Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

"L’Allemagne aussi a baissé son temps de travail"

, ,

Publié le

Entretien L’office fédéral des statistiques allemand Destatis a publié une étude comparant le marché du travail actuel avec celui de 1991. Eric Heyer, spécialiste à l’OFCE, analyse ces données pour L’Usine Nouvelle et les met en perspective avec le marché du travail en France.

L’Allemagne aussi a baissé son temps de travail © Gwenflickr - Flickr - C.C.

L'Usine Nouvelle - Selon Destatis la productivité en Allemagne a bondi de 22% en 20 ans. Est-ce surprenant ?
Eric Heyer - Cela équivaut à une progression d’environ 1% par an. Ce qui est loin d’être extraordinaire. Ce chiffre est plutôt dans la norme. En France, on a plutôt tendance à dire qu’elle est supérieure à cela en taux de croissance. En Allemagne, le chiffre pourrait être meilleur, mais la crise est passée par là et a donc noirci un peu le tableau.

Que dire de la baisse du temps de travail en Allemagne, qui en 20 ans a reculé de 9% ?
Ce chiffre-là est plus remarquable. Elle met à mal l’idée selon laquelle seule la France a vu son temps de travail baisser avec l’instauration des 35 heures. Tous les pays ont baissé leur temps de travail en fait, et l’Allemagne aussi. La France l’a seulement fait légalement, là où l’Allemagne l’a fait en instaurant plus de temps partiel. Avant la crise, le pays a favorisé les embauches à temps partiel et donc la baisse des charges. Puis  pendant la crise de 2008/2009, la baisse du temps de travail a été provoquée par la mise en place de mesures de chômage partiel. Au total, 1,5 million de salariés allemands étaient au chômage partiel, quand seulement 245 000 l’étaient en France.

Pourquoi un tel écart ?
C’était une question de stratégie et de politique. Le message en France n’était pas très clair durant la période de crise. Le gouvernement a mis en place des aides pour favoriser les heures supplémentaires d’un côté, le chômage partiel de l’autre. En Allemagne, la stratégie pour le chômage partiel était mieux gérée : on baissait le temps de travail pendant la période de baisse de productivité et on l’augmentait au moment de la reprise.

Le rapport de Destatis met aussi en lumière une progression du coût du travail en Allemagne de 47,5%. Comment l’analysez-vous ?
Oui, mais il précise surtout que le coût du travail réel (salaire +charges –productivité) a progressé de 20,2%. Il a donc assez peu augmenté sur 20 ans. Mais elle illustre la stratégie du pays d’inflation compétitive mise en place en 2002. A compter de cette date, l’Allemagne a diminué les salaires, a créé des mini-jobs ou des emplois à un euro de l’heure. Il a aussi instauré une "TVA sociale" en 2007. Autant de mesures qui ont favorisé sa compétitivité, notamment parce que les autres pays européens n’ont pas suivi de telles stratégies. Au final, l’Allemagne a gagné en compétitivité non par la hausse de sa productivité mais par une progression légère des coûts du travail.

Cette tendance va-t-elle perdurer ?
A court terme, elle fonctionne. Mais sur le plus long terme, c’est moins certain. Déjà les Allemands réclament à l’heure actuelle des hausses de salaire. L’effort demandé par le gouvernement durant la crise pourrait être effacé si les syndicats obtiennent ce qu’ils réclament, c’est –à-dire le partage de la croissance. Dans ce cas, l’Allemagne pourrait perdre des parts de marché.

A la faveur de ses voisins ?
Ce qui est complexe c’est que l’Allemagne est à la fois le concurrent et le partenaire de certains pays, comme la France. Si ces pays prennent des mesures d’austérité avec une baisse des revenus, une baisse des commandes auprès de l’Allemagne, ce pays risque de perdre des parts de marché, que grignoteront les autres pays. L’Allemagne ne pourra plus avoir que le commerce extérieur pour résister. Le pays risque dans ce cas de devoir redistribuer des salaires. Il ne faut pas trop attendre de cette stratégie car elle risque de prendre du temps et qu’elle dépend de beaucoup d’éléments externes. Mais elle peut jouer sur une nouvelle répartition des parts de marché en Europe. Une chose est sûre, tout se joue maintenant.

L’Allemagne a de quoi craindre ?
Pas vraiment. Car elle a réussi à conserver ses investissements même pendant la crise et à investir encore. A l’inverse, en France, les entreprises ont perdu en coûts mais pas en prix…Elles ont entamé leurs marges et ont donc rogné sur les investissements. Si bien que l’Allemagne garde de l’avance avec des marges et donc des gains de productivité.

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle