L'Allemagne et les marchés augmentent la pression sur la Grèce

Publié le

par Angeliki Koutantou et Ilona Wissenbach

L'Allemagne et les marchés augmentent la pression sur la Grèce © REUTERS

AHENES/LUXEMBOURG (Reuters) - L'incertitude sur le mécanisme d'aide à la Grèce et les exigences de l'Allemagne pour qu'Athènes applique de nouvelles mesures d'austérité accentuent la tension sur les marchés ce lundi et font à nouveau monter le coût des emprunts grecs.

La Grèce a tenté de rassurer les investisseurs dimanche par la voix de son ministre des Finances qui a assuré que l'aide européenne et celle du Fonds Monétaire international (FMI) seraient débloquées à temps pour éviter un défaut de paiement, bien que les 45 milliards d'euros pour l'instant prévus apparaissent insuffisants.

Néanmoins, la prime exigée par les investisseurs pour détenir des emprunts d'Etat grecs à 10 ans plutôt que des titres allemands de même durée a atteint son plus haut niveau depuis février 1998, à près de 670 points de base (pdb), avant de redescendre à 656 pdb. En cause : les incertitudes entourant la mise en oeuvre et les conditions de l'aide.

A la mi-journée les valeurs bancaires grecques reculaient de 2,5%; la Bourse d'Athènes cédait 2,4%.

"Le marché veut voir l'argent posé sur la table, pas dans un coffre à côté de la table", estime David Schnautz, chez Commerzbank.

Le soutien de l'Allemagne, première économie de la zone euro, est vital quelle que soit l'aide. Mais le gouvernement d'Angela Merkel, face à une forte opposition de son opinion publique sur le sujet, est en train de durcir son discours sur les modalités d'une aide.

BERLIN TERGIVERSE

"Le gouvernement n'a pas pris de décision (sur l'aide)", a déclaré Guido Westerwelle, ministre allemand des Affaires étrangères, à la presse lundi à Luxembourg.

"Cela signifie que la décision peut se faire dans l'une ou l'autre direction". "Offrir de l'argent trop tôt empêcherait la Grèce de faire son travail avec l'application et la discipline requises", a-t-il ajouté.

Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a toutefois déclaré que l'aide allemande devrait être disponible si possible avant le 19 mai.

De même, le ministère néerlandais des Finances a annoncé qu'il attendrait de connaître l'ensemble des détails d'un plan de soutien à la Grèce, y compris les mesures d'assainissement budgétaires imposées, avant de demander au parlement de se prononcer sur un projet de loi.

Toutefois afin d'inciter les partenaires européens de la Grèce à se décider rapidement, les investisseurs font également pression sur les titres d'autres pays périphériques de la zone euro.

De fait, les CDS (Credit Default Swaps) à cinq ans du Portugal ont atteint un record historique à 288 pdb, les investisseurs craignant que le pays ne soit le prochain à connaître une crise de la dette.

"La crise grecque a commencé à se propager au reste de la périphérie et le Portugal semble être le prochain sur la liste. La situation y est moins urgente qu'en Grèce, mais la perspective à moyen terme est difficile", indique Darren Williams, économiste chez Alliance Bernstein.

RISQUE DE CONTAGION

De crainte que la crise grecque ne se propage à d'autres pays de la zone euro et que ses effets ne soient néfastes pour l'Union européenne, l'Autriche a appelé à une décision rapide sur une aide en faveur d'Athènes.

"Cette aide, qui est absolument nécessaire, doit entrer en vigueur. Nous ne devrions pas gaspiller de temps ici, les décisions principales ont été prises", a déclaré le ministre autrichien des Affaires étrangères, Michael Spindelegger.

Athènes est en discussions avec l'Union européenne et le FMI sur des mesures supplémentaires d'austérités afin d'obtenir une aide financière avant la date butoir du 19 mai.

Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du FMI, qui devrait fournir un tiers de l'aide, a indiqué que les discussions s'étaient accélérées.

Le ministre canadien des Finances Jim Flaherty a déclaré que le montant de l'aide serait au final "supérieur à ce qui a été dit précédemment" mais il s'est refusé à préciser les différents montants évoqués dans les discussions.

Alors qu'un journaliste lui demandait si l'aide pourrait atteindre 80 ou 90 milliards d'euros, Georges Papaconstantinou a répondu qu'il ne pouvait pas donner de chiffres précis.

Selon Barclays Capital, une aide de l'UE et du FMI de 45 milliards d'euros ne permettrait à Athènes de faire seulement face à ses besoins de trésorerie de la première année.

Le courtier estime qu'un plan sur plusieurs années de 90 milliards d'euros pourrait fournir à la Grèce la marge de manoeuvre financière nécessaire pour mettre en place ses mesures d'assainissement budgétaires.

Cet avis est partagé par un spécialiste de RBC, Nigel Rendell, qui évalue à 30-40 milliards d'euros les besoins de la Grèce la première année, et à un montant identique pour chacune des deux années suivantes.

L'agence de notation Moody's a indiqué de son côté que les conditions imposées par le FMI et l'UE dans le cadre de leur aide à la Grèce constitueraient des facteurs importants dans sa notation financière du pays, abaissée la semaine dernière.

Avec George Georgiopoulos et Ingrid Melander à Athènes, Emelia Sithole-Matarise à Londres, Alexandre Boksenbaum-Granier pour le service français

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