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L'Usine Matières premières

L'aluminium au plus bas

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Malgré le soutien que va lui apporter l'augmentation des prix de ses intrants, la cotation du métal léger continue de s'effriter, tombant même en-dessous de ses coûts de production pour de nombreux producteurs.

L'aluminium au plus bas

Les cotations de l'aluminium continuent leur lente descente aux enfers, perdant régulièrement de la hauteur à chaque nouvelle défavorable. Les stocks qui n'apparaissent pas sur les statistiques publiées ont commencé à migrer vers les magasins du LME. Les réserves de la bourse londonienne pourraient même s'accroitre de 600 000 tonnes de métal d'ici à la fin de l'année selon des rumeurs rapportées par le Metal Bulletin. Les stocks du LME pourraient alors détenir 2 millions de tonnes d'aluminium, plus du double des quantités entreposées en octobre 2007. Si les stocks commerciaux semblent ne pas varier, déposer du métal dans les magasins du LME sert actuellement de pompe à liquidité pour des fonds en mal de cash, explique Max Layton de Deutsche Bank.

Ce marché déprimé n'est pas sans conséquence pour des aluminiers pris entre les hausses des tarifs de l'énergie et un recul sensible des prix de leur production. Le numéro trois du secteur, Alcoa vient d'annoncer la fermeture de son aluminerie de Rockdale au Texas. En juin la firme de Pittsburgh avait déjà arrêté la moitié des capacités de son unité. Ce sont désormais ses 270 000 tonnes de capacité qui sont retirées des marchés et 660 licenciements qui s'ajouteront d'ici à décembre aux 160 déjà décidés cet été. Alcoa pourra revendre ses contrats d'approvisionnement en électricité sur le marché du Texas. L'américain accuse son fournisseur d'électricité, Luminant Generation, d'avoir manipulé ses prix pour entrainer sa fermeture, le poussant à s'alimenter sur le marché libre où le MWH peut atteindre 2 000 à 4 000 dollars. Rockdale ne devrait pas être la seule aluminerie fermée par Alcoa, Mount Holly en Caroline du sud et Intalco dans l'Etat de Washington dont la capacité combinée est proche de 500 000 tonnes, sont également menacés par les tarifs élevés de l'énergie.

Pas moins de 30% des capacités de production d'aluminium seraient aujourd'hui déficitaires, estime le vice-président du consultant mexicain Harbour Intelligence, Jorge Vazquez qui précise que 90% des aluminiers chinois sont dans le rouge. « C'est insupportable », souligne-t-il, tablant sur des fermetures de sites en Chine.


Source : CRU Macquarie Research

Bien que les perspectives de la demande se soient affaiblies, rien n'a réellement changé du côté d'une offre toujours impactée par les pénuries d'électricité, explique Joel Crane de Deutsche Bank. En Chine, en Afrique du Sud et au Brésil, les usines électrolytiques souffrent toujours de pénuries d'énergie.

L'envol des coûts de production

Paul Robinson, analyste du consultant CRU, expliquait lors de la 13e conférence mondiale sur l'aluminium qui se tenait à Chongqing, que les coûts de production du secteur s'étaient appréciés en moyenne de 10% chaque année depuis 2002. Pour les producteurs marginaux en Chine la hausse avait même culminé à 40/55% depuis 2006. Outre le tarif de l'énergie, les prix des anodes, dopés par les fortes hausses du coke et du pétrole, ont particulièrement impactés les résultats des aluminiers. Si un tiers des alumineries hors Chine utilisent de l'électricité générée par le charbon, ce pourcentage dépasse les 85% pour les firmes chinoises, souligne Macquarie Bank.  Avec une hausse en 2008 de 74% du prix du charbon thermique la banque estime que l'impact sur les coûts des aluminiers est de 380 dollars par tonne. Si les usines alimentées par de l'énergie hydroélectrique s'en sortent mieux, ils dépendent cependant des conditions climatiques avec une saison sèche qui dure 5 mois. Selon Joel Crane les coûts de production des aluminiers chinois atteindraient 2 739 dollars par tonne, prés de 400 dollars de plus que son cours actuel.

Selon CRU les marges de la filière aluminium ont été sensiblement réduites depuis 2006, malgré les fortes hausses des cours de début 2008. Les hausses des tarifs énergétiques devraient se poursuivre dans le monde avec les renégociations des contrats à long terme qui devraient affecter 4 Mt de capacités d'ici à 2012. Malgré des résultats négatifs, rapporte Max Layton de Macquarie, les délégués à la conférence estimaient que les aluminiers chinois, pressés de générer du cash pour rembourser leurs dettes, n'allaient pas interrompre leur production, ni stopper leurs programmes d'expansion. Selon l'analyste 1 Mt de nouvelles capacités devrait encore entrer en service d'ici à la fin de 2008, pour atteindre 14,5 Mt, plus d'un tiers de l'offre mondial de métal léger. Ce développement est encouragé par les autorités locales, soucieuses d'assurer emplois et revenus fiscaux. La croissance folle de la production d'aluminium en Chine a cependant ralenti. Entre janvier et août elle n'a augmenté « que » de 14,3% contre 35% en 2007, note l'analyste de la Deutsche Bank. Si la situation ne s'est pas amélioré d'ici à 9 mois les aluminiers chinois vont restreindre leur production, ont-il confié à Layton.





Toujours les concentrations

Les grands aluminiers - Rio Tinto Alcan, UC Rusal, BHP Billiton - ont sensiblement accru leurs parts de marché lors des 5  dernières années, rappelle CRU. Ce mouvement de concentration atteint désormais la Chine et s'est accéléré sous la conduite de Chalco, le numéro un du secteur. Depuis 2000 le nombre d'aluminier a diminué d'un tiers et la centaine de firmes restantes disposent désormais de capacités moyennes comprises entre 150 000 et 200 000 tonnes contre moins de 30 000 tonnes en 2000 précise l'Association chinoise des métaux non ferreux. Ce mouvement devrait se poursuivre et la consolidation du secteur devrait se faire autour de grands aluminiers disposants de ressources charbonnières dans le nord et l'ouest du pays.

La demande en berne

La crise financière globale s'est ajoutée aux premiers signes de crise de l'immobilier en Chine pour affaiblir la demande d'aluminium. Pas moins de 40% de la consommation de métal léger est liée au BTP, explique Antaike, ce qui rend ce marché particulièrement sensible au ralentissement actuel de l'immobilier résidentiel. Toutefois, Macquarie estime que le trou d'air ne devrait pas durer plus de 6 à 9 mois et table sur une croissance de la demande de 18% en 2009, grâce notamment à une politique monétaire plus accommodante.

Si à terme la Chine est condamnée à devenir importateur net de produits en aluminium (elle n'est aujourd'hui importateur net que de métal primaire et de scraps) cette modification drastique des grands équilibres du marché global de l'aluminium a été reportée en raison des surplus important du marché chinois, souligne Max Layton. Dans les pays développés la consommation d'aluminium est principalement tirée par deux secteurs en fort recul, le BTP et la construction automobile. Le surplus en 2008 serait déjà de 800 000 tonnes pour le 1e semestre calcul le World Bureau of Metal Statistics, soit 4 fois plus que pour 2007.

Le rebond des cours est reporté

Bien qu'il prévoie désormais un surplus du marché plus important en 2008 et en 2009, Layton table toujours sur un rééquilibrage du marché et sur une remontée des cours de l'aluminium à plus long terme. Malgré son ambitieux programme de production, la Chine sera incapable d'assurer l'intégralité de ses besoins en raison des tarifs élevés de son énergie. Il attend une moyenne des cours du métal de 2 736 dollars en 2008, une baisse à 2 635 dollars en 2009 et une reprise en 2010 à 2 976 dollars.

Estimant qu'un quart des aluminiers perdent actuellement de l'argent, Macquarie estime que les cours ne pourront guère tomber plus bas. A long terme les investisseurs chinois devraient quitter un secteur peu profitable. Layton a revu à la baisse ses prévisions pour 2010, à 2 866 dollars. Pour 2008, 2009 et 2011 elles ne changent pas à respectivement 2 864 et 2 866 dollars. La hausse des cours devraient se concrétiser en 2012 à 3 086 dollars.

Daniel Krajka

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