossibles à supprimer dans votre production ?

Les technologies avancent tellement vite qu’il n’y a rien d’impossible ! Beaucoup de start-up planchent notamment sur du bioplastique. Nous avons été les premiers au monde à intégrer du PET recyclé, en 2008. Mais il ne constitue aujourd’hui qu’un quart de notre bouteille, car il n’y a pas assez de RPET, faute de tri par les citoyens. Avec la Fondation Ellen MacArthur, nous travaillons sur cette sensibilisation.

  • Quelles sont vos ambitions pour « verdir » votre transport ?

Nous sommes déjà l’une des entreprises utilisant le plus le transport ferroviaire en France : 60 % des bouteilles expédiées de notre usine partent en train, car nous disposons de la plus grande gare privée ! C’est dix fois plus vertueux pour l’empreinte carbone que le camion. Pour nos distributeurs ne possédant pas d’arrivée ferroviaire, nous comptons amener nos camions le plus loin possible en train, via le ferro-route, qui est peu développé en France. Passer à 80 % de transport en train, c’est l’ambition de notre projet logistique Omega pour 2019. Et avec nos partenaires transporteurs, nous voudrions installer une borne biogaz alimentée par notre méthaniseur. Enfin, les bateaux sont deux fois plus vertueux que le train. Nous avons des projets avec des start-up pour développer des bateaux à voile et le « slow sealing ». 

 

Un méthaniseur pour protéger l’eau.

Sur le plateau de Gavot, la zone d’impluvium du gisement de l’eau d’Evian est constituée à 60 % de surfaces agricoles. Comment concilier cette activité tout en préservant la qualité des eaux d’infiltration ? Élus, agriculteurs et société des eaux d’Evian ont imaginé Terragr’Eau, un méthaniseur opérationnel depuis la fin 2016. Il permet de transformer chaque année 40 000 tonnes de déchets agricoles (à 85 % des effluents d’élevage) en engrais naturels pour les agriculteurs du territoire et d’assurer la production d’énergie renouvelable (du biogaz réinjecté dans le réseau de GRDF) pour 1 200 habitants, soit l’équivalent de la consommation annuelle en gaz du site d’embouteillage. Un projet de 9,3 millions d’euros, financé à 40 % par Danone. 

 

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Les entreprises qui font l'actu

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle