Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

[Infographie] L'Allemagne, premier de la classe en logistique

,

Publié le

En tête du classement de référence, le succès de l’Allemagne, qui a fait de la logistique l’un des leviers de sa croissance économique, pourrait inspirer la France.

[Infographie] L'Allemagne, premier de la classe en logistique
Reliant Strasbourg à Kehl, le pont de l’Europe est un trait d’union pour les échanges de marchandises franco-allemands.

Les entreprises citées

Une fois de plus, la comparaison entre la France et l’Allemagne n’est pas flatteuse. En matière de logistique, une référence s’impose : l’indice de performance établi par la Banque mondiale tous les deux ans. Selon la dernière édition parue en 2016, l’Allemagne mène le bal avec un score de 4,23 (sur une échelle allant de 1 à 5). La France est seizième avec un indice de 3,90. Une place jugée décevante. D’autant que la France a perdu trois places depuis 2014…

La position de l’Allemagne s’explique par une multitude de facteurs. Le premier est politique. Là, les pouvoirs publics se sont en effet penchés depuis longtemps sur ces questions. Et ont travaillé très tôt sur la mise en œuvre de plans dédiés avec le ministère de l’Économie et celui des Transports, explique Alain Bagnaud, le directeur général de la Semaine internationale du transport et de la logistique (SITL) 2018. Dès 2010, le gouvernement a choisi de mettre en place l’Aktionsplan Güterverkehr und Logistik, un plan d’action pour le fret et la logistique, dont la dernière mise à jour remonte à septembre 2017. Dans l’Hexagone, la stratégie France Logistique 2025 n’a été présentée qu’en mars 2016.

Signe révélateur de l’importance outre-Rhin de la logistique, la chancelière Angela Merkel se rend à chaque édition du Deutscher Logistik-Kongress à Berlin, souligne Jean-Michel Guarneri, le président de l’Association française pour la logistique (Aslog). « La logistique y est un enjeu national, stratégique, alors qu’en France elle est davantage perçue comme un axe d’exécution », regrette-t-il. Les politiques français n’ont pas une « compréhension fine » de ce sujet selon lui. Jean-François Arvis, coauteur du dernier rapport de l’indice de performance logistique, va dans le même sens [lire l’entretien page 47]. Non seulement le sujet n’est pas « porté » clairement par un ministère. Mais au-delà des pouvoirs publics, la gouvernance française est éclatée au sein de plusieurs associations professionnelles comme l’Aslog ou l’Afilog, tandis qu’en Allemagne, la Bundesvereinigung Logistik (BVL) est seule aux manettes.

Un secteur clé outre-Rhin

« Surtout, l’Allemagne a d’emblée opté pour une vision transverse du sujet, là où les Français ont une vision davantage verticale », pointe Alain Bagnaud. Outre-Rhin, la question est traitée conjointement par les politiques, les entreprises, les universités et les centres de recherche… Une véritable stratégie de promotion du secteur est mise en place, qui inclut également un volet éducation et formation aux métiers logistiques explique Franck Straube, professeur en logistique à l’Université technique de Berlin.

Une politique économique favorable

Avant France Logistique 2025, aucune démarche collective n’était enclenchée dans l’Hexagone. Si c’est désormais chose faite, la concrétisation de ses actions peine encore. Les acteurs de la logistique française estiment que le dossier mériterait davantage d’attention. Tandis que le ministère des Transports est accaparé par la future loi d’orientation sur les mobilités et les questions d’ouverture à la concurrence du ferroviaire, ils sont nombreux à avoir la sensation que le sujet n’est pas prioritaire, voire délaissé. Seule des mesures concernant la logistique urbaine ont fait l’objet de prises de position. La ministre des Transports Élisabeth Borne est attendue de pied ferme à l’inauguration de la SITL le 20 mars prochain par la profession, qui attend qu’elle livre sa vision et donne un nouveau souffle à la stratégie française.

Si la performance logistique entre la France et l’Allemagne est aussi disparate, c’est aussi en raison de la structure même des deux économies. Bert Stingl, le directeur international adjoint de SNCF Logistics, pointe notamment la différence entre leurs tissus industriels. Pour les opérateurs de fret ferroviaire, deux secteurs sont incontournables : la sidérurgie et l’automobile. Or l’écart de production entre les deux pays est important. Les Allemands produisent 41 % de plus pour la sidérurgie et 46 % de plus pour l’automobile que les Français. En outre, le marché allemand est davantage tourné vers l’export, ce qui pousse l’activité logistique. Et l’économie allemande étant structuré autour d’un très grand nombre de PME, le besoin en logistique est fort pour les connecter, rappelle Franck Straube.

