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L'Usine de l'Energie

L’agence atomique au Maroc pour jauger les conditions de son recours au nucléaire civil

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Publié le

Les experts de l’AIEA sont en mission au Maroc durant une semaine pour évaluer la capacité du royaume à développer le nucléaire civil, notamment pour le dessalement. Un projet en ce sens au milieu des années 2000 n’a jamais vu le jour en raison de son coût. Mais le cadre juridique et technique se met peu à peu en place. Et Rabat qui exploite déjà un réacteur de recherche évoque une perspective de 2030.

L’agence atomique au Maroc pour jauger les conditions de son recours au nucléaire civil
Réacteur expérimental Triga Mark II, celui existant au Maroc
© dr

Le nucléaire au menu du Maroc. Une délégation de l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) est arrivée au Maroc le 19 octobre pour une mission de huit jours . Objectif : évaluer la capacité du royaume à exploiter un jour, une ou plusieurs centrales électronucléaires. 

Ce séjour s’inscrit dans le cadre d'une tournée de l’AIEIA dans trois pays africains, à savoir hormis le Maroc, le Nigeria et le Kenya, des états qui considèrent la possibilité du recours à l’atome civil.

Cette mission, classique au sien de l’AIEA, est dénommé "Integrated Nuclear Infrastructure Review" ou INIR (revue intégrée des infrastructures nucléaires). Les experts de l’autorité basée à Vienne et dépendante des Nations Unies, doivent se pencher sur de nombreux aspects techniques. Il s’agit par exemple d'évaluer le choix éventuel de sites pouvant accueillir une centrale, l’état de la réglementation sur la sureté, les capacités technologiques du pays ou encore de son niveau de formation scientifique dans le domaine nucléaire.

Au milieu des années 2000, le Maroc avait évoqué l’implantation possible d’une centrale nucléaire sur son territoire destinée notamment à un vaste projet de dessalement d’eau de mer dans le sud du pays. On parlait notamment de l’EPR d’Areva promu alors par Nicolas Sarkozy, les russes poussant fortement leurs pions de leur coté

Mais ce projet n’a jamais vu le jour, notamment en raison de l’investissement initial très élevé. Le coût (capex) d’un réacteur de moyenne puissance autour de 1 000MW et de son infrastructure est de l'ordre de 4 à 5 milliards de dollars au minimum, à titre de comparaison, cela représenterait environ 5% du PIB du Maroc.

Depuis, le royaume, dépendant à 96% des importations pour l’énergie, a préféré opter pour le développement massif de son parc à charbon (centrales à Jorf Lasfar de l'émirati Taqa et Safi portée notamment par Engie) et lancer aussi un important programme éolien et solaire.

Alors que la demande électrique du Maroc croit de 5 à 7% par an, le royaume (comme l’expliquait Abdelkader Amara, ministre de l’Energie à L’Usine Nouvelle l'an dernier) sans avoir de projets à court terme, n’exclut pas l'hypothèse électronucléaire comme de nombreux pays du continent.

"Les Etats membres africains évaluent différentes options pour sécuriser leurs ressources durables en énergie, y compris le nucléaire. L’AIEA assiste ces pays en examinant les possibilités de l’énergie nucléaire et construire les infrastructures nécessaires pour un programme nucléaire sain, sûr et durable", explique l’AIEIA dans le communiqué portant sur ses trois missions africaines en cours.

Le parlement marocain a ratifié début 2014 un accord de coopération entre le Maroc et la France en matière d'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire. Celui-ci avait été signé le 13 décembre 2012 à Rabat lors d'une "Rencontre de Haut Niveau franco-marocaine" entre Abdelilah Benkirane et Jean-Marc Ayrault. L'accord couvre plusieurs domaines :prospection, extraction et traitement de l'uranium,  dessalement, formation, radioprotection ou préservation de l'environnement.

L’arrivée des experts au Maroc a été marquée par une conférence à Rabat lundi 19 octobre conduite par Abdelkader Amara en compagnie d'Ali Fassi Fihri, directeur général de l’ONEE (Office de l’eau et l’électricité) ainsi que des experts de l’agence atomique dont le russe Mikhail Chudakov, directeur général adjoint de l’AIEA (photo ci-dessous).

"Convaincu du rôle important de l'énergie nucléaire pour réduire la dépendance énergétique nationale, la lutte contre les émissions des gaz à effet de serre et l'atténuation des effets des changements climatiques ainsi que pour le dessalement de l'eau de mer, le Maroc considère l'électronucléaire comme étant une option à considérer dans le mix énergétique national à long terme", a indiqué Abdelkader Amara à Rabat.

En septembre dernier, celui-ci avait déjà indiqué que le Comité de réflexion sur l'électronucléaire et le dessalement de l'eau de mer par la voie nucléaire (CRED) a été réactivé. Et voilà tout juste un an, le ministre avait évoqué un "choix ouvert" et "envisageable à partir de 2030".

Le Maroc dispose en fait déjà d'une installation nucléaire... Il s'agit d'un petit réacteur de recherche de 2MW de type Triga Mark II (photo en tête d'article) fourni par l'américain General Atomics. Celui-ci est intégré au sein du Centre national de l'énergie des sciences et des techniques nucléaires (CNESTEN) situé à 30 km de Rabat. Ce réacteur a été mis en en service en 2007. Il est utilisé à des fins scientifiques, de formation et pour des applications de diagnostic médical.

A noter aussi que le Maroc vient tout juste de mettre en place un nouveau cadre juridique avec la promulgation cet été de la loi 142-12 et la création de sa première "Agence de sûreté et de sécurité nucléaires et radiologiques", le préalable à toute avancée.

Le choix d'un éventuel premier site nucléaire quant à lui est déjà effectué. Il s'agirait de Sidi Boulbra situé sur la côte entre Safi et Essaouira. Un emplacement qui a déjà fait l'objet d'évaluation de l'AIEA, voilà dix ans au vu notamment du risque sismique.

Bref, le nucléaire au Maroc, ce n'est pas pour demain. Mais pour après-demain, peut-être.

Pierre-Olivier Rouaud

 

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