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L'Allemagne échappe de justesse à la récession

Publié le

par Paul Carrel

L'Allemagne échappe de justesse à la récession
L'économie allemande a enregistré une croissance nulle au quatrième trimestre 2018 après une contraction au troisième, évitant ainsi de justesse une récession technique, selon l'estimation préliminaire du produit intérieur brut (PIB) publiée jeudi par Destatis, l'office fédéral de la statistique. /Photo d'archives/REUTERS/Hannibal Hanschke
© Hannibal Hanschke

BERLIN (Reuters) - L'économie allemande a enregistré une croissance nulle au quatrième trimestre 2018 après une contraction au troisième, évitant ainsi de justesse une récession technique, l'impact du Brexit et des conflits commerciaux dans le monde menaçant de mettre un coup d'arrêt à une décennie de croissance ininterrompue.

Le produit intérieur brut (PIB) du pays a stagné au dernier trimestre de l'an dernier, selon l'estimation préliminaire publiée jeudi par Destatis, l'office fédéral de la statistique.

Les économistes interrogés par Reuters prévoyaient en moyenne une croissance de 0,1%.

La première puissance économique européenne est confrontée au ralentissement de la croissance mondiale, aux tensions commerciales déclenchées par la politique protectionniste du président américain Donald Trump et au risque d'un retrait désordonné du Royaume-Uni de l'Union européenne en mars.

"L'Allemagne ne s'en sort pas trop mal", dit Andreas Scheuerle, économiste chez DekaBank, concernant les chiffres du quatrième trimestre. "Mais le premier trimestre ne devrait pas être facile non plus, les incertitudes politiques pesant lourdement sur la confiance des chefs d'entreprises", ajoute-t-il.

Après une contraction de 0,2% au troisième trimestre, la première d'un trimestre sur l'autre depuis 2015, l'Allemagne évite donc de justesse une récession technique, qui se définit par deux trimestres consécutifs de baisse d'activité.

Par rapport au quatrième trimestre 2017, la croissance est ressortie à 0,9%, comme prévu, a ajouté Destatis, comme attendu par les économistes interrogés par Reuters. Ajustée des variations saisonnières, cette croissance sur un an a été de 0,6% sur octobre-décembre, inférieure au consensus (+0,7%).

UN PASSAGE À VIDE PLUS LONG QUE PRÉVU ?

Sur l'ensemble de 2018, l'économie allemande a connu son rythme de croissance le plus faible depuis 2015, à 1,5%. La croissance devrait ralentir encore cette année, à 1%, et certains prédisent une dégradation des finances publiques avec un déficit budgétaire qui pourrait atteindre 25 milliards d'euros d'ici 2023.

Les répercussions des conflits commerciaux et des inquiétudes concernant la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne pèsent sur le climat des affaires, qui s'est dégradé en janvier pour le cinquième mois d'affilée.

La DIHK, la fédération des chambres de commerce et d'industrie allemandes, a abaissé jeudi sa prévision de croissance pour 2019 de 1,7% à 0,9% et elle estime qu'elle pourrait même être limitée à 0,7% dans l'hypothèse d'une chute de 10% des exportations vers le Royaume-Uni et de nouvelles turbulences sur les marchés financiers.

Le moral des ménages est également déprimé par la baisse de la demande de biens et services allemands en Chine, dans les autres pays de la zone euro et les économies émergentes.

De surcroît, le gouvernement allemand craint que l'appropriation du savoir-faire allemand par des entreprises étrangères, notamment chinoises, ne fragilise la base industrielle sur laquelle le pays a bâti sa prospérité.

Le ministre de l'Economie, Peter Altmaier, a déclaré la semaine dernière que le gouvernement envisageait de prendre des participations dans des entreprises de secteurs jugés stratégiques pour les protéger d'éventuelles tentatives de rachat par des sociétés étrangères.

Dressant un tableau inhabituellement sombre de l'économie allemande, le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, a déclaré de son côté fin janvier que le passage à vide serait plus marqué et plus long que prévu.

Dans ce contexte, la Banque centrale européenne (BCE) pourrait retarder la normalisation de sa politique monétaire et accroître son soutien à l'activité et au crédit, disent des économistes.

"Le bon côté des chiffres publiés aujourd'hui est que cela ne peut pas être bien pire", dit Carsten Brzeski chez ING.

"Les fondamentaux de l'économie restent solides et les chances de rebond restent nettement plus élevées que la probabilité d'une nouvelle déception", ajoute-t-il.

(Paul Carrel et Rene Wagner, Juliette Rouillon pour le service français, édité par Marc Angrand)

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