Sur un plan économique, les deux pays n’ont également pas la même approche de la logistique. Alain Bagnaud explique ainsi que les entreprises allemandes ont tendance à vendre « transport inclus », là où les françaises vendent « sortie d’usine ». La pratique allemande force donc l’ensemble des acteurs économiques à se préoccuper des questions logistiques et à s’assurer de la performance du secteur afin de satisfaire les clients. En Allemagne, la logistique est donc perçue comme une compétence clé de chaque entreprise explique Franck Straube. « En France, c’est vu soit comme un simple coût, soit comme un sujet lié seulement au secteur des transports », note-t-il.

« La France à l’âge de pierre »

La faiblesse française réside aussi dans ses infrastructures, un vrai handicap pour certains. Tandis que le réseau ferroviaire souffre d’un manque d’entretien, les opérateurs se plaignent d’un système peu fiable qui privilégie toujours le transport de voyageurs, d’une rigidité qui oblige à réserver des sillons des mois à l’avance. Résultat, la part modale du fret ferroviaire ne cesse de baisser. Bert Stingl souligne cependant que des dysfonctionnements existent aussi en Allemagne. Les infrastructures portuaires constituent une autre une faiblesse. L’écart de performance entre les ports français et allemands est de 20 %. La France, consciente du problème, a pourtant lancé des initiatives pour accroître leur compétitivité. Mais les effets restent limités.

Cependant, tout n’est pas à jeter côté français. L’Hexagone abrite des entreprises de poids du secteur. Des innovations voient le jour. Mais là encore, les Allemands ont une longueur d’avance avec leur concept d’industrie 4.0. L’intégration de l’intelligence artificielle, des algorithmes, est plus avancée en Allemagne avance Franck Straube. Pour le président de l’Aslog, Jean-Michel Guarneri, en matière de logistique industrielle, la France est « encore à l’âge de pierre ».

En revanche, les deux pays ont des défis communs. Le premier est environnemental. Et sur ce point, l’Allemagne, avec son mix énergétique qui fait la part belle au charbon et une part modale de la route encore plus importante, ne fait plus figure de modèle. Le second est celui de l’essor du commerce électronique avec l’explosion des livraisons de colis. En Allemagne comme en France, la question commence seulement à faire l’objet d’une réflexion des pouvoirs publics. Ce marché génère pourtant des défis majeurs, notamment en matière de logistique urbaine. Pour Franck Straube, face à ces enjeux, « France et Allemagne feraient bien d’échanger afin de faire émerger les meilleures pratiques et de s’inspirer mutuellement. » Mais jusqu’à présent en matière de logistique, c’est plutôt chacun dans son coin.

« Une vraie difficulté pèse sur le fret ferroviaire français »

Jean-François Arvis, coauteur du dernier rapport sur l’indice de performance logistique de la Banque mondiale

  • La Banque mondiale révèle un réel écart entre l’Allemagne , qui arrive en tête de l’indice de performance logistique, tandis que la France recule à la seizième place. Comment expliquer cette différence ?

Deux points essentiels font que la France ne coche pas toutes les cases de la performance logistique. D’abord, le sujet logistique en tant que politique privée-publique n’est pas encore bien intégré. Il est peu porté politiquement. Les acteurs économiques sont bien moins organisés qu’en Allemagne et aux Pays-Bas. Une démarche intéressante a été engagée avec la conférence nationale sur la logistique [en 2013, NDLR]. Mais il faut désormais qu’elle soit suivie d’actions. Et il existe une vraie difficulté concernant la situation du fret ferroviaire français. Si l’on veut avoir une logistique performante, il faut pouvoir assurer de façon fiable le transport de marchandises par des trains-blocs de conteneurs ou de remorques.

  • La France dispose-t-elle malgré tout d’atouts ?

Bien sûr. Certaines entreprises logistiques françaises sont des géants mondiaux du secteur. Des choses ont également été faites pour améliorer le secteur portuaire. Des innovations émergent. Les infrastructures ou la formation sont de qualité.

  • Cette seizième place est-elle un si mauvais score ?

Il ne faut pas surinterpréter les indicateurs. L’écart de performance entre chaque place n’est pas si important. Et la France peut reculer, non pas parce que la situation se détériore, mais parce que d’autres pays s’améliorent sensiblement. Il faut donc relativiser, tout en restant lucide sur la situation et les faiblesses françaises.

 

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